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Première approche de la nouvelle PAC sur des cas-types bovins viande

La réforme du premier pilier de la PAC flèche les systèmes allaitants vers l’engraissement. Dans bien des cas, les élevages seront confrontés à des effets de plafonds à cause du chargement, de la taille du troupeau ou de leur structure juridique.

Le plafond de 120 UGB primables par travailleur avec transparence, couplé à un écrêtement au-delà de 1,4 UGB de plus de seize mois par hectare SFP -— la SFP étant calculée ici de la même façon que pour l’ICHN, vont concerner beaucoup d'élevages.
Le plafond de 120 UGB primables par travailleur avec transparence, couplé à un écrêtement au-delà de 1,4 UGB de plus de seize mois par hectare SFP -— la SFP étant calculée ici de la même façon que pour l’ICHN, vont concerner beaucoup d'élevages.
© S. Bourgeois/Archives

Dans quelques mois - en 2023 - les règles pour l’attribution des aides PAC changent. À partir des informations données par le plan stratégique national dans sa version de fin 2021, il est possible de faire des simulations. Elles constituent une première approche de l’impact de la réforme sur le premier pilier. Plusieurs points pourraient encore être modifiés et changer un peu la donne (1). Mais ces simulations permettent déjà de se familiariser avec la nouvelle mécanique.

Premier enseignement, une très grande partie des cas-types Inosys Réseaux d’élevage bovins viande de France atteignent le niveau 2 de l’écorégime sans avoir d’adaptation à faire. « C’est la voie 'pratiques agricoles' qui le permet, grâce à l’importance des surfaces en prairies et à la diversité des assolements », explique Olivier Dupire, coordinateur national du réseau Inosys chez chambres d’agriculture France. « Quelques cas-types devraient modifier à la marge leur assolement pour l’atteindre. »

L’écorégime de niveau 2 atteint par la voie des « pratiques agricoles »

C’est par exemple le cas en région Grand-Est pour un cas-type polyculteur naisseur avec un assolement très classique pour les cultures, de type blé orge colza. « Ce système arrive en niveau 1 pour l’écorégime. Introduire quelques hectares de luzerne ou de pois dans l’assolement permet de passer en niveau 2 », observe Laurence Echevarria de l’Institut de l’élevage pour le réseau Inosys du Grand-Est.

C’est le cas aussi dans les Hauts-de-France pour les cas-types polyculteur naisseur et polyculteur naisseur-engraisseur. « Ils ne sont pas éligibles tels quels à l’écorégime. Pour atteindre le niveau 2, il faudrait au moins augmenter la surface en prairies temporaires de cinq à six hectares », calcule Paul Lamothe, de la chambre d’agriculture du Pas-de-Calais pour le réseau Inosys des Hauts-de-France, qui a organisé des formations sur la PAC et réalisé des simulations sur quelques cas-types de la région. « Des systèmes plus diversifiés, notamment ceux avec d’autres ateliers de productions animales, ou les exploitations de petite taille avec un fort chargement, ou encore ceux qui pratiquent la monoculture de maïs n’atteignent pas le niveau 1 et encore moins le niveau 2 des écorégimes », observe aussi en région Nouvelle-Aquitaine Bertrand Dumas, chargé d’études en économie prospective à la chambre d’agriculture.

Le seuil de chargement à 1,4 souvent atteint

« Avec le nouveau critère des UGB bovines primables à partir de l’âge de 16 mois, un message clair est envoyé en faveur de l’engraissement », note Olivier Dupire. Pour autant, d’autres éléments de la réforme pourraient limiter l’effet de ce changement.

L’historique des exploitations (des années 2000 à 2002) reste prégnant avec la poursuite de la convergence des aides au revenu de base vers la moyenne nationale, en 2023 puis en 2025. La situation peut donc varier sensiblement sur ce point d’une exploitation à l’autre. Mais c’était déjà le cas.

Ce qui change cette fois-ci, c’est le plafonnement du nombre d’UGB primables à 120 UGB, couplé à un plafonnement au-delà de 1,4 UGB de plus de 16 mois/ha SFP - la SFP étant la surface fourragère principale et les cultures autoconsommées en zone ICHN (1). Ces deux limites vont concerner une grande partie des élevages bovins viande dans toute la France, d’après les premières simulations.

