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Pâturage hivernal : tirer profit de l’herbe disponible l’hiver sans abîmer les prairies

Peut-on valoriser l’herbe qui pousse en hiver sans léser les performances animales, dégrader ses sols et pénaliser la repousse printanière ? Les réponses à ces questions dépendent de chaque contexte pédoclimatique. Dans celui de la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou dans le Maine-et-Loire, sur les trois dernières années, le pâturage hivernal s’est révélé une stratégie gagnante.

<em class="placeholder">Dans le cadre du programme Cap Protéines, l’expérimentation du pâturage hivernal a porté sur un lot de 20 animaux en croissance. Le programme est terminé, mais le ...</em>
Après deux ans d’expérimentations, la ferme de Thorigné-d'Anjou n'a relevé aucun impact négatif sur les prairies. La pratique permet même de mieux gérer le stock d’herbe.
© Ferme expérimentale de Thorigné d'Anjou

Dans de nombreuses régions d’élevage, les hivers plus doux et humides favorisent la pousse. Vouloir faire pâturer cette herbe disponible est donc légitime à bien des points de vue. Dans le cadre du programme national Cap protéines dédié à l’autonomie protéique de l’élevage français, la ferme expérimentale de Thorigné-d’Anjou, située dans le Maine-et-Loire, a mis en place un essai de pâturage hivernal sur trois hivers contrastés entre décembre 2021 et février 2024. Deux autres fermes expérimentales, celle de la Blanche maison dans la Manche, sur des bœufs normands, et celle de Trévarez, dans le Finistère, sur des génisses et des vaches laitières, ont mis en place des suivis de même type.

20 bovins, 25 ha, 85 jours

À Thorigné-d’Anjou, le lot expérimental était constitué de 20 bovins en croissance (génisses et bœufs limousins et croisés limousins-Angus de 1 à 2 ans), pâturant sur 25 hectares de prairies à flore diversifiée de début décembre à fin février. La surface totale pâturée était répartie en 15 paddocks de 1,7 hectare et le temps de présence des animaux était d’environ cinq jours par paddock. Le seul complément alimentaire à l’herbe pâturée était du foin de qualité moyenne.

Sur ces trois hivers contrastés, en moyenne, les hauteurs d’entrée dans les paddocks étaient de 8,7 cm (± 1,2 cm) et celles de sortie de 5,1 cm (± 0,6 cm). Les animaux ont valorisé 0,84 t MS/ha sur 85 jours, soit 85 % de l’herbe disponible. Le taux de valorisation semble lié à la qualité de l’herbe : elle est inversement corrélée à la notation en « herbe souillée » (évaluée sur une échelle de 0 à 6, mais qui n’a jamais excédé 2).

La valeur alimentaire de l’herbe d’hiver est intéressante, avec une moyenne de 17,8 % MS, 19,4 % MAT, 16,3 CB et 0,92 UFL. En plus de l’herbe, les animaux ont consommé un peu de foin, dans une proportion d’environ 80 % d’herbe pour 20 % de foin.

Les performances animales sont au rendez-vous, avec des GMQ de 560 g/j pour les animaux de 10 mois, 670 g/j pour ceux de 16 mois et 480 g/j pour ceux de 22 mois. Elles sont comparables aux performances obtenues en bâtiment habituellement utilisé sur ces catégories, sur la base d’un régime hivernal associant du foin de qualité médiocre (6,5 kg MS/animal/j) et une légère complémentation protéique en féverole (500 g/j).

Un gain net de 75 euros par animal

Le bilan global établit que le pâturage hivernal pour ces catégories d’animaux économise de la féverole, du foin, de la paille et du carburant, soit environ 75 euros par animal. S’y ajoutent un gain en autonomie protéique, une réduction des émissions de GES, et même une souplesse accrue pour la pratique du déprimage en sortie d’hiver, qui permet de mieux gérer la pousse parfois explosive du printemps.

Les autres fermes expérimentales tirent les mêmes conclusions : de bonnes croissances pour les génisses et les bœufs, même un léger gain en lait pour les vaches laitières de Trévarez, qui étaient sorties au pâturage 3 heures par jour. Les possibilités de valorisation du pâturage hivernal semblent donc bien réelles, mais elles doivent toujours intégrer la nature de la prairie, la pluviométrie et le chargement instantané.

Une avance ou un plus ?

Sur trois des parcelles expérimentales mises à pâturer en hiver, une petite zone en défens a été installée, uniquement sur la période hivernale. La biomasse produite a ensuite été évaluée sur l’ensemble (pâturage hivernal + cycle de printemps) et comparée au seul cycle de printemps.

En matière sèche produite au total, les quantités sont similaires, avec un très léger avantage au seul pâturage sur le cycle de printemps (2,4 t MS contre 2,5 t MS/ha, soit 3 %). Cependant, la qualité de l’herbe printanière a été améliorée par le pâturage hivernal : 16,8 % de MAT pour la prairie pâturée en hiver, contre 14,9 % pour celle uniquement pâturée au printemps. Si on raisonne en matière azotée produite à l’hectare sur la période pâturée, l’avantage revient à la prairie pâturée en hiver (+ 17 % au total).

Sur les autres fermes expérimentales, les résultats sont similaires : au printemps, il est difficile de différencier les prairies qui ont été pâturées en hiver de celles qui ne l’ont pas été. À Trévarez, les parcelles pâturées en hiver semblaient même plus appétentes que les autres.

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