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Les réalités du changement climatique

Les relevés météo confirment que le climat change. Un plus fréquent recours aux fourrages dérobés est une solution à envisager pour composer avec ces évolutions.

Quoi qu’en disent les incorrigibles — mais de plus en plus rares — climato-sceptiques, le changement climatique se confirme : hivers moins rigoureux, mises à l’herbe plus précoces, somme des températures atteintes plus tôt en saison, périodes de sécheresse plus intenses et plus fréquentes… Ces évolutions sont attestées par les relevés météorologiques et étayées par les données du terrain. Années après années, les dates de récolte sont plus précoces. La date d’ouverture des vendanges a par exemple glissé de deux à trois semaines ces trente dernières années. Avec des nuances selon les régions et les années, ce qui est observé dans les vignobles se retrouve pour les productions fourragères. L’élevage des ruminants est donc largement concerné par ces évolutions.

Augmentation moyenne de 0,4 °C tous les dix ans

À l’occasion d’un colloque sur l’adaptation des pratiques culturales aux changements climatiques organisé par le Sidam (1) en juillet dernier, Vincent Caillez, climatologue à la chambre d’Agriculture de la Creuse a présenté un état des lieux de la situation à partir de données climatiques (températures minimum et maximum, hauteur des précipitations et évapotranspiration) recueillies entre 1980 et 2015 sur l’ensemble du Massif central. Sur le volet température, les relevés font état d’une augmentation moyenne de 0,4 °C tous les dix ans et ce réchauffement tend à être plus important en montagne qu’en plaine. Il est également deux fois plus rapide au printemps (+ 0,8°C par décennie) qu’en été (+ 0,4 °C par décennie). La moindre couverture neigeuse dans les zones d’altitude favorise cette évolution. Le blanc de la neige est de plus en plus longtemps remplacé par les couleurs sombres de la végétation ou du sol, lesquelles captent les rayonnements, favorisent la fonte de la neige et accentuent la clémence des hivers. Pour les précipitations, aucune baisse significative des cumuls annuels ne peut être mise en évidence, mais les variations saisonnières sont plus marquées.

Méditerranéisation du climat

Pour se projeter dans le futur, Vincent Caillez s’est appuyé sur un « générateur stochastique de temps ». Dit plus simplement, il s’agit d’un outil permettant de créer des projections climatiques compatibles avec les observations climatiques observées jusqu’à présent. Ces simulations vont dans le sens d’une accentuation de la tendance déjà constatée. Cela se traduirait par une élévation des températures moyennes, plus marquée au printemps, et une forte évolution du nombre de journées chaudes. « Un mois typique de juin 2040 ressemblera à un mois typique de juillet 2005 et cette tendance s’accompagnera d’une évolution plus forte des phénomènes rares (nombre de jours très chauds où la température excède 30° C) ». Pour ce qui est des températures les plus basses, les risques de gels tardifs de printemps et précoces d’automne ne seront pas à exclure mais « le risque de gel hivernal diminue d’environ 30 % en 30 ans. » Pour la pluviométrie, les projections ne sont pas totalement finalisées. Elles vont dans le sens de ce qui est déjà de plus en plus souvent observé : à savoir une concentration du niveau des précipitations sur des intervalles de temps plus courts. De fortes averses arriveront plus tôt en saison et laisseront la place à des périodes de sécheresse plus longues. Par ailleurs, les aléas climatiques extrêmes ou violents (grêles, canicules, précipitations intenses…) devraient être plus fréquents. Si on résume en deux lignes la situation : une fraction de plus en plus importante du territoire va malheureusement devoir composer avec une méditerranéisation progressive du climat, lequel remonte en direction du nord au rythme de 100 à 150 kilomètres tous les dix ans.

Traduire l’information climatique en information agronomique

Ces indicateurs agroclimatiques peuvent être traduits en informations agronomiques en se projetant à l’horizon 2 050. Ce travail a été présenté lors de ce même colloque par Marie Tissot, conseillère spécialisée agronomie et environnement à la chambre d’agriculture de Lozère. Un travail qui a permis de mieux appréhender quelle pourrait être l’évolution de la cinétique de la pousse de l’herbe. La forte croissance de la végétation serait toujours bien présente au printemps mais tendrait à avoir lieu plus tôt en saison. Avec des nuances selon les régions, les fortes températures estivales accompagnées d’un déficit marqué en précipitations entraîneraient une mise en dormance estivale des espèces fourragères. Sur le plan pratique, cela obligerait les éleveurs à puiser dans leurs stocks pour nourrir leurs animaux à cette même saison. Le ratio stock/pâture devra donc augmenter pour anticiper les besoins d’affouragement. Les évolutions du climat se traduiraient en revanche par une pousse d’automne accrue dans les volumes et la durée.

Les experts réunis par le Sidam ont évoqué plusieurs possibilités d’adaptation. Diversifier les ressources fourragères (choix d’espèces, mélanges d’espèces ou de variétés) mais également les dates et les modes de récolte constitue une possibilité. Se pose également la question de savoir quelle importance accorder à certaines cultures (maïs…) s’il n’est pas possible de les irriguer.

Les projections indiquent aussi que les premières fortes gelées automnales seront plus tardives. Elles pourraient offrir de nouvelles possibilités d’exploitation des surfaces par fauche ou pâture. La constitution de stock sur pied est évoquée de façon à prolonger la saison de pâturage… à condition que la portance des sols suive. La possibilité d’accorder une plus grande importance aux cultures dérobées est évoquée. Elle pourrait être favorisée par une reprise de végétation plus précoce au printemps suivie de récoltes de céréales et de fourrages elles aussi plus précoces, favorisant de ce fait le recours à des semis de dérobées post-récolte. Certains éleveurs ont déjà fait évoluer dans ce sens leur façon de travailler. C’est ce que nous vous proposons d’analyser dans le dossier de ce numéro.

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