D’autre part, seuls les éleveurs en Gaec vont bénéficier de la transparence pour le plafond de 120 UGB primables (par rapport au plafond actuel de 139 vaches primées avec l’ABA). Attention d’ailleurs aux effets de plafonnement dans le cas où la répartition des parts au sein d’un Gaec est inégale entre les associés : les UGB primables seront en effet proratisés et les plafonds appliqués par portion d’exploitation.

Au final, l’évolution qui se profile pour les élevages allaitants spécialisés sur le premier pilier varie bien souvent dans une fourchette de 1 000 à 5 000 euros en plus ou en moins par rapport à la situation actuelle à système inchangé.

« Il n’est pas non plus apparent pour l’instant qu’un système soit plus favorisé qu’un autre », observe Olivier Dupire. Les naisseurs stricts peuvent sembler fragilisés du fait qu’ils détiennent peu d’UGB de plus de seize mois. Mais dans pas mal de régions, la convergence et/ou l’écorégime de niveau 2 contrebalance cet effet.

Pas de système plus favorisé qu’un autre

« Sur l’ensemble des cas-types du bassin charolais et du bassin des races rustiques, la réforme de la PAC maintient globalement le niveau de soutien des élevages », résume Olivier Dupire. La convergence a en moyenne un effet positif dans ces zones d’élevage, et a tendance à l’horizon 2025 à amortir, voire à compenser, la baisse des aides couplées bovines.

Même constat en région Pays de la Loire par exemple dans la Sarthe. « Dans notre département, l’aide de base va passer de 110 euros/ha à 125 euros en 2023, puis 128 euros en 2025 », illustre Delphine Breton du réseau Inosys Ouest à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire. Le groupe des chargés de mission viande bovine de la chambre régionale estime que plus d’un tiers des élevages allaitants seront limités par le calcul du nombre d’UGB primables obtenu avec 1,4 fois la surface autoconsommée par le troupeau, et que plus d’un élevage sur deux le seront par le plafond des 120 UGB. « Mais l’effet de ces limites restera modeste dans une bonne partie des cas, car les cas-types présentent des effectifs de vaches et des niveaux de chargement assez proches des seuils », résume Romain Guibert de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

« En Bretagne, le fait marquant est que le chargement de 1,4 est bien souvent dépassé, et les aides bovines plafonnées », constate aussi Élodie Brachet de l’équipe Inosys Ouest à la chambre d’agriculture d’Ille-et-Vilaine qui a réalisé des simulations pour une vingtaine d’élevages des groupes qu’elle accompagne sur son département. « Le seuil de 120 UGB est lui aussi assez vite atteint. » Pour autant, le bilan sur le premier pilier n’est pas déstabilisant à première vue pour les élevages allaitants bretons.

Des systèmes présentant certaines spécificités passent moins bien l’épreuve. C’est le cas des élevages qui utilisent des surfaces en herbe « mises à disposition », qui ne sont donc pas comptabilisées dans leur assolement PAC, ce qui plombe leur niveau de chargement.

C’est aussi le cas de tous ceux qui valorisent des coproduits, dont les surfaces correspondantes n’entrent pas non plus dans la surface fourragère PAC. « De ce fait, les systèmes très intensifs arrivent à un chargement autour de 2,2 pour les naisseurs et de 2,5 pour les naisseurs-engraisseurs », explique Paul Lamothe. « Un autre système pénalisé est le cas-type en vêlage à 2 ans. Il perd environ 35 % du montant des aides couplées bovines alors qu’il est performant et présente un meilleur bilan carbone », poursuit le conseiller.

