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Les dix erreurs à éviter pour inscrire son bâtiment d'élevage dans la durée

Un bâtiment, c’est un outil de travail pour l’éleveur, mais c’est aussi un lieu de vie pour ses animaux. Le bâtiment d’élevage se trouve au cœur d’enjeux multiples : performance économique, conditions de travail, bien-être animal, biosécurité, sans oublier les aspects financiers, environnementaux, réglementaires, climatiques, énergétiques, sociétaux. Concilier tous ces enjeux parfois contradictoires, c’est un travail d’équilibriste. Plutôt que de livrer un catalogue de ce qu’il faudrait faire, nous avons choisi d’aborder cette thématique par le prisme des principales erreurs identifiées par nos experts, partant du principe qu’elles sont toujours des opportunités d’apprentissage.

Le bâtiment parfait n’existe pas ! Chaque porteur de projet est amené à faire des compromis, à partir de ses objectifs, ses expériences, ses connaissances et des conseils de différents spécialistes. 

Qui sont nos experts ?

  • Patrick Massabie, chef de projet bâtiment à l’Institut de l’élevage

  • Maxime Tamine, conseiller en bâtiment d’élevage à la chambre d’agriculture des Ardennes

  • Thomas Dumant, conseiller en bâtiment d’élevage à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire

  • Guillaume Durand, conseiller bâtiment à la coopérative Alysé

  • Isabelle Degroote, conseillère en bâtiment à la chambre d’agriculture de l’Yonne

Cet article a été enrichi par le contenu du colloque BOW (Bâtiment et one welfare), organisé à Rennes les 14 et 15 février 2024 par l’Idele.

Erreur n°1 : Ne pas faire appel à un conseiller bâtiment

Avoir des conseillers indépendants, experts dans la conception de bâtiments, la réglementation, les dispositifs d’aide et qui « ne vendent rien », est une chance que les éleveurs français ne mesurent pas toujours : certains dans d’autres pays n’en disposent pas. En outre, ces conseillers travaillent en réseau : ils partagent leurs méthodologies, expériences, informations, notamment à l’occasion des Biennales des conseillers bâtiment d’élevage.

Organisateur de ces biennales et animateur du réseau des conseillers, Patrick Massabie décrit leur mission : « Un conseiller bâtiment n’arrive pas pour valider un projet. Il apporte un plus. Il interroge l’éleveur sur ses besoins, sur les animaux à loger, sur la main-d’œuvre disponible… À la limite, il peut aller jusqu’à lui dire qu’il n’a pas besoin d’un bâtiment ! » Maxime Tamine insiste sur « la recherche de cohérence » dans son approche de conseil aux éleveurs. « Le bâtiment doit être en phase avec le projet de modernisation de l’exploitation. L’investissement doit se justifier en termes de coût et de fonctionnalité. »

Erreur n°2 : Vouloir aller trop vite

Un bâtiment, c’est un projet de carrière. Il sera en service vingt ans, peut-être plus. Cela vaut la peine de prendre son temps pour y réfléchir, même très en amont du projet. « Ne pas hésiter à aller voir d’autres systèmes, à s’ouvrir, pour éviter les idées préconçues », décrit Thomas Dumant. « Quand on a un projet de bâtiment en tête, il faut souvent compter un an et demi voire deux ans entre l’analyse du projet et la mise en service », estime Maxime Tamine.

Erreur n°3 : Ne pas connaître son budget

« On rencontre souvent le problème : des éleveurs viennent nous voir et ne connaissent pas leur enveloppe », explique Thomas Dumant. « Il faut définir un seuil à ne pas dépasser et être capable de limiter les investissements qui ne sont pas essentiels dès la réflexion du projet », confirme Guillaume Durand. Maxime Tamine rappelle que les conseillers sont des experts en estimation de coûts.

