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Charles III : un pionnier de l’agriculture biologique devient roi d’Angleterre

Charles III sera-t-il le premier roi écologiste ? Homme de passions, l’héritier d’Elizabeth II s’engage depuis des années dans la transition agroécologique. Il s’est même illustré en pionnier du bio dans son domaine de Highgrove.   

Le roi Charles III avec des agriculteurs
Le prince Charles le 19 juillet dernier à Cornwall pour fêter les 10 ans de recherches menées par le réseau Innovative Farmers.
© The Royal Family

A 73 ans, le prince Charles accède au trône britannique. Charles III devient ainsi le treizième monarque britannique après la mort de sa mère Elizabeth II le 8 septembre. Un roi aux prises de position et décisions marquées en matière de développement durable, climat et agriculture.
 

Home Farm, sa ferme bio

Via le duché de Cornouailles, le Prince Charles a acheté en 1981 Highgrove House, située à Doughton, dans le Gloucestershire. Le domaine comprend 364 hectares de terres, appelées Home Farm, que le prince de Galles décide de convertir en partie au bio dès 1985 (le domaine sera totalement converti en 1996). A l’époque plus d’un croit à une lubie d’aristocrate gâté, mais en 1990 il crée le label Duchy Originals qui lui permet de vendre les productions originaires de son domaine (blé, mouton, bœuf, porc) et la marque rencontre un grand succès.

Lors de l’exercice 2018-2019, les bénéfices avant impôt de l’entreprise s’élèvent à 3 millions de livres (3,32 millions d’euros), selon un article du Point. Biscuits, confitures, chocolats, cidre et bacon à la marque sont « servis dans tous les palais royaux », souligne l’hebdomadaire selon qui grâce à la notoriété du Prince, les aliments Duchy Originals (commercialisés notamment par Waitrose) se vendent chers avec des marges bénéficiaires substantielles.

Le Prince Charles s’implique personnellement dans la gestion du domaine. Il aime y planter des haies. Il y teste ses convictions écologiques. « Le recours aux panneaux solaires, un système de drainage écologique et la plantation de semences selon les cycles lunaires illustrent la philosophie du propriétaire », souligne Le Point.

« Le prince a toujours eu une passion pour l’agriculture et les questions rurales »

« Le prince a toujours eu une passion pour l’agriculture et les questions rurales », confie David Wilson, le chef d’exploitation du domaine de Highrove interrogé par nos confrères du Sillon en juin 2020. « Dans les premiers temps, ce projet de production biologique a été accueilli avec scepticisme. Mais le prince a fait remarquer : si le duc de Cornouailles ne peut pas se permettre d’essayer, qui pourra ? Il était déterminé. Pour moi, venant de l’agriculture conventionnelle, cela a fait évoluer ma façon de voir les choses », poursuit-il. Sur le domaine, deux rotations longues sont réalisées, une de cinq ans et l’autre de sept (avec trèfle, puis blé d’hiver, avoine de printemps, orge de brasserie et seigle). L’agroforesterie est testée avec 1000 pommiers, de 1000 variétés différentes.

Le 18 août 2020, le prince de Galles annonce ne pas renouveler le bail de son exploitation agricole bio à son propre duché. Pour la presse britannique, le fils d’Elizabeth II prépare son accession au trône. Le bail est cédé en avril 2021 mais le Prince Charles ne lâche pas pour autant ses convictions. Il se recentre sur le domaine royal de Sandringham, propriété privée de la famille royale située dans le Norfolk, qu’il convertit au bio.
 

Conversion du domaine royal de Sandringham

Le Daily Express rappelle que ce domaine privé a été hérité par Elizabeth II de son père, le roi George VI, en 1952. Le journal britannique explique comment la reine a redressé la situation financière de ce domaine grâce aux subventions de l’Union européenne et en le resserrant autour de 12 métairies contre 30 précédemment. Sandringham a reçu 553 051 livres de subventions en 2015, 524 466 en 2016, 695 001 en 2017, 604 844 en 2018 et 935 908 en 2019, alors que le prince Charles le convertit au bio, selon le journal.

Dans un article de Country Life on apprend que le prince de Galles a repris la gestion du domaine en 2017. Dès l’année suivante il s’attache à sa conversion au bio. Il introduit un troupeau de 3000 moutons sur le domaine, pour fournir de l'amendement organique, plante des arbres et développe de nouvelles cultures. En revanche il arrête la betterave à sucre. La presse se demande alors si le domaine continuera d’être rentable avec l’arrêt des subventions agricoles de la Pac lié au Brexit.

Selon le New-York Post, Sandringham pourrait désormais devenir la propriété de campagne de Charles III.
 

Visionnaire sur le développement durable

Passionné de botanique et de jardinage, le prince Charles est moqué pour ses déclarations écologistes. RTL rappelle qu’il est surnommé « Prince des patates » par les journaux des années 1980. Le prince de Galles n’a jamais caché son hostilité aux pesticides, aux hormones ou encore au OGM, ce qui choque les grands exploitants agricoles, rappelle Le Point.

Lorsqu’il révèle dans un reportage de la BBC, diffusé en septembre 2010, « parler aux arbres » et faire des « patrouilles » chaque soir, serpette en main pour tailler les haies, les milieux conservateurs s’interrogent sur sa capacité à succéder un jour à sa mère sur le trône.

Mais il ne se démonte pas et promeut dans le monde sa vision de la nécessité d’aller vers une agriculture plus durable. Comme en mai 2011 à l’université américaine de Georgetown où il prononce un discours assez visionnaire. Dépendance aux énergies fossiles, accès à l’eau, pollution des sols sont au cœur de son discours durant lequel il essaie d’alerter les jeunes générations.

Neuf ans plus tard, le Prince Charles prononce un discours très engagé au forum économique mondial à Davos, durant lequel il s’entretient en privé avec la jeune militante écologiste Greta Thunberg. Le réchauffement climatique, le changement climatique et la disparition de la biodiversité sont « les plus grandes menaces que l’humanité ait jamais affrontées », déclare-t-il.

 

Sa voiture fonctionne au vin blanc et au lactosérum

Fait que l’on sait peu sur lui. « Sa voiture, une Aston Martin qu'il possède depuis plus de 50 ans, a été modifiée pour pouvoir rouler avec du surplus de vin blanc anglais et du lactosérum provenant du processus de fabrication du fromage. Elle fonctionne avec un mélange de 85% de bioéthanol et 15% d'essence sans plomb », raconte TV5Monde. Une invention dont il a parlé aux journalistes de la BBC en octobre 2021.


Contre l'alimentation bon marché

En juillet 2021, le Prince Charles s’emporte sur BBC 4 contre la politique de l’alimentation bon marché qui menace « la survie des petites exploitations agricoles du pays ». Si elles disparaissent « cela arrachera le cœur de la campagne britannique », prévient-il. Un discours contre le système agricole intensif précédant la publication de la National Food Strategy. « Nous devons mettre la nature au cœur de l’équation », exhorte-t-il. « La façon dont nous produisons de la nourriture a un impact direct sur la capacité de la Terre à nous soutenir, ce qui a un impact direct sur la santé humaine et la prospérité économique », poursuit-il.

Cette liberté de ton, Charles III pourra-t-il la conserver ? Va-t-il s’impliquer dans la politique agricole et alimentaire de la nouvelle Première ministre Liz Truss ? Si les représentants agricoles britanniques ont unanimement rendu hommage à Elizabeth II, « la plus grande défenseuse de l’agriculture », à l’annonce de sa mort, les avis sur le nouveau roi risquent d’être plus tranchés.

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