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« Une tendance forte à l’intégration verticale »

La concentration de l’abattage a accéléré l’intégration de la production. Quant aux antibiotiques, la coopérative  italiennt Azove souhaite d’abord la traçabilité des médicaments administrés en France. Interview de Daniele Bonfante, son directeur commercial.

Quel impact a eu la reprise de l’activité d’Unipeg par Inalca sur le commerce de la viande bovine ?
Daniele Bonfante - " Inalca pèse beaucoup plus sur le marché. La reprise d’Unipeg par Inalca a accéléré un processus de concentration autour des six ou sept principaux abattoirs italiens qui ont tous gagné des parts de marché. Certains ont beaucoup augmenté leur activité parce que des grandes enseignes de distribution ont cherché à leur donner plus de chiffre d’affaires pour ne pas octroyer trop d’importance à un seul fournisseur. Le volume actuel d’Inalca ne représente pas plus de 75 - 80 % de l’addition des chiffres d’affaires respectifs d’Inalca et Unipeg avant la fusion. Au niveau de la coopérative Azove, nous en avons bénéficié. Avant cette opération, nous abattions nous-mêmes 50 % de notre production ; aujourd’hui, nous sommes à 70 %. Les enseignes de la grande distribution ont ouvert leurs portes pour collaborer avec des structures plus petites comme la nôtre. "
A-t-elle eu un effet sur la production ?
D. B. - " Plutôt qu’un effet sur le commerce, cette opération a en effet accéléré la tendance à l’intégration verticale de la production par l’industrie. Inalca poussait déjà à mettre des producteurs en soccida, une formule d’intégration dans laquelle l’abattoir est propriétaire des animaux et l’éleveur rémunéré au kilo de viande produite. Plusieurs abattoirs de taille moyenne ont beaucoup développé cette intégration verticale ces dernières années parce que la grande distribution leur demande des garanties de production. C’est un modèle que la distribution a demandé aux principaux abattoirs. Il y a une tendance générale à l’intégration et au contrôle de la production beaucoup plus fort qu’avant. Depuis le rachat d’Unipeg, Inalca a également intégré l’activité du gras avec le maigre :  ils achètent les bêtes grasses à leurs producteurs et ils leur vendent les bêtes maigres. Ce n’est plus l’éleveur qui décide mais l’abattoir. C’est le changement majeur qu’ils ont réussi à imposer. Les abattoirs importants pousseront encore plus pour développer la soccida sur le modèle d’Inalca et vont concentrer l’achat des broutards en France. "
La production d’animaux nés en Italie se développe. Pourquoi ?
D. B. - " Depuis 2010, un flux s’est créé et s’est structuré commercialement entre les zones de naissance (Sicile, Sardaigne...) et la plaine du Pô. On peut estimer que 120 000 à 150 000 animaux nés en Italie passent dans les centres d’engraissement professionnels. Le cycle d’élevage est plus long que pour un broutard français (12 à 15 mois) parce qu’on part d’animaux qui pèsent entre 120 et 280 kilos. Au niveau génétique, il y a beaucoup de croisés de races locales rustiques avec la Limousine ou la Charolaise. Les lots ne sont pas homogènes (génétique, poids), mais lorsqu’ils sont engraissés de façon professionnelle, la viande est claire et de bonne qualité parce qu’ils sont abattus jeunes. Cela nous a même surpris. Tous les grandes surfaces demandent un petit volume de viande nationale pour étendre leur gamme. Ils sont appréciés aussi pour leur petite carcasse. Mais cette viande ne va pas cannibaliser celle d’animaux nés en France. Elle ne peut pas se développer beaucoup plus parce que le cheptel italien de vaches allaitantes est très limité (320 000 vaches) et n’augmente pas. "
Quel effet a eu le raccourcissement du délai, de sept à six mois, pour obtenir la prime couplée ?