« Après avoir bien objectivé ses besoins, il faudra vérifier que cela rentre dans le budget. L’un des risques, c’est de se limiter : vouloir un bâtiment de 70 places et finalement, n’en faire que 50 faute de budget », poursuit Thomas Dumant.

Erreur n°4 : Construire au plus juste

Construire trop « juste », c’est prendre le risque de se « coincer » pour une vingtaine d’années. « Dès la conception, il faut penser agrandissement, se garder des marges de manœuvre », selon Patrick Massabie. Même écho chez Maxime Tamine : « Il faut penser au coup d’après. Les éleveurs sont toujours un peu surpris quand on leur pose la question, mais il faut se garder des perspectives d’évolution, en termes d’agrandissement de bâtiment, ou de construction d’un nouveau site. »

Parmi les évolutions possibles, envisager des recours plus importants à la mécanisation (distributrice automotrice, pailleuse suspendue…) voire à la robotisation. Cela peut être aussi une évolution en termes d’organisation du travail : l’éleveur, ou son successeur, pourra-t-il changer l’organisation du travail, les périodes de vêlage ?

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Erreur n°5 : Vouloir économiser à tout prix

L’autoconstruction de la partie bétonnée, le montage des barrières peut s’envisager. « Il faut bien anticiper le travail que cela représente, prévient Thomas Dumant. Si on perd sur la qualité de suivi du troupeau, ou si on met six mois de plus à construire le bâtiment, ce n’est pas rentable ! ». Attention aussi en autoconstruction aux possibilités de financement PSN (ex-PCAE) et à l’assurance des ouvrages. En outre, le travail des pros est parfois plus efficient en quantité de béton utilisée ou qualité des finitions.

La tentation d’utiliser le mur comme délimitation arrière des logements est grande pour économiser de la surface. Pourtant, les conseillers sont unanimes : un couloir de service à l’arrière des aires permet de stocker de la paille, du foin, de faire de la contention : « Au début, les éleveurs sont réticents, mais après, ils l’utilisent tous les jours ! » « Attention aussi aux économies de bouts de chandelle sur les équipements », prévient Thomas Dumant. Réduire le nombre de barrières, diminuer la largeur d’une porte peut signifier le regretter quotidiennement.

Ne pas déléguer la maîtrise d’œuvre relève du même raisonnement. « C’est faisable, mais il faut y consacrer du temps : avoir des appels d’offres bien définis, coordonner toutes les entreprises qui vont intervenir, caler les échéances, vérifier la qualité du travail, faire respecter les délais de chantier… », prévient Maxime Tamine.

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Erreur n°6 : Ne pas aérer suffisamment

Patrick Massabie est catégorique : « Un bâtiment ouvert est le nouveau paradigme. Il faut que la qualité de l’air à l’intérieur se rapproche le plus de l’air extérieur. Si, en hiver, l’éleveur n’a pas blouson et bonnet, les animaux auront trop chaud en été », résume-t-il. « Le confort thermique d’une vache, c’est de – 5 °C à 15 °C », rappelle Thomas Dumant.

« L’orientation, c’est plus de 80 % du boulot », rappellent les conseillers. De même, tous estiment que les ouvertures modulables (des filets brise-vent motorisés, qui peuvent se régler par le bas ou par le haut) sont la solution idéale pour se protéger de la pluie et du vent l’hiver et de la pluie et du soleil l’été.

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Sur l’orientation, faire attention aux bâtiments existants : le nouveau bâtiment ne doit pas dégrader l’ambiance des anciens. « Souvent, on veut construire au plus près pour ne pas perdre de foncier. Mais si deux bâtiments sont trop proches, il se crée des couloirs d’air », explique Thomas Dumant. Sur l’orientation, la possibilité de produire de l’électricité photovoltaïque ne doit pas empiéter sur le bien-être des animaux. « On a vu des bâtiments monopente plein sud : ça ne peut pas être bon », décrit Patrick Massabie. « Aujourd’hui, des compromis peuvent être trouvés sur des orientations est-ouest. »

