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Saray Hali, de la moquette a l’élevage 

Des entreprises dont les métiers de départ n’avaient pas grand-chose à voir avec l’élevage et la viande ont en main certaines des grosses unités d’engraissement turques. Exemple avec Saray Hali, le géant turc de la moquette.

Un siège social discret sur la rive asiatique d’Istanbul, qui s’étend sur plusieurs étages, au cœur d’un quartier d’affaires comme la ville aux dix-sept millions d’habitants en a vu pousser des centaines en moins de dix ans... Bienvenue chez Saray Hali, acteur majeur de la production mécanisée de tapis en Turquie. Créée en 1972, comme le rappelle le logo de l’entreprise à l’ovale soignée, Saray Hali s’est depuis diversifiée dans les mines (extraction de chrome, de zinc et d’or), et plus inattendu, dans l’élevage. D’abord en 1998, avec une ferme laitière où sont actuellement élevées 6 000 vaches, essentiellement holstein, puis en 2002 avec un atelier d’engraissement. Lequel reste plus proche d'un feed-lot américain dans sa dimension et son fonctionnement que d'une unité d’Europe de l’Ouest. Dans un pays où la consommation de lait et de viande va croissante, Saray Hali a vu dans l’élevage une possibilité de diversifier ses activités. De 4 000 bovins au départ, ses deux ateliers d’engraissement situés dans la région d'Adana, au Sud de la Turquie, totalisent aujourd’hui 25 000 têtes. En ce printemps 2018, les broutards en cours d’engraissement proviennent essentiellement du Chili, du Brésil et d’Australie. Ils sont achetés (rendu vif Turquie) entre 3,90 et 4 euros le kilo. Ils sont ensuite transformés dans l’abattoir détenu par cette même entreprise. Le groupe Saray Hali a en effet choisi de valoriser lui-même les carcasses des animaux engraissés par ses soins. Il dispose pour cela d’un abattoir d’une capacité de 200 têtes par jour. Les muscles nobles sont vendus piécés. Tout le reste est destiné à la production de charcuterie de bœuf, produit très prisé dans ce pays. En moyenne, la viande en Turquie est vendue 9 euros le kilo.

Avantage au maigre français pour le GMQ

Quand, fin 2017, le marché turc s’était ouvert au bétail maigre français, le directeur de Saray avait goûté à la qualité des broutards français. Et il se souvient avec bonheur de leurs bonnes performances à l’engraissement. Comme beaucoup d’autres acteurs turcs de l’engraissement, il lui tarde que les contraintes sanitaires liées à la FCO soient levées pour pouvoir à nouveau commercer avec la France : « nous apprécions la qualité du bétail français, la belle santé de vos animaux et surtout le niveau de leurs performances à l’engraissement ». En moyennen avec des lots de Charolais ou de Limousins venus de France, « le gain moyen quotidien était de 1,5 kilo par jour, contre 1,2 kilo avec du bétail importé d’Uruguay par bateaux », analyse Hüseyin Teber, le responsable de l’élevage. Autre avantage substantiel des taurillons des races françaises : leur capacité à générer la viande maigre dont sont friands les Turcs. Rien à voir avec ce qu’il obtient actuellement avec les croisés zébus ou angus présents dans ses parcs d’engraissement.

À signaler aussi le souhait de l'entreprise de développer la part de la race Montbéliarde dans son élevage laitier, de façon à chercher à pallier la mauvaise fertilité de la Holstein tout en bénéficiant de veaux mâles mieux adaptés pour une production de taurillons.

Sophie Chatenet

Une quasi-autonomie pour alimenter les animaux 

Pour alimenter ses quelques 25 000 bêtes à l’engrais et ses 6 000 vaches laitières, la société Saray Hali dispose de 2 500 hectares de terres irriguées où sont cultivés du trèfle, du maïs et de la luzerne. Seul le concentré est acheté à l’extérieur. En maïs, le rendement moyen avoisine 20 tonnes de matière sèche par hectare. En produisant la quasi-intégralité de l’alimentation nécessaire à ses troupeaux, Saray Hali constitue un modèle assez singulier en Turquie, puisqu’au global, le pays importe 65 % de l’alimentation destinée aux animaux.

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