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« Nous cherchons à exprimer le plein potentiel de nos parthenaises »

Dans les Deux-Sèvres, Charlotte et Mathieu Picauville mènent d’une main de maître leur troupeau de 200 mères parthenaises. Mordus de génétique et passionnés par les concours, ils se sont forgé une solide réputation dans la race, en parallèle de leur activité en vente directe.

Éleveurs sélectionneurs et engraisseurs, Charlotte et Mathieu Picauville, installés à Scillé dans les Deux-Sèvres, mènent une vie à cent à l’heure. Pour satisfaire les besoins de leur clientèle en vente directe, ils font partir tous les quinze jours deux vaches et un veau de boucherie. Le couple vend en parallèle chaque année plus de 70 reproducteurs dans le quart Nord-Ouest de la France. Pour tout mener de front, l’anticipation n’est pas une option. « Notre planning d’accouplement est réfléchi deux ans à l’avance, illustre Mathieu, qui cherche à tout optimiser pour produire un maximum. »

La sélection génétique a fait partie des axes de progrès phares au cours de ces quinze dernières années. « Mon grand-père, qui avait repris l’élevage de parthenaises en 1961, a fait partie de la quelque poignée d’éleveurs à maintenir le contrôle laitier jusqu’en 1981, avant de se spécialiser en viande », retrace Mathieu. Le père, Didier, et l’oncle, Gérard, qui ont pris sa suite en Gaec, ont priorisé la structuration de l’exploitation (reprise de terres, construction de bâtiments…). « Le niveau génétique du troupeau, bien que correct, a stagné entre les années 1990 et 2010 », pointe Mathieu. Ce dernier, mordu de génétique, a eu à cœur de progresser sur ce volet-là : dès l’âge de 14 ans, il prend en main les plans d’accouplement et motive son père et son oncle à présenter des animaux en concours. « C’est important de pouvoir se situer, se comparer aux meilleurs de la race, voir sur quel poste nous devons encore nous améliorer », soulève Mathieu.

« Les concours, c’est avant tout une passion, ça ne doit pas constituer un gouffre économique », raisonne Mathieu Picauville

L’élevage Picauville a participé à son premier prix d’ensemble en 2008. Depuis, la famille ne loupe pas un rendez-vous. Au cours de ces cinq dernières années, les podiums se font plus nombreux, notamment pour les prix de lots, « signe que nous sommes sur la bonne voie », sourit Mathieu. Au Salon de l’agriculture 2024, les éleveurs ont gagné le challenge national de l’organisme de sélection.

Un troupeau homogène à haut potentiel génétique

Il faut dire que le niveau génétique du troupeau a décollé en l’espace de dix ans. En 2023, l’IVMAT de l’ascendance maternelle du troupeau atteint 103,8 quand la moyenne de la race affiche 97,8. « Nous sommes parvenus à capitaliser sur nos souches originelles, très laitières, tout en augmentant les performances de croissance et les poids de carcasse », indique l’éleveur, à la recherche de femelles au format homogène, avec une bonne morphologie, un bassin large et plat et peu de squelette.

Mais à force de toujours garder les femelles les plus lourdes, « nous avons tendance à perdre quelque peu en facilités de naissance », analyse Mathieu. Les poids de naissance de l’élevage Picauville, à 47,5 kilos sur la campagne 2023, sont supérieurs de 3 kilos par rapport à la moyenne raciale. « Plus de la moitié de nos vêlages restent sans assistance (55 %), ou se déroulent avec aide facile (36 %), mais c’est un axe sur lequel nous devons travailler. »

Les résultats de la dernière campagne de reproduction sont tout à fait satisfaisants, avec un IVV moyen de 380 jours (contre 383 pour la race) et très peu d’écart entre les primipares (385 jours) et les multipares (378 jours). Les vêlages se répartissent sur trois périodes : 90 veaux naissent entre le 1er janvier et le 15 mars, 20 au mois de juin et 90 autres du 15 août au 31 octobre. Charlotte, inséminatrice de formation, pratique l’IPE [insémination par l'éleveur]. Elle réalise également les échographies et s’est équipée d’une bombonne pour stocker les doses de taureaux sur lesquels le couple travaille. « Seules les femelles qui vêlent de janvier à mars, coïncidant avec une mise à la reproduction entre mai et juin, sont conduites en monte naturelle », relève Charlotte.

