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Le pragmatisme à l’anglo-saxonne

Dans la plupart des pays anglo-saxons, les cheptels allaitants « commerciaux » sont conduits en croisement avec la volonté de jouer sur la complémentarité des races initialement utilisées.

génisses croisées Irlande au pré
© S.Bourgeois

Dans la plupart des pays anglo-saxons, le recours au croisement est omniprésent. Ces pays font classiquement le distinguo entre les troupeaux « commerciaux » où les croisements sont la règle et les élevages faisant partie des noyaux de sélection où les troupeaux sont conduits en race pure puis destinés à faire naître les reproducteurs par la suite utilisés en croisement.

Jouer la complémentarité entre les races

Dans ces pays, l’objectif des troupeaux commerciaux n’est pas de produire un animal d’une race donnée, il est de produire une carcasse. Il s’agit d’optimiser la conduite pour arriver de façon la plus efficace possible au résultat souhaité. Très schématiquement, l’objectif est d’utiliser des femelles de format modéré aux qualités maternelles confirmées sur lesquelles sera ensuite classiquement utilisé un taureau à bonnes aptitudes bouchères en retenant pour cela très souvent les races françaises.
Plutôt que de chercher à associer toutes les aptitudes sur une race donnée comme on le fait en France, la volonté est davantage de jouer de la complémentarité de façon à associer les points forts de différentes races en cherchant à bénéficier du phénomène d’hétérosis. Une bonne vache répond classiquement à la définition suivante : format modéré pour limiter les besoins alimentaires, bonne performance de reproduction (aptitude au vêlage et IVV), premier vêlage à 2 ans, donc puberté précoce, aptitudes laitières suffisantes, longévité et docilité. « Chaque race a ses points forts et ses points faibles. La complémentarité entre en action lorsque des caractéristiques désirables de races différentes se combinent dans un même animal croisé. Le croisement permet d’obtenir une fréquence plus élevée des caractéristiques recherchées par rapport à ce que l’on retrouve dans l’une ou l’autre des races parentales. La force de l’une vient combler la faiblesse de l’autre et vice-versa, explique Bernard Doré un généticien québécois qui ajoute le choix des individus pour ces croisements est également très important. Les mauvais choix d’animaux pour une race donnée auront un impact persistant sur la réussite de tout programme de croisement. »

De nombreuses possibilités peuvent être utilisées. Par exemple, une F1 Simmental x Angus pourra être ensuite croisée avec un Charolais. Résultat : la mère procure lait et fertilité sur un format modéré avec le persillé du muscle issu de l’Angus tandis que le croisement avec le Charolais apporte le potentiel de croissance et un poids carcasse plus important. L’objectif est toujours que les aptitudes des races utilisées soient complémentaires. Des recherches menées au Canada dans l’État du Nebraska avaient permis de montrer que des vaches croisées Angus/Hereford sèvrent sur l’ensemble de leur carrière environ 15 % de kilos de broutards en plus comparativement à de pures Angus ou de pures Hereford.

De la même façon, d’après les travaux réalisés par Teagasc, un institut de recherche irlandais, les veaux nés de vaches allaitantes croisées sont au moment du sevrage environ 13 % plus lourds que des veaux de race pure. De plus, l’utilisation d’un père issu d’une troisième race augmente ce poids d’environ 8 % supplémentaires. Et d’en déduire que la vache allaitante idéale est une F1, elle-même conduite en croisement avec un taureau d’une autre race.

 

 

Associer races britanniques et continentales

Les généticiens nord-américains considèrent généralement que l’association des races britanniques et continentales est un bon compromis dans la majeure partie de l’Amérique du Nord, à l’exception des zones subtropicales. Pour les élevages naisseurs situés sur les bordures des montagnes rocheuses, confrontés de ce fait à des conditions pédoclimatiques difficiles, les vaches croisées Angus x Hereford par la suite croisées avec du Charolais ou du Limousin pour donner des F2 tous destinés à l’engraissement sont souvent considérées comme un bon compromis. Et de préciser que lorsque les ressources alimentaires sont limitées, les éleveurs gagnent à utiliser un pourcentage plus élevé de race britannique. Un pourcentage plus élevé de races continentales est en revanche souvent préconisé dans les régions où les ressources fourragères sont plus abondantes.

 

 

Rappel

L’hétérosis (ou vigueur hybride) est un effet résultant du croisement entre deux races ou entre deux lignées très différentes. En pratique, il se traduit pour les animaux croisés par une résistance et des performances supérieures à la moyenne de leurs deux races parentales. Ce "bonus", premier bénéfice attendu du croisement, est, en pourcentage, variable selon les caractères. Il tend à être d’autant plus important que les animaux sont génétiquement éloignés.

 

 

Les différentes conduites d’élevage dans les élevages nord-américains

Les systèmes « rotatifs » 
Ils peuvent associer le recours à deux races voire davantage mais nécessitent la mise en place d’au moins deux troupeaux reproducteurs. Dans un système rotatif à deux races, deux groupes de vaches croisées sont formés. Les vaches filles des taureaux de la race A sont accouplées à des taureaux de la race B, et les femelles engendrées par les taureaux de la race B sont accouplées à des mâles de la race A. Dans le système rotatif à trois races, une troisième race est ajoutée à la suite (figure 3). Dans ces systèmes rotatifs, les taureaux doivent être sélectionnés en fonction des caractères maternels, en plus des caractères liés à la croissance et à la carcasse, dans la mesure où les génisses de remplacement sont conservées.

 

 

 

 

 

 

 

 

Les systèmes « terminaux »

Dans les systèmes terminaux, tous les veaux sevrés sont vendus pour l’engraissement quel que soit leur sexe. Les vaches réformées sont compensées par autant de génisses de renouvellement achetées à l’extérieur. Cette conduite permet d’effectuer une sélection accrue sur les caractéristiques recherchées pour les femelles (qualités maternelles, format modéré…) mais également pour les mâles (potentiel de croissance, conformation…). Les qualités maternelles que ce taureau va transmettre à ses filles n’ont aucune importance puisqu’elles seront toutes destinées à l’engraissement dès leur sevrage. En revanche, les facilités de vêlage permises par ces taureaux doivent être analysées de près. Les avantages conférés par le phénomène d’hétérosis seront maximisés lorsqu’une vache croisée (femelle F1) est accouplée à un géniteur d’une troisième race.

 

 

Les systèmes rotatifs terminaux
Cette stratégie est l’association des deux précédentes. Les conduites « rotatives » permettent de produire des vaches F1 intéressantes et une partie d’entre elles sont ensuite conduites en croisement terminal. Cette stratégie n’est permise que dans les cheptels de grande dimension où il est possible de conduire en parallèle plusieurs troupeaux reproducteurs différents.

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