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Jean-Claude Dorenlor, Réseau d´élevages
«Remplacer le lait par l´élevage allaitant demande réflexion»

Passer, à chargement et surface constants, d´un système lait herbager à un système naisseur entraîne une baisse très forte de revenu. Explications avec Jean-Claude Dorenlor, du Réseau d´élevages viande bovine de Basse-Normandie et de la Chambre d´agriculture de la Manche.

Quel peut être l´impact sur le revenu du remplacement dans la conjoncture actuelle d´un troupeau de vaches laitières par un troupeau de races à viande ?
Jean-Claude Dorenlor - En simulant sur des cas types herbagers de Basse-Normandie le remplacement des vaches laitières par un troupeau de races à viande conduit en système naisseur, le revenu de l´exploitation est presque divisé par cinq. Si des PMTVA sont obtenues, le revenu baisse aussi très nettement, de 22 à 35 %. Des études concordantes ont été faites par nos homologues des Pays de la Loire et Bretagne.
Ces simulations ont été faites avec la conjoncture de 2004. Si on avait pris celle de 2005, la baisse aurait été moins importante, mais quand même très nette. Et nous ne pensons pas qu´il soit raisonnable, pour une orientation qui engage l´avenir à long terme de l´exploitation, de parier sur le maintien d´une conjoncture aussi favorable que celle que connaît la viande bovine en ce moment.

Quelles sont les mécanismes qui expliquent cette très forte dégradation des revenus ?
J.-C. D. - Nous savons bien que les marges sans PMTVA sont très faibles. Il faut étudier au cas par cas si une attribution de PMTVA est possible. Les règles qui définissent les priorités sont départementales et cela dépend aussi de la situation de l´éleveur (JA ou non, surfaces fourragères disponibles.).

Et les systèmes laitiers herbagers n´ont, dans la plupart des cas, pas de compensations comme celles capitalisées par les systèmes allaitants (complément extensif, PSBM sur broutards.), avec des niveaux de DPU assez faibles.

Quelles sont les motivations des éleveurs laitiers pour les systèmes viande ? Y a t-il beaucoup de laitiers tentés par l´élevage allaitant dans la Manche ?
J.-C. D. - De 2003 à 2005, quand la procédure d´échange entre quotas laitiers et droits PMTVA fonctionnait, un certain nombre d´éleveurs se sont lancés. En 2005, sept millions de litres de lait ont été échangés contre des droits PMTVA. Parmi les éleveurs concernés, huit disposaient de plus de 200 000 litres de quota et quinze disposaient de 100 000 à 200 000 litres.

Une certaine lassitude du métier de producteur de lait, liée essentiellement à l´astreinte de la traite, avec souvent l´arrivée d´une facture accablante pour la mise aux normes, expliquent la plupart des motivations. La conjoncture en viande bovine est attractive alors que le secteur laitier est dans l´expectative. Les éleveurs s´attendent à ce que la baisse du prix du lait se poursuive, alors que l´aide directe laitière a atteint son niveau définitif cette année.

Dans quelques cas particuliers, cette conversion à l´élevage allaitant peut-elle cependant être intéressante ?
J.-C. D. - Si l´endettement est faible, et la mise aux normes de l´atelier lait très lourde, à condition de récupérer des droits PMTVA, le changement de système peut être une voie intéressante. L´organisation du travail en élevage allaitant peut permettre de dégager du temps pour trouver un complément de revenu et ainsi compenser la baisse de résultat du troupeau bovin. Des économies sur la main-d´oeuvre salariée peuvent aussi, le cas échéant, intervenir en ce sens par rapport au système laitier d´origine.
Une certaine baisse de revenu peut aussi être acceptée, quand les éleveurs y sont préparés. Le plus important est qu´une réflexion approfondie et une étude sérieuse précèdent le changement de système. Cela doit faire partie d´un projet de vie global.

Quelles sont les écueils à éviter quand on a décidé de changer de système ?
J.-C. D. - Avant qu´un troupeau allaitant monté de toutes pièces fonctionne bien, cela prend du temps. Avec les laitières d´aujourd´hui, créer un troupeau par croisement d´absorption n´est plus possible et il y a toujours des risques sanitaires à l´achat et à la mise en lot de génisses d´origines diverses. Il est d´ailleurs très difficile en ce moment de trouver des femelles d´élevage et la capitalisation qu´elles représentent par rapport à la vente d´un troupeau laitier est très lourde. Ensuite, la conduite de l´alimentation et de la reproduction, la valorisation de l´herbe, peuvent sembler à première vue plus simples qu´en élevage laitier alors qu´il n´en est rien. Il faut bien réfléchir à la cohérence entre le choix de la race, du système d´élevage et des débouchés visés. Il faut aussi ne pas sous-estimer les difficultés de la gestion de la trésorerie en élevage allaitant, surtout pour un éleveur habitué à être payé chaque mois pour le lait.

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