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Marché mondial de la viande bovine : La puissance tranquille du Mercosur, fort de débouchés divers

Les pays du Mercosur disposent maintenant de débouchés divers pour leur viande bovine. Que représente le marché européen pour eux ? La Chine va-t-elle continuer à acheter plus de la moitié des volumes de bœuf exportés, comme c’est le cas depuis 2023 ? Enquête en Argentine et au Paraguay.

La diversification de leurs débouchés, durement acquise par les autorités sanitaires de chacun des pays du Mercosur, permet aujourd’hui aux industriels du bœuf sud-américain d’encaisser les mauvais coups. C'est le cas pour le recul du bœuf brésilien sur le marché états-unien suite à une taxe Trump XXL. Ou encore pour l’interdiction pure et simple du marché chinois de la viande du Paraguay, pour des raisons diplomatiques de longue date. Dans les deux cas, l’industrie réoriente ses débouchés. Car elle peut le faire. Et ça, c’est nouveau.

Le marché européen, dans ce contexte, perd de plus en plus de poids dans le commerce extérieur du bœuf sud-américain. Mais il reste prisé étant un marché haut de gamme, et le feu vert sanitaire européen est un gage précieux pour accéder à d’autres marchés.

Des tarifs hors quota Hilton dissuasifs pour les Argentins

« Cette année, la demande européenne s’est affermie. L’offre locale de bœuf y est insuffisante et la demande semble requinquée », présente Fernando Herrera, le directeur à Buenos Aires de l’Association des producteurs exportateurs argentins (APEA), qui réunit 32 groupements constitués de quatre à une quarantaine d’éleveurs chacun, qui exportent eux-mêmes la viande issue de leurs animaux en travaillant à façon auprès d’une dizaine d’abattoirs disséminés dans toute la région pampéenne. « On exporte environ 100 000 tonnes de bœuf par an et on est fier d’exporter un produit aussi noble et qui se déguste en guise de célébration », dit-il. L'association a le droit à 10% du volume total du contingent Hilton attribué à l’Argentine qui est de 29 389 tonnes, soit 3 000 tonnes. Les prix de ce cycle Hilton 2025-2026 sont très bons à 19 000 dollars FOB (franco à bord) la tonne de filet, et de 20 000 $/t pour l’entrecôte. « Hors quota, les tarifs douaniers sont dissuasifs. »

L’exportation de bœuf argentin en Europe, ce sont quatre morceaux parmi les vingt-cinq issus de chaque demi-carcasse. Or, il faut bien placer les 21 autres morceaux. « Le bœuf brésilien représente pour nous autres Argentins une concurrence redoutable sur les marchés du Moyen-Orient et dans le sud-est asiatique. Les Brésiliens sont capables d’offrir de grands tonnages de qualité standard à des prix inférieurs aux nôtres de 20%. Quand on songe que le Brésil n’exportait pas de bœuf il y a seulement 25 ans ! Aujourd’hui, le Brésil est l’indétrônable premier exportateur mondial de bœuf », constate Fernando Herrera.

Le Paraguay vise les marchés japonais, coréens et américains

Au siège de l’association rurale du Paraguay (ARP), à Asunción, au Paraguay, nous sommes reçus par l’éleveur Martín Filártiga, son jeune secrétaire général, un éleveur de vaches allaitantes au Chaco. « Cela nous a pris 30 ans pour obtenir une viande de bœuf de qualité, assure-t-il. À présent, il nous reste à le faire savoir au monde entier. Installer une marque pays à la hauteur de la réputation des origines argentine et uruguayenne est un défi », admet-il. L'association annonce avoir tout intérêt à jouer dans la cour de l’Uruguay, pas dans celle du Brésil. « Nous visons des marchés rémunérateurs comme le Japon et la Corée du Sud. Les portes du marché chinois nous sont également fermées, car le Paraguay est l’un des rares pays au monde à reconnaître Taiwan comme État souverain, alors Pékin nous barre l’accès à son marché. Par contre, nous avons accès au marché des États-Unis et du Canada depuis deux ans. Nous ne dépendons plus du seul marché chilien comme autrefois », rapporte Martín Filártiga.

L’événement marché majeur de 2025, sans nul doute, pour l’industrie paraguayenne d’exportation de bœuf, aura été l’appel d’air de la demande états-unienne – déjà rendue à 20-25% du total des exportations de bœuf du pays sud-américain.

Un contexte haussier des prix du boeuf en Amérique du Sud

Le principal facteur haussier des prix du bœuf en Amérique du Sud provient de la conscience récente d’une majeure partie de sa population que la cherté du bœuf est bon pour la prospérité du pays. Cela a pris effet en Uruguay il y a environ 20 ans (tout comme le Paraguay, l’Uruguay exporte les trois quarts de sa production de bœuf : pas étonnant que cette logique ait prédominé d’abord chez eux), et depuis peu, aussi, en Argentine.

Là-bas, même les dirigeants de gauche ne défendent plus haut et fort le pouvoir d’achat de bœuf des travailleurs. Le message est devenu rétrograde.

Cette acceptation des consommateurs sud-américains paraît étonnante, car pour ces grands carnivores, le bœuf revêt un caractère festif chéri. Mais ils sont désormais prêts à en payer le prix fort. Or, pour la filière, cela change tout : si le bœuf est cher à Buenos Aires, à Montevideo et à Asunción, si les gens « el pueblo » encaisse sans pour autant renoncer à leur grillade du dimanche, alors c’est une excellente nouvelle pour la filière aux quatre coins du Mercosur.

Le marché chinois reste très important pour l'Argentine

Pour l'Argentine, la Chine a représenté 51,8% de son chiffre d’affaires aux douanes en octobre dernier avec des achats portant sur 48 600 t de bœuf, selon l’IPCVA (Institut de promotion de la viande bovine argentine). À titre de comparaison, l’Allemagne a compté ce mois-là pour 10,5% et les États-Unis pour 9,3 % de la valeur totale des exportations de bœuf argentin dont la valeur moyenne aura été, ce mois-là, pour le frais, de 12 531 dollars US ($)/t valeur FOB (franco à bord), et de 5 679 $/t pour le bœuf congelé.

Pour l’Uruguay (472 958 t annoncées à l’export en 2025, selon l’INAC (Institut national de la viande de l’Uruguay), la demande chinoise est passée de 55% du total des volumes de bœuf exportés en 2023 à 38% en 2024 puis à 36% en 2025. La filière dispose d’un large éventail d’autres acheteurs.

Le Paraguay se passe totalement de la Chine, du Japon et de la Corée, et mise sur Taïwan, les Philippines, fournissant depuis peu massivement les États-Unis et le Canada. L’UE ne représente que 2% des exportations de bœuf du Paraguay, qui ne remplit même pas son quota Hilton riquiqui de 1 000 t (aux côtés de 29 000 t réservés à l’Argentine). « La paperasserie du Hilton n’en vaut pas la peine, quand le Chili est preneur de 14 types de découpe et exige bien moins de certification », lâche le porte-voix de l’industrie frigorifique paraguayenne, Daniel Burt.

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