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« Mes vaches Blondes pâturent des betteraves entre deux prairies »

Le Gaec Hily, à Plomodiern, dans le Finistère, cultive la betterave fourragère depuis de nombreuses années pour l’intégrer à la ration hivernale des bovins. Mais depuis trois ans, elle est également pâturée.

Chez Rémy et Mikaël Hily, le pâturage de la betterave n’est pas un moyen de s’affranchir de la récolte, contrainte principale de la mise en place de la culture. Bien au contraire, puisqu’environ cinq hectares sont arrachés depuis longtemps.

Rémy Hily, ici avec son fils Mikaël. « Le pâturage des betteraves en fin d’été est un bon moyen pour renouveler les prairies à proximité des bâtiments, sans perdre de surface fourragère. »

 

« Pour être autonome, il faut optimiser les surfaces fourragères et maintenir des prairies productives », soutient Rémy Hily, à la tête avec son fils Mikaël, de 60 vaches laitières et de 25 blondes d’Aquitaine avec engraissement des mâles en bœufs. Aussi, pour renouveler les paddocks à proximité des bâtiments sans perdre de surfaces fourragères, les éleveurs s’appuient-ils depuis trois ans sur le pâturage de la betterave.

Chaque année, « on renouvelle deux hectares de prairies de longue durée. Ils sont semés sous couvert de méteil à l’automne en les intercalant avec des betteraves fourragères. On évite ainsi la rotation prairie sur prairie et, grâce aux betteraves, nous maintenons une bonne dynamique de pâturage dès la fin de l’été, à une période où l’herbe pousse moins », apprécie Rémy Hily, avant de poursuivre « c’est une solution économique car elle n’engendre pas de frais de récolte et améliore la concentration de la ration estivale. »

Du pâturage dès la mi-août

La destruction de la prairie au rotavator intervient en mars, en deux passages. Un travail superficiel avec un outil à dents (chisel) est ensuite effectué pour garder une structure du sol assez ferme et éviter le risque d’acidifier le sol, suite au retournement de la prairie. Les betteraves sont semées fin mars – début avril au semoir monograine, à 45 centimètres d’écart interrangs et à une densité de 100 000 à 110 000 plants par hectare, après un passage de herse rotative.

 

Les vaches, laitières comme allaitantes, commencent à pâturer les betteraves dès la mi-août. « J’avance le fil tous les jours sur une parcelle de 200 mètres de long. Les vaches sont capables de pâturer jusqu’à 70 cm après le fil. Elles ont en moyenne 2 kg de MS par jour chacune. Nous laissons deux mètres linéaires par mère. J’utilise un double fil, les blondes pâturant avec leurs veaux. Chez nous, il n’y a pas de problème d’adaptation car les vaches sont déjà habituées à la racine. On distribue les betteraves entières à l’auge. Les veaux d’un à 3,5 mois apprennent très vite aux côtés de leurs mères. Ils commencent par les lécher puis les grignoter. L’important est d’y aller doucement. On augmente les quantités au fur et à mesure selon les besoins des animaux, sur une durée de 10 à 15 jours. »

Le déplacement quotidien du fil n’est pas vécu comme une contrainte par les éleveurs puisque de toute manière ils passent voir leurs bêtes tous les jours. Au contraire, « c’est un bon moyen d’habituer les veaux à notre présence. Ils sont ainsi plus dociles. »

Une exploitation en autonomie complète

Les animaux consomment l’intégralité de la plante, la racine riche en énergie mais aussi l’ensemble du feuillage très riche en azote ce qui en fait un fourrage relativement bien équilibré. « On n’a jamais eu de problèmes d’acidose. Consommée entière, la salivation des animaux augmente et favorise la digestion. » Les vaches ont accès en continue à du foin en taupinière, posé en tas et bâché. Elles apprécient cet aliment frais « et plus souple d’exploitation que le maïs. Cela nous permet de maintenir la production sans avoir à apporter d’aliment à l’auge. »

Le seul bémol, c’est que les betteraves, étant semées très tôt, nécessitent deux désherbages à petites doses.

