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Au Gaec Panis, dans le Cantal
« Nous essayons d’acheter le moins possible »

Cet élevage de Salers, dans le Cantal, a poussé très loin la recherche d’autonomie. Sur l’alimentation, mais aussi sur des postes plus inattendus comme les taureaux reproducteurs.

Discret, mais terriblement efficace. Jusqu’à peu, le Gaec Panis, dans le Cantal, n’était pas dans les petits papiers des services de développement. Un troupeau de 150 Salers non inscrit. Pas de suivi technique régulier. Pourtant, quand les conseillers de la chambre d’agriculture ont eu une connaissance plus approfondie de cette exploitation, il y a un an, ils l’ont illico intégrée au réseau des fermes de référence et aux journées portes ouvertes Innov’Action, axées sur les pratiques innovantes, tant elle leur a paru digne d’intérêt. « Le maître mot de cette exploitation, c’est l’autonomie », résume Yannick Péchuzal, ingénieur réseau d’élevage. « Ici, il n’y a pas de record dans les performances techniques, mais tous les postes opérationnels sont bien maîtrisés. Il n’y a pas de point faible et c’est ça le point fort du Gaec Panis », ajoute sa collègue Aurélie Nowak. Guidés par une solide réflexion et une ouverture aux évolutions techniques (vêlage à 2 ans, double période de vêlage...), Claudine, Bernard et Nicolas Panis font aussi une chasse aux coûts sur tous les postes de charges. Plus surprenant, sur ces hauts plateaux volcaniques du Cantal : le tiers de la surface (134 ha hors estive) est cultivé en luzerne-dactyle. Des fourragères semées sous couvert de céréale (10 ha tous les ans). L’exploitation est ainsi en quasi autonomie alimentaire et en paille.

Tous les taureaux reproducteurs naissent sur l’exploitation

La conduite du troupeau, assez complexe, permet de tirer le meilleur des systèmes salers avec une part significative d’alourdissement et d’engraissement. La moitié des vaches sont saillies avec des taureaux charolais nés... sur l’exploitation. Cinq vaches charolaises, issues de bonnes souches, sont inséminées pour produire les futurs reproducteurs. Même chose avec les meilleures vaches salers. L’élevage n’achète jamais de taureaux. « Quand je me suis installé, nous avons été déçus par un taureau acheté à l’extérieur, explique Nicolas Panis. Nous connaissons nos vaches par cœur. Avec l’insémination, nous améliorons ce qu’elles n’ont pas. Et, sur le plan sanitaire, c’est plus sécurisant. » Les vêlages sont répartis en deux périodes : 85 du 15 août au 15 novembre ; 65 du 15 janvier au 15 avril. Toutes les génisses salers sont conservées (une trentaine par an). Une petite dizaine, triées parmi les plus lourdes de l’automne (430 kg à la saillie), mettent bas à 24-26 mois. Les autres attendent au printemps, et celles qui sont nées au printemps vêlent à l’automne. Des vêlages donc à 30 mois. Ces anciens producteurs laitiers recherchent dans cette conduite de la reproduction un meilleur étalement de la trésorerie.

Les veaux n’ont pas de nourrisseur mais un râtelier de luzerne

Les veaux d’automne ne sont complémentées qu’à partir de 4 à 5 mois, avec de la céréale et du correcteur azoté, et ceux du printemps n’ont qu’un complément de foin de luzerne-dactyle, dans un râtelier, à la pâture. Les veaux croisés et une partie des mâles salers sont vendus en broutards : à 290 kilos pour les femelles, alourdis à 400 kilos pour les mâles. Des mâles salers sont engraissés pour la filière Salers primeurs (SVA Jean Rozé) et abattus à 340-350 kilos carcasse. Les derniers ont été bien valorisés (4,09 €/kg). Par rapport au prix qu’ils valaient en broutards, ils ont laissé une marge nette de 200 euros. En 2014, le Gaec en a engraissé vingt-huit. Mais le prix n’était pas aussi favorable (3,86 euros) et ils étaient plus légers (312 kg). Ils avaient quand même dégagé une marge moyenne de 160 euros. Cette année, il n’y en a que huit car, l’an dernier, une grande partie des broutards sont partis sur le marché turc. « Tous les ans, nous allons essayer d’en garder une dizaine pour maintenir la filière, car elle est intéressante », indique Nicolas Panis. Les vaches de réforme sont valorisées selon leur potentiel et les opportunités de vente : engraissement, vente à des engraisseurs pour une finition à l’herbe, vente en couple à l’automne pour l’élevage.

De nombreux lots de vaches à gérer au pâturage

La conduite du pâturage, qui découle des choix de reproduction, nécessite de jongler avec de nombreux lots de vaches selon leur stade physiologique, la race du taureau, le sexe des veaux... S’y ajoutent deux lots de primipares. Les vaches qui vêlent à l’automne ne sortent que début mai quand les veaux sont sevrés. Les surplus d’herbe sont enrubannés. Chaque lot, de 15 à 20 vaches, tourne sur quatre parcelles. Il y a de l’eau à peu près partout. À partir de juillet, un fil, déplacé tous les trois jours, permet un pâturage « plus resserré ». L’estive (43 ha) est chargée avec 20 vaches taries, 15 vaches suitées de veaux femelles, 21 génisses pleines, qui tournent avec un taureau charolais sur trois parcelles. Dix-sept génisses de 1 an sont estivées à part sur deux autres parcelles. À partir du 15 septembre, elle est partiellement déchargée des bêtes qui vont mettre bas. Ravagée par les campagnols, le chargement devra être revu à la baisse cette année. En hiver, les vaches qui allaitent reçoivent, le matin, une ration d’ensilage d’herbe (7,5 kg de matière sèche) et de foin (500 g) et, le soir, une ration d’enrubannage (3 kg MS) et de foin (1 kg), ainsi que 400 g de céréales. Les vaches taries, logées dans une étable ancienne, sont nourries avec 9 kg de foin et 4 kg de regain. Quand elles mettent bas, elles ont droit à leur boîte de céréale (400 g).

