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Un foin de faible valeur à volonté est-il idéal pour des vaches allaitantes gestantes ?

Peut-on tolérer un déficit protéique important, susceptible de perturber le fonctionnement du rumen, sur la fin de gestation des vaches allaitantes ? C’est la question à laquelle un essai conduit à la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou permet de répondre.

© Ferme expérimentale de Thorigné d'Anjou

Dans les Pays de la Loire, les éleveurs ont souvent dans leurs stocks une certaine quantité de foins de prairies naturelles récoltés de façon plutôt tardive et comprenant moins de 10 % de légumineuses. « Ces foins ont une faible valeur énergétique, de l’ordre de 0,60 ou 0,65 UFL/kg MS et une valeur azotée faible, bien souvent inférieure à 45 g PDI » constate Julien Fortin, responsable de la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, lors d’une présentation dans le cadre de Tech’élevage, qui s’est tenu à la Roche-sur-Yon (Vendée) du 16 au 18 novembre 2021.

Ces foins sont distribués aux catégories d’animaux à faibles besoins. Par recherche de simplification, ils sont très souvent donnés en plat unique à volonté aux vaches gestantes en fin hiver : celles qui vêlent en février mars reçoivent cette ration durant les mois de décembre, janvier et février.  

Mais ce type de ration ne couvre pas les besoins en azote des vaches gestantes. Le rapport microbien (Rmic = (PDIN-PDIE)/UF) est bien souvent très au-delà de ce que les normes Inrae jugent acceptables pour ce type d’animaux. Dans cette situation, théoriquement, le rumen utilise moins bien la cellulose et donc l’énergie ingérée n’est pas assimilée de façon optimale. Il y aurait un « gaspillage » d’énergie. Un impact sur la qualité du colostrum est aussi possible.

Partant de ce constat, un essai conduit sur trois ans de 2017 à 2019 a permis de comparer deux régimes pour vaches en fin de gestation de même densité (0,7 UFL/kgMS ingérée).

A la ferme expérimentale de Thorigné d’Anjou, les limousines de 700 kg de poids vif ont des besoins quotidiens en fin de gestation de 6,35 UFL et 532 g de PDI, et une capacité d’ingestion de 13 kgMS/jour. Elles tolèrent d’après les normes un déficit protéique pouvant aller jusqu’à -20 environ.

Le régime témoin était similaire à ce qui est pratiqué dans les élevages : foin de modeste qualité à volonté. En moyenne, les vaches en ont ingéré 10,3 kg MS par jour soit 5,97 UFL et 418 g PDI, et la ration présentait un gros déficit protéique, avec un rapport microbien à -40 g/kgMS.

Il était comparé à un régime où ce même foin était rationné et corrigé en azote avec un apport de féverole. La ration est alors bien équilibrée, notamment sur l’azote, selon les recommandations Inrae. Les vaches recevaient en moyenne 7,7 kg MS de foin rationné et 1 kg MS de féverole (6,37 UFL et 517 g PDI). Ici le rapport microbien était de -20 g/kgMS, ce qui est tolérable d’après les normes Inra sur cette catégorie de bovins à besoins modestes.

« Le régime n’a pas eu d’effet sur les conditions de mise-bas, les conditions de naissance, les poids des veaux à la naissance ni sur la mortalité des veaux à la naissance » analyse Julien Fortin. Il n’a pas non plus eu d’impact sur les teneurs en matières protéiques et en IgG des colostrums, ni sur leurs teneurs en matières grasses et en minéraux. « Au regard de ces résultats, on observe qu’un déficit en azote avant vêlage ne pénalise pas la qualité du colostrum. »

L’essai n’a pas non plus mis en évidence de différence selon la ration des vaches sur la croissance des veaux : poids au sevrage et gmq des veaux (aux alentours de 1100 g/jour de moyenne sur mâles et femelles) ont été similaires.

La reproduction des vaches (uniquement des multipares) du 15 mai au 15 juillet n’a pas non plus mis en évidence d’effet. Taux de gestation, taux de vêlage et IVV ont été bons et semblables pour les deux lots. Les vaches n’ont pas perdu de poids pendant l’hiver, et elles ont perdu très peu de note d’état.

Ceci dans la situation de la ferme de Thorigné, où quelques semaines après leur naissance, les veaux et leurs mères sont conduits au pâturage tournant sans complémentation sur des prairies à flore variée. « Cette conduite très favorable au bon développement des veaux et à la santé des vaches pourrait gommer certains effets de la conduite hivernale » note Julien Fortin.

« On peut en conclure qu’un déficit en azote sur une période limitée, ici pendant deux mois, est tout à fait tolérable pour des vaches limousines en fin de gestation. » L’hypothèse est faite dans cette situation d’un important recyclage de l’urée endogène, qui permettrait un bon fonctionnement du rumen bien qu’en situation de gros déficit protéique. Et ceci est validé ici avec une conduite alimentaire post-vêlage de qualité.

Donc se simplifier le travail en distribuant seulement un foin à volonté est tout à fait envisageable dans cette configuration. C’est plus simple que de donner un foin rationné et un complément, et évite le recours à la féverole qui reste chère en bio.

Il reste impératif d’assurer la couverture des besoins en énergie des vaches en fin de gestation. La qualité du colostrum semble être sensible au niveau énergétique des rations. « Sur ces trois années d’essai, le foin a présenté des niveaux énergétiques un peu différents. Une légère baisse de la qualité du colostrum a été observée quand le foin est moins énergétique, en restant néanmoins sur des colostrums de qualité » précise Julien Fortin.

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