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Stress thermique : comment adapter l’alimentation des bovins viande ?

Peut-on adapter la conduite alimentaire des bovins viande pour les aider à supporter les très fortes chaleurs ? Pour les jeunes bovins et génisses en engraissement, il est possible d'ajouter de l'eau dans la ration pour favoriser l'ingestion.Et il est conseillé de compenser leurs pertes en sodium et, selon la nature de la ration, en potassium.

© J.-C.Gütner

Il va à nouveau faire très chaud au début du mois d’août, pour la troisième fois depuis le début de l’été 2022. La structure des bâtiments, l’organisation du parcellaire avec haies et systèmes d’abreuvement bien adaptés sont des solutions à plus long terme. Dans l'immédiat, il est possible d'adapter la conduite alimentaire pour aider les bovins viande à mieux supporter les fortes chaleurs.

« En situation de stress thermique, le premier signe observé sur les jeunes bovins et les génisses en atelier d’engraissement est la réduction de l’ingestion » observe Olivier Véron de Littoral Normand. « Distribuer la ration en fin de journée favorisera l’ingestion le soir et la nuit, quand la température baisse. » On peut aussi envisager de distribuer 30 à 40 % de la ration très tôt le matin, et 60 à 70 % le soir.

 Lire aussi : Evaluer le stress thermique chez les bovins à l'engraissement avec l’indice de température et d’humidité (ITH)

Il faut évidemment être encore plus vigilant que d’habitude sur l’accès à l’eau en quantité et en qualité, en nettoyant tous les jours tous les abreuvoirs. Ajouter des bacs supplémentaires dans les cases est parfois possible aussi.

« Incorporer de l’eau dans la ration d’engraissement favorise l’ingestion » conseille Olivier Véron. La ration reste alors plus fraiche et donc plus appétente. Cela participe en même temps à l’hydratation des bovins. « On peut ajouter au moins deux à trois litres par animal et par jour, voire davantage tant que l’eau est bien absorbée par la ration. »

Le front d’attaque des silos étant souvent desséché en période de fortes chaleurs, cela permettra aussi de corriger ce problème. L’eau est ajoutée directement dans la mélangeuse, et sinon on peut aussi l’arroser la ration dans les auges.

Compenser les pertes en électrolytes des bovins en engraissement

Retirer les refus des auges tous les jours ou tous les deux jours participe aussi à favoriser l’ingestion car ça permet d'éviter les échauffements à l'auge.

En transpirant et en buvant beaucoup plus que d’habitude, les bovins perdent beaucoup d’électrolytes – potassium et sodium. « Pour compenser ces pertes, les apports en sodium par le sel peuvent passer de 30 à 50 g/jour en temps normal à entre 70 et 90 g/jour en périodes de stress thermique » précise Olivier Véron. « Pour le potassium, les ensilages et enrubannages de prairies sont généralement suffisamment pourvus pour couvrir les besoins supplémentaires des bovins. Mais si la ration ne contient pas ou peu d’herbe, ce qui est très fréquent en engraissement, on peut ajouter 20 à 50 g de carbonate de potassium par jour dans la ration. Et afin que le potassium soit bien assimilé, il est bon d’augmenter les apports en magnésium avec 10 à 20 g supplémentaires par jour d’oxyde de magnésium. »

Ainsi en engraissement, la ration qui contient souvent 1 % de potassium peut passer, en périodes de fortes chaleurs, à 1,3 à 1,4 % de potassium et 0,3 % de magnésium.

Il est possible aussi d’ajouter dans la ration des levures vivantes pour prévenir la sub-acidose à cause d’une moindre activité ruminale.

« Pour les animaux qui sont au pré, disposer les rateliers à l’ombre » conseille aussi Olivier Véron. Les abreuvoirs doivent également être disposés à l'ombre et il est très important de vérifier tous les jours leur propreté. Si l’ombre des arbres est insuffisante ou inexistante, le bâtiment doit constituer une zone de confort.

L'application Happy Grass propose un module "stress thermique" : sur trois parcelles choisies, une alerte est adressée dès le dépassement du stade de stress marqué.

Le stress thermique a des conséquences importantes sur le bien-être et la production des animaux. « Pour les animaux en croissance ou à l’engrais, le stress thermique va impacter les GMQ. L’animal mettra aussi ses fonctions de reproduction en veille avec des conséquences pouvant perdurer sur plusieurs semaines à plusieurs mois après le stress » rappelle l’Institut de l’Elevage.

Heat’Adapt : le monitoring pour gérer le stress thermique

Medria propose depuis un an environ un service pour accompagner les éleveurs dans la lutte contre le stress thermique. « Le premier niveau donne à l’échelle départementale les périodes de l’année durant lesquelles l’ITH risque de dépasser 72 - seuil à partir duquel les bovins sont en situation de stress thermique » présente Thomas Aubry, directeur opérationnel Medria solutions. L’impact moyen sur les croissances et la reproduction est estimé.

Un second niveau de service donne accès quotidiennement à l’ITH ainsi qu’à une prévision à six jours sur une échelle géographique de 10 km. Une alerte est adressée en cas de survenue d’un épisode caniculaire. Les signes de stress à surveiller sur les animaux sont rappelés.

Enfin un troisième niveau de service établit un score personnalisé de résilience de son élevage face au stress thermique à partir de la mesure de l’ingestion. Un classement entre A+ à  D. Les points qu’il est possible d’améliorer sont identifiés.

 

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