Par ailleurs, il est facile de connaître la quantité de production de la betterave, ce qu’apprécient les éleveurs pour leur gestion de la ration. Ils savent à l’avance combien de temps peut durer le pâturage.

Côté variétés, Rémy et Mickaël privilégient celles mixtes (Lactimo, Geronimo) pour pouvoir les récolter au besoin. « Je préfère des betteraves bien enterrées pour la mécanisation que certaines qui sortent trop du sol. Les vaches parviennent à les arracher. »

Mi-octobre, le méteil vient prendre la place de la betterave. « On ne laboure que si les animaux ont matraqué le sol sinon on passe le cover-crop. » Le mélange de méteil à base de seigle (15 kg/ha), avoine (15 kg/ha), pois (25 kg/ha), vesce commune et velue (8 et 2 kg/ha), blé et triticale, est semé à 3 centimètres de profondeur. Nous repassons par-dessus au combiné pour semer la prairie en superficiel en favorisant un lit de semence plus fin. »

Le méteil est récolté début mai, au stade début floraison de la vesce et du pois. Au bout de cinq à six semaines, la prairie est vraiment bien installée, les vaches peuvent y pâturer. Aujourd’hui, grâce à leur système fourrager complexe, les éleveurs sont en autonomie alimentaire complète sur leur exploitation.

Chiffres clés 

120 ha de SAU dont 6 à 7 de betteraves (luzerne, maïs, féverole, sorgho, méteil)
55 vaches laitières à 7 000 litres
25 vaches allaitantes, naisseur-engraisseur de bœufs de 600 kg carcasse

Une expérimentation sur le pâturage en cours

Depuis trois ans, la société KWS Momont suit plusieurs exploitations pilotes en France (18) pour apporter un maximum d’informations. « Nous avions de nombreux appels car la pulpe, quand elle est disponible, coûte une fortune. De plus, les gens recherchent de l’autonomie. Très méconnu en France, le pâturage de betteraves est une pratique courante en Nouvelle-Zélande », explique Emmanuel Wynands, responsable régions Nord et Ouest chez Momont.

Le pâturage de la betterave fourragère est un bon moyen de nourrir ses animaux pendant la période été-automne et de répondre au manque de fourrages durant cette période. Elle offre la possibilité de donner un aliment frais l’été et de bonne qualité. « Le pâturage est assez facile à mettre en œuvre et permet en années sèches de revaloriser rapidement une ration au mois d’août, sans frais de mécanisation, ni coût de carburant… Cela apporte de la matière sèche et des UF bon marché. »

Dans les élevages qui récoltent, le pâturage permet de rallonger la durée de consommation de la plante. « D’où le choix de tester cinq variétés compatibles avec le pâturage et à la mécanisation. L’objectif de cette expérimentation est d’apprendre à maîtriser la consommation de cette racine et de montrer qu’il est possible de la pâturer. Toutes les catégories d’animaux peuvent pâturer, de la vache suitée au bœuf. L’important est de rationner la betterave selon leurs besoins. »

Aujourd’hui, il existe du matériel simple et abordable pour faire pâturer des mères avec leurs veaux. Le facteur limitant reste le foncier. Il faut en effet disposer d’une parcelle portante à proximité des bâtiments.

Mise en garde

« Pour habituer les animaux il est préférable, la première fois, d’arracher à la main quelques betteraves et de les laisser à côté du fil. Ils parviennent ensuite eux-mêmes à déraciner la plante en enroulant leur langue autour des feuilles », prévient Julien Greffier de l’ADBFM.

Il convient de les rationner, de prévoir un fourrage sec à proximité et d’assurer une bonne transition alimentaire, pour passer de 1 à 4 kg de MS par jour et par animal, sans risque d’avoir des problèmes d’acidose. Chaque animal doit bénéficier de suffisamment d’espace pour éviter la concurrence entre eux. Le pâturage doit se limiter à 2 heures par jour et le fil reculé d’un mètre quotidiennement pour éviter l’excès.

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