« La performance technique au service de la performance économique »

Le troupeau affiche de bons résultats de reproduction : 353 jours d’IVV, 3,8 % de mortalité, 93 % de productivité numérique... La production de viande (340 kg/UGB) est le reflet de la volonté d’aller chercher des kilos de viande par le vêlage à 2 ans, l’alourdissement et l’engraissement d’une partie des animaux, mais avec des quantités de concentrés très faibles (400 kg/UGB en 2014 avec beaucoup plus de jeunes bovins que d’habitude ; 270 kg/UGB de concentré l’année précédente pour 310 kg/UGB de viande produite). Et deux tiers du concentré est produit sur l’exploitation. Cette année, le Gaec ne devrait acheter que six à sept tonnes de correcteur azoté. La céréale fournit l’énergie, la luzerne apporte la matière azotée. En 2014, l’exploitation dégageait une marge brute de 600 euros par UGB, la situant dans le tiers supérieur des élevages du Cantal. « La performance technique au service de la performance économique », résume Aurélie Nowak.

Le point fort, c'est l'absence de point faible
Chiffres clés
Surface : 177 ha dont 43 ha d’estive, 40 ha de luzerne-dactyle, 11 ha de blé et 83 hectares de prairies permanente
Cheptel : 150 vaches salers pour 119 droits PMTVA
Chargement : 1,1 UGB/ha SFP
Main-d’œuvre : 3 UMO

La céréale met le couvert pour la luzerne

Le Gaec Panis implante tous les ans une dizaine d’hectares de luzerne-dactyle sous couvert de blé (variété Ludwig). « Nous préférons cultiver la luzerne en mélange car le dactyle tient la feuille, fragile à la récolte », indique Nicolas Panis. La céréale est semée (140-150 kg/ha) après un désherbage total de la vieille luzerne suivie d’un labour. Elle se succède donc à elle-même, depuis longtemps, sans que cela pose de problème. La semence de blé est prélevée (achat de 100 kg par an pour la produire) et triée à façon. Les fourragères (10 kg de luzerne Europe, 10 kg de dactyle Beluga très tardif) sont semées fin mars. Ainsi, la céréale donne un rendement normal (50 q/ha) et la prairie sa pleine production dès l’année suivante, c’est-à-dire trois coupes (dont 27 ha de première coupe en ensilage) suivies d’une pâture, soit un rendement de 9 à 10 t MS par an. À l’implantation de la céréale, un apport de fumier de 40 t/ha est effectué. La prairie est ensuite fertilisée tous les ans avec 12 t/ha de fumier (ou lisier) et 50 kg/ha d’ammonitrate. Le Gaec a l’habitude d’amender ses terres - des sols volcaniques légers et acides -, généralement lors d’un labour, avec de la marne extraite localement, à raison de 25 t/ha. L’effet de cet amendement peu coûteux (13 €/t livrée pour 30 % de CaO) est très lent mais durable. « À 800 mètres d’altitude et, avec l’équivalent de 7 tonnes d’ammonitrate et 3 tonnes de chlorure de potasse, le système permet de tenir un chargement de 1,4 UGB/ha de surface fourragère de base », analyse Aurélie Nowak.

Avis d’expert

« De l’argent sur les surfaces plutôt que sur des concentrés »

« Avec 40 % d’excédent brut d’exploitation sur produit brut, cette exploitation fait preuve d’une efficacité économique d’autant plus remarquable que les charges de structures sont assez élevée (40 % du produit brut), à cause des fermages. Cette efficacité se joue moins sur la productivité, qui est dans les normes des systèmes salers, que sur une très bonne maîtrise des charges opérationnelles (20 % du produit brut). Dans l’approche coût de production, en 2014, l’alimentation (15 €/100 kg de viande vive) est trois fois plus faible que la référence. Les éleveurs ont compris qu’il était plus rentable de mettre un peu plus d’argent sur les surfaces, pour produire des céréales et de la luzerne, plutôt que sur des achats de concentrés et de paille. Le coût alimentaire (alimentation plus surfaces) n’excède par 37 euros. L’exploitation est économe aussi sur les frais d’élevage (23 €) et la mécanisation (48 €). Le Gaec Panis rémunère le travail 1,6 SMIC par unité de main-d’œuvre. Cette même année, dans le réseau d’élevages races rustiques, seulement 15 % des fermes dépassaient 1,5 SMIC par UMO pour une rémunération moyenne de 0,9 SMIC. »

Yannick Péchuzal, ingénieur réseaux d’élevage du Cantal

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Les systèmes les plus rémunérateurs ont joué systématiquement sur une part suffisante de céréales autoconsommées (>50 % des concentrés consommés de l’atelier), sur une bonne gestion du poste mécanisation, une productivité des UGB correcte et une productivité de la main-d’œuvre satisfaisante. © C. Delisle
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