55 génisses sont conservées pour le renouvellement, tandis que les autres sont vendues comme reproductrices. Le tri est réalisé dès le sevrage, ce qui permet d’abaisser le niveau de chargement. Aussi, « toutes les génisses que j’estime à l’œil avoir un développement morphologique suffisant partent à la reproduction », indique Mathieu. Au Gaec Picauville, l’âge au premier vêlage se situe à 33 mois (contre 35 pour la race). Du côté des mâles, les éleveurs trient les 25 meilleurs pour faire carrière comme reproducteurs, tandis que les autres sont vendus en broutards à l'âge de 7 mois pour 320 kilos vif de moyenne, à 1 500 euros la bête.

Au total sur l’année, « j’ai 430 animaux pour 200 vêlages, avec des vaches à l’engraissement qui partent au fil de l’eau, je me retrouve avec un chargement beaucoup plus linéaire, inférieur à 1,8 UGB par hectare de surface fourragère principale », calcule-t-il.

Autonomie fourragère totale

La recherche maximale de performances passe aussi par une conduite alimentaire rondement menée, au pré comme à l’auge. L’autonomie fourragère atteint 100 %. 55 hectares sont fauchés en première coupe (pour un rendement de 6 à 7 tMS/ha), récoltés en ensilage d'herbe et répartis dans trois silos. « Je récolte volontairement l’ensilage à quelques jours d’intervalle pour obtenir des tas plus ou moins tardifs — aux valeurs alimentaires différentes —, que j’adapte en fonction des besoins de mes animaux », explique Mathieu. 35 autres hectares sont récoltés en enrubannage d'herbe, pour constituer un stock de 450 à 500 bottes. « Celui-ci sert d’appoint l’été au râtelier, tandis que l’ensilage est réservé à l’alimentation en bâtiment », précise-t-il. Les éleveurs réalisent une seconde coupe sur 50 hectares, récoltée en foin sec (pour un rendement de 4 à 5 tMS/ha). Le stock de 550 bottes de foin généralement constitué est également mis de côté pour l’hiver : il constitue la base fibreuse de la ration. 

Dans le détail, en plus des prairies permanentes, l’exploitation se compose de 43 hectares de prairies temporaires semées en mélange suisse de longue durée à base de fétuque élevée, fétuque des prés, ray-grass anglais et plusieurs variétés de trèfle. Elles sont intégrées dans une rotation de sept à huit ans avec 8 hectares de lin oléagineux, 15 de ray-grass italien et 20 de méteil cultivé en dérobée, suivi d’un maïs. « Sur mes prairies naturelles les plus fatiguées, je réimplante 5 hectares en maïs pour porter le tout à 25 hectares dans ma rotation (4 ha en maïs ensilage, le reste en grain) », indique Mathieu.

Une partie des matières premières en échange céréales aliment

La quasi-totalité des récoltes en lin oléagineux et en maïs grain est livrée en direct à Pasquier Vgt’al, société spécialisée dans le négoce de céréales et la nutrition animale, basée dans les Deux-Sèvres. Les éleveurs sont approvisionnés en retour en produits finis. « Chaque année, on reçoit en échange 50 à 60 tonnes d’aliment pour broutards qui contient 30 % de maïs grain et 60 tonnes d’aliment pour vaches d’engraissement, qui comptent 25 % de graines de lin extrudées. Une partie de ces matières premières (MP) provient de notre ferme », fait savoir Mathieu. L’assolement est calibré en fonction. L'éleveur apprécie la valorisation de ses MP en circuit court, tout comme ses clients. « Dans le cadre de cet échange céréales aliment, l’éleveur se dédouane des fluctuations de marché. E​​n effet, la graine récoltée — qui lui appartient — n’est pas comptabilisée en coût de matière lorsqu’elle est réinjectée dans son aliment, précise Olivier Thibault, directeur commercial chez Pasquier Vgt’al. Ce dernier s’affranchit par ailleurs des contraintes de stockage et de transformation, dans une logique d’optimisation du temps de travail. »