D. B. - " Ce changement a eu lieu dès 2015, mais les engraisseurs ne l’ont pris en compte qu’à partir de 2016. Le montant de la prime n’a pas beaucoup augmenté, contrairement à ce que nous espérions, parce le nombre de demandes est en forte hausse. Mais elle est indispensable pour couvrir les coûts de production. Fin 2016, en intégrant l’étiquetage volontaire, elle était de 72 euros par tête. Beaucoup d’éleveurs sont passés à six mois d’engraissement pour tourner plus vite et toucher plus de primes. Le poids moyen des carcasses a baissé. On ne voit plus d’animaux abattus à plus de 750 kilos. Aujourd’hui, on est plutôt à 700 kilos, un poids qui répond mieux à la demande du marché. Cette réduction du délai pour obtenir la prime est, selon moi, la raison principale de l’augmentation des importations de broutards français en 2016. Elle donne aussi plus d’intérêt aux femelles qui sont plus faciles à engraisser en six mois. Mais, aujourd’hui, la plupart des engraisseurs sont déjà passés en cycle de six mois. " 
On entend de plus en plus parler d’animaux élevés sans antibiotiques. Qu’en est-il réellement et quelles conséquences cela peut-il avoir sur le maigre français ?
D. B. - " Les antibiotiques, ça devient vraiment un problème. Coop Italia est le premier distributeur qui a formulé une demande dans ce sens, à savoir des jeunes bovins sans antibiotiques pendant les 120 derniers jours de vie. Mais si on n’arrive pas à maîtriser leur utilisation chez nous, il n’y a pas de sens à demander des animaux sans antibiotiques aux producteurs de maigre français. La solution doit être trouvée dans un premier temps au niveau de l’engraissement italien. Mais nous sommes bien loin de l’avoir trouvée. Aujourd’hui, nous n’avons pas d’autre solution pour gérer les maladies. Nous pouvons les réduire, interdire l’utilisation préventive, mais il est difficile de ne pas les utiliser. "
Qu’attendez-vous donc des éleveurs et exportateurs français ?
D. B. - " Aujourd’hui, nous demandons plutôt la traçabilité des traitements et vaccins que les broutards ont reçus en France. L’idéal serait de l’avoir à partir de la naissance mais, dans un premier temps, ce serait déjà bien de l’avoir pour les quatre derniers mois de vie avant leur arrivée en Italie. Faute de traçabilité, nous sommes obligés de traiter tous les animaux de manière systématique. Si nous avions cette connaissance, nous pourrions adapter nos protocoles en fonction des traitements déjà effectués. "
Souhaitez-vous que les animaux soient vaccinés et déparasités en France avant leur départ en Italie ?
D. B. - " Cette idée fait l’objet de discussions au sein de notre coopérative. Mais, aujourd’hui, nous parlons de traçabilité des médicaments plutôt que de préparation des animaux, parce que le facteur stress à l’arrivée fait qu’il y aura toujours des traitements à faire et donc des frais supplémentaires. Vu la faiblesse des marges, ce n’est pas la façon optimale de procéder. Donc, on préfère avoir la connaissance de l’histoire sanitaire de l’animal en France. "
Que pensez-vous de l’idée de produire des bouvillons castrés en France à la naissance ?
D. B. - " L’enjeu aujourd’hui est de trouver des solutions pour mieux valoriser les babys charolais, la race la plus importante en volume. Environ 90 % d’entre eux sont destinés aux grandes surfaces, qui en ont fait une viande indifférenciée et massifiée et qui ne font rien pour la valoriser. C’est très regrettable. Castrer les animaux serait peut-être une solution mais nous n’avons pas les éléments pour dire que c’est la bonne. Cela améliorerait la qualité de la viande et permettrait de communiquer, mais cela ne résoudrait pas le problème du poids des carcasses et de la dimension des muscles, qui est en permanence mis en avant par la grande distribution. Sauf à faire des animaux de 650 kilos de poids vif, mais ce n’est pas réaliste sur le plan économique. Lorsqu’on achète des broutards de 400 kg à 3 euros le kg pour les vendre à 2,35 euros, il faut produire des kilos de viande pour récupérer une partie de la différence de prix. Pourquoi ne pas essayer les animaux castrés, mais je ne crois pas qu’on fera des volumes importants. La question de la valorisation des mâles charolais reste ouverte. "
La valorisation des mâles charolais en question

Azove en chiffres

La coopérative Azove commercialise quelques 50 000 jeunes bovins et génisses par an. Elle regroupe 120 producteurs, parmi lesquels 12 centre d’engraissement coopératifs, soit au total 300 familles. La taille moyenne des élevages se situe autour de 650 à 700 places. Elle dispose de son propre abattoir dans lequel elle abat désormais 70 % de sa production.

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