« Cela dépend aussi du temps que les animaux passent en bâtiment, relativise Thomas Dumant. Si ce n’est que trois mois l’hiver, ça peut aller. Mais il faut voir le solaire comme un plus. Il ne faut pas gagner d’un côté et perdre de l’autre. »

Erreur n°7 : Penser « travail prescrit » au lieu de « travail réel »

Les programmes de recherche sur les bâtiments durables intègrent de plus en plus des approches ergonomiques. Les ergonomes sont des spécialistes de l’évaluation du travail réel, c’est-à-dire le travail tel qu’il est effectué, y compris les tâches faites machinalement. Il est toujours différent du travail prescrit et il dépend de chaque personne et de chaque configuration. Un guide méthodologique « Prendre en compte le travail dans l’aménagement et la conception des bâtiments d’élevage » a été édité par l’Idele (disponible en téléchargement sur son site).

En bovins viande, le travail réel est souvent réalisé par une personne seule : penser à cette dimension. Le travail réel peut être aussi celui de l’inséminateur, du vétérinaire, du marchand de bêtes, du livreur : autant que possible, essayer de leur prévoir des circulations et des accès facilités.

Erreur n°8 : Oublier que le bâtiment c’est le point de rencontre homme-bovins

« Les passages d’hommes, c’est dans les deux sens », prévient l’éthologue Xavier Boivin, de l’Inrae. Les éleveurs le savent bien : plus les vaches sont habituées au contact humain, plus elles sont faciles à mener et à soigner. Le bien-être des animaux et le bien-être de l’éleveur sont liés. Les passages d’hommes sont essentiels pour faciliter ces contacts, tout en garantissant la sécurité des éleveurs.

La sécurité des intervenants passe aussi par des systèmes de circulations pensés du point de vue des bovins (pas d’angles droits, pas de lumières vives…), par des doubles barrières et, bien sûr, par du matériel de contention. De très nombreuses caisses de MSA proposent des conseils et des aides au financement de la contention.

Lieu de vie des animaux, le bâtiment doit assurer leur bien-être, mais il ne se résume pas à leur confort. Il peut aussi être apporté par des enrichissements (brosses mécanisées ou non, ballons, objets suspendus…).

Erreur n°9 : Ne pas prévoir assez d’eau

« L’abreuvement est souvent sous-estimé en bovins viande, car on ne voit pas la quantité de lait dans le tank », rappelle Patrick Massabie. « Ce n’est pas forcément le nombre d’abreuvoirs qui est limitant, mais leur accessibilité et leur débit. Il faut les répartir pour que les vaches n’aient pas à traverser tout le bâtiment. » « Ne pas hésiter à s’équiper d’un compteur volumétrique pour vérifier les consommations : c’est moins de 100 euros et ça évite des tracas sanitaires », complète Maxime Tamine. Thomas Dumant souligne aussi l’importance des points d’eau pour le nettoyage des bottes des intervenants. « Mais attention à avoir un volume de regard suffisant au risque de tout transformer en boue. »

Erreur n°10 : Négliger les aides financières du PSN

Le PSN (Plan stratégique national) a récemment pris la suite du PCAE pour accompagner les éleveurs dans leurs projets d’aménagement, de rénovation ou de construction de bâtiments. Il fonctionne sous forme d’appels à projet (deux par an, sur une durée de 6 à 8 semaines), avec des enveloppes, des taux et des priorités sous forme de points, propres à chaque région.

« Lors de la réflexion zootechnique d’un projet avec l’exploitant, en général, nous ne savons pas s’il sera financé ou pas, sauf s’il dispose d’un très grand nombre de points », prévient Isabelle Degroote. Point de vigilance selon la conseillère : ne signez aucun devis avant réception de l’accusé de réception de dépôt de dossier par le service instructeur.

Lire aussi | Les cinq étapes clés pour réussir son projet de bâtiment d'élevage 

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