Les élevages de veaux de lait sous la mère pénalisés

La situation des éleveurs de veaux de lait sous la mère se révèle particulièrement préoccupante. « Ils détiennent relativement peu d’UGB de plus de seize mois : les veaux sont élevés jusqu’à un âge compris entre trois mois et cinq mois et demi, les génisses de renouvellement sont souvent achetées à l’extérieur, et les tantes qui étaient éligibles à l’actuelle ABA ne pourront l’année prochaine accéder qu’à la prime de niveau standard », explique Bertrand Dumas. Ces systèmes assez chargés ont de plus souvent des aides de base supérieures à la moyenne et la convergence leur est défavorable. « Les professionnels de la filière veau de lait sous la mère sont mobilisés pour trouver une solution de soutien à ces systèmes. » C’est d’ailleurs aussi le cas pour la filière des veaux de boucherie.

(1) C’est le cas du dispositif de « rattrapage » des animaux vendus à plus de 16 mois qui n’est acquis que pour ceux vendus en boucherie pour l’instant. C’est aussi le cas de la définition hors zone ICHN, c’est-à-dire dans les zones de plaine, de la surface pour le calcul du plafond de 1,4 UGB/ha.

Un impact souvent relatif sur le montant global du premier pilier

La cohérence du système d’élevage reste ce qu’il faut viser

Chaque cas est particulier face à la réforme de la PAC. Cependant l’effet conjugué des cotations montées en flèche et de la flambée des charges sera prépondérant sur l’équilibre des élevages.

L’impact de la réforme peut être très différent d’une exploitation à l’autre. Certaines gagnent et d’autres perdent. « Si on se penche sur l’optimisation des aides du premier pilier, il faut étudier l’impact jusqu’à la rentabilité à l’échelle de l’exploitation », rappelle Laurence Echevarria de l’Institut de l’élevage. Sont à prendre en compte les conséquences sur les ventes d’animaux, notamment avec la mise en place de la contractualisation, sur le plan agronomique et le niveau d’autonomie alimentaire, l’organisation et la charge de travail, les effets sur le plan comptable… « La cohérence du système reste ce qui guide les orientations à prendre », renchérit Vincent Lambrecht, chargé de mission viande bovine en Loire-Atlantique.

« La croissance des prix de vente des animaux et celles des charges d’élevage sont déjà beaucoup plus impactantes que la réforme à venir de la PAC », analyse Gaël Bénoteau de la chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

Entrent en ligne de compte aussi les enjeux de renouvellement des générations. En région Hauts-de-France par exemple, près de 80 % des élevages allaitants comptent moins de 50 vaches. Aller chercher les aides du premier pilier pourrait amener à désintensifier en réduisant drastiquement le nombre de vaches.

Ailleurs, le plafond de 120 UGB par travailleur pourrait peut-être inciter à la quête de la transparence pour certaines grandes structures avec beaucoup de vêlages, qui travaillent sous le statut individuel avec des salariés ou des conjoints collaborateurs. « Ceci ne va pas nécessairement dans le sens d’une amélioration de la transmissibilité des exploitations, car une partie non négligeable des candidats à l’installation recherchent en priorité des structures en individuel et plutôt de petite taille », remarque Olivier Dupire.

Rappelons que ces simulations ont été faites sur des cas-types du réseau Inosys, qui sont des systèmes d’élevage optimisés, avec des performances techniques le plus souvent supérieures aux moyennes observées mais considérées comme des objectifs atteignables par tous les éleveurs.

Une enveloppe importante pour l’aide couplée aux protéines végétales

La réforme envoie un signal sur l’autonomie protéique des élevages, avec la montée en puissance de l’enveloppe dédiée à l’aide couplée pour les protéines végétales. « Elle est bien revalorisée et calibrée pour couvrir un accroissement significatif des surfaces actuelles », explique Olivier Dupire, coordinateur national du réseau Inosys chez chambres d’agriculture France. Le montant unitaire de l’aide sera le même pour toutes les cultures éligibles, et il n’est pas très différent de l’aide qui est déjà en place pour les fourragères. Il est prévu autour de 105 euros par hectare au maximum en 2023, et sera réévalué chaque année en fonction du nombre de demandes déposées.

Les cultures éligibles sont les légumineuses déshydratées, le soja, les protéagineux y compris en mélange. Donc les méteils sont éligibles. Les légumineuses fourragères (luzerne, trèfle, lotier, vesce, sainfoin…) sont aussi éligibles alors qu’elles ne l’étaient plus, mais uniquement l’année du semis. 

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