L’ancienne profession de Mathieu en tant que technico-commercial en aliment du bétail l’a rendu particulièrement pointu sur la conduite alimentaire du troupeau. « Lorsque j’achète un aliment, je regarde avant tout sa composition et ses valeurs nutritionnelles. Je suis prêt à mettre 25 euros de plus à la tonne si la qualité est au rendez-vous car j’estime que la performance paie toujours », rapporte Mathieu. Les 55 vaches valorisées chaque année en vente directe ont une durée moyenne d’engraissement de 150 à 180 jours, pour un coût de ration journalier à 4,30 euros, en comptant les fourrages produits à valeur de marché.

© Réussir

En moyenne, leur poids de carcasse atteint 560 kg (U+3), pour un prix de cession établi à 6,50 euros le kilo de carcasse. Les éleveurs valorisent également 25 veaux de boucherie pour la vente directe, principalement des mâles ou des jumelles de mâles. Ces derniers ne sont pas complémentés, mais ils ont accès à l’auge de leur mère à l’engraissement. Ils sont abattus à 6 mois, pour un poids moyen de 180 kilos de carcasse, à un prix de cession de 7,20 euros le kilo de carcasse. Pour approcher leurs coûts, les éleveurs constituent une comptabilité analytique, où ils établissent des prix de cession pour leurs vaches et veaux de boucherie. « Tous nos produits et nos charges (frais d’abattage, de découpe et autres liés à l’emballage et à la préparation de viande, etc.) sont affectés à cette activité de vente directe, qui génère 23 000 euros de marge brute, soit environ 70 centimes du kilo de carcasse », calcule Mathieu.

« Je ne regarde pas le coût de ma ration à l’engraissement. Ce qui m’importe, c’est le nombre de jours de présence et la prise de poids de mes animaux pour arriver aux objectifs de performances visés », relève Mathieu Picauville.

© Réussir

Chiffres clés

  • 240 ha de SAU dont 100 ha de prairies permanentes, 50 ha de céréales à paille (blé, orge) et 43 ha de prairies temporaires en rotation longue avec 8 ha de lin oléagineux, 15 ha de RGI et 20 ha de méteil dérobé seigle/trèfle suivi d’un maïs
  • 200 mères de race parthenaise en système naisseur engraisseur
  • 4 UTH

Une double casquette

Après un BTS en productions animales en apprentissage, Mathieu Picauville a été technico-commercial en aliment du bétail chez Pasquier Vgt'al. Une activité qu’il a démarrée en 2009, en parallèle de son installation sur la ferme familiale avec son père Didier, et son oncle Gérard. « Les débuts ont été sportifs mais c’était un passage indispensable pour assurer la rentabilité économique de l’exploitation. Pendant onze ans, cette prestation de services dans le négoce a assuré la moitié de mon revenu. » Les tournées pour le compte de la société deux-sévrienne lui ont permis d’engranger de solides connaissances techniques et d’étoffer son réseau. En 2020, lorsque sa compagne Charlotte le rejoint pour passer en Gaec à deux associés, Mathieu revient à plein temps sur l’exploitation.

 
Olivier Thibault, directeur commercial chez Pasquier VGT’AL
Olivier Thibault, directeur commercial chez Pasquier Vgt'al. © DR

« Nous travaillons sur des graines entières plutôt que sur des coproduits »

« Dans le cadre de cet échange céréales aliment, la valeur marchande des matières premières n’est pas décomptée. Les éleveurs paient une prestation en fonction des services qu’ils choisissent. Dans le cas de l’élevage Picauville, les graines sont stockées, transformées et réintégrées dans un aliment adapté aux besoins de ses animaux. En lien avec leur recherche de performances et de qualité du produit fini, les éleveurs ont intégré davantage de graines entières à leurs rations. Le toastage que nous réalisons accroît leur digestibilité. En travaillant sur des produits nobles, l’apport en amidon peut être légèrement abaissé, car compensé par l’apport en énergie — via les graines de lin extrudées riches en matières grasses (MG) — et l’apport en protéines — via les graines de lupin et de soja toastées. En effet, un tourteau de soja, une fois déshuilé, contient 1,5 point de MG quand la graine entière en contient 22. Sur le colza qu’utilisent aussi Mathieu et Charlotte, nous travaillons sur un tourteau de première presse, qui contient 11 points de MG de la graine originelle. »

« Des mouvements d’animaux en permanence »

La répartition des vêlages répond aux besoins de lisser la production sur l’année pour la vente directe mais elle nécessite une logistique bien rodée entre conduite au pâturage et en bâtiment.

Avec une année rythmée par trois périodes de vêlage, la conduite au pâturage a intérêt d’être bien organisée. Les nombreuses haies qui composent le bocage divisent le parcellaire en surfaces de 2 hectares en moyenne. « Ce découpage naturel se prête bien pour le pâturage tournant dynamique », avance Mathieu. Trois lots de génisses de 25 à 35 têtes circulent ainsi sur des paddocks à clôture fixe de 50 ares : « Les déplacements oscillent entre 48 et 72 heures selon la pousse de l’herbe, et je fauche éventuellement les surplus. »

Le reste du troupeau (3 lots de 25 vaches à la reproduction avec le taureau, 2 lots de 25 à 30 vaches pleines et 1 lot de 20 à 25 vaches en vêlage d’été) change de paddock tous les cinq jours environ. « Au fil de la saison de pâturage, quand la pousse de l’herbe ralentit, j’introduis dans ma rotation au pâturage des prairies fauchées en première coupe, souligne Mathieu, avant d’ajouter : « J’alterne fauche et pâturage pour éviter au maximum les refus. » Quant aux génisses âgées de 6 mois à 1 an, elles sont conduites en semi-plein air, avec l’accès à un parcours extérieur depuis leur bâtiment. Mathieu et Charlotte peuvent ainsi suivre au plus près leurs performances de croissance et adapter l’alimentation distribuée à l’auge. Ces derniers en profitent pour travailler sur leur docilité.

Toutes les rations élaborées au bol mélangeur

« On a des mouvements d’animaux en permanence alors on n’a jamais de moment de répit, confie Mathieu. La répartition des vêlages répond aux besoins de lisser la production sur l’année pour la vente directe mais elle permet aussi d’optimiser la conduite au pâturage : « On a toujours un groupe d’animaux à faibles besoins qui peut rester dehors. Cette gestion est aussi cohérente avec notre capacité en bâtiment, qui est limitée. »

À la fin de la saison de pâturage, les vaches suitées, taries et celles à l’engraissement se répartissent suivant leur stade et leur catégorie dans quatre stabulations, dont la moitié est en aire paillée intégrale et l’autre, avec une aire d’exercice raclée. Les bâtiments d’élevage se situent tous à proximité et sont accessibles par des chemins bétonnés, ce qui facilite le passage des engins. Au centre du site se trouvent les trois silos d’ensilage d’herbe, ainsi que les hangars de stockage pour les fourrages et l’aliment : « c’est bien plus simple pour composer mes recettes ! », souligne Mathieu, qui distribue toutes les rations au bol mélangeur. En une heure et demie, tous les lots sont nourris et paillés. Les génisses se répartissent sur un autre site, à 500 mètres, accessible depuis un chemin privé tracé à travers champ.

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