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Le kéfir pour hygiéniser le tube digestif des veaux

Le kéfir est une boisson fermentée fabriquée à partir de lait ou de sucre. Son usage se développe beaucoup en élevage bovin ces dernières années pour soutenir les veaux face aux pathogènes.

Le kéfir est originaire des pays du Caucase. C’est une boisson fermentée qui est utilisée depuis des siècles en santé humaine. Elle se fabrique à base de fruits, de sucre ou de lait dans lequel on "cultive" des grains de kéfir. Ces grains se présentent sous la forme d’un agglomérat blanc de micro-organismes vivants en symbiose. Ils seraient une bonne trentaine de souches de bactéries et levures. Les grains de kéfir s’achètent lyophilisés, chez des fournisseurs de l’élevage ou en pharmacie, en épicerie bio, et l’usage est aussi qu’ils se donnent entre voisins ou sur Le bon coin. Le principe est ensuite le même que pour faire du vinaigre ou du fromage. On peut conserver indéfiniment ses souches constituant une solution mère, que l’on multiplie à chaque fois que l’on en a besoin.

Une certaine organisation pour la préparation

Emmanuelle et Stéphane Poirier élèvent 95 Limousines sur 128 hectares dans la Creuse, à Saint-Priest-la-Feuille. Ils ont découvert le kéfir lors d’une formation Obsalim, et depuis un an, il fait partie du protocole de soins des veaux. Emmanuelle Poirier "élève" son propre kéfir à partir de grains donnés par des voisins. « Je fais du kéfir de sucre, car je trouve que le kéfir de lait a une odeur pas très agréable ». Les grains d’origine sont conservés dans un bocal au frigo, où ils ne se multiplient pas. On peut les y conserver au moins six mois, voire un an. Pour fabriquer la boisson à donner aux animaux, l’éleveuse applique la recette donnée en formation. Des grains sont placés dans de l’eau avec du sucre en poudre à une température d’environ 20 °C. Les grains entrent alors en multiplication. Deux ou trois jours plus tard, cette solution est diluée à nouveau dans de l’eau. Après encore deux à trois jours, elle est filtrée — les grains peuvent être mis de côté pour renouveler l’opération — et prête à être donnée aux veaux. « La dose est d’environ 100 ml par veau, donnée dans une seringue », explique Emmanuelle Poirier. En système bio, les éleveurs vendent des broutards et engraissent une quinzaine de veaux de lait sous la mère qui sont commercialisés en direct. Les veaux de lait reçoivent du kéfir toutes les semaines. « Nous donnons aussi du kéfir aux nouveau-nés. Comme une partie des vêlages se déroulent en plein air, c’est souvent fait au moment du bouclage », explique Emmanuelle Poirier. Des germes d’ensemencement en sachets achetés dans le commerce sont aussi donnés, directement dans la gueule du veau. Leur fonction est différente de celle du kéfir. Ils visent à bien orienter la flore intestinale des veaux. Difficile de tirer des conclusions sur l’effet sur la santé des veaux. Toujours est-il que depuis un an, l’éleveuse juge que leur immunité est meilleure et les risques sanitaires réduits. « Nous n’avons pas de souci de gros nombrils, ni de diarrhées, ni de problèmes respiratoires. »

Un usage aussi sur les litières

Certains éleveurs pulvérisent aussi tout simplement du kéfir deux ou trois fois par semaine sur le fourrage que mangent les veaux. Alexandre Devaux de Axeréal élevage propose à ses clients des grains de kéfir dans une composition pour veaux nouveau-nés avec de l’argile, de la poudre de caroube, du charbon actif, des oligoéléments et des algues marines. « Mise à disposition dans un bac pendant les quinze premiers jours, cette préparation est destinée à favoriser un bon démarrage du veau. » Dominique Sigaud, éleveur de 60 Charolaises dans l’Allier à Arronnes, utilise cette composition pour ses petits veaux. Il emploie pour sa part aussi le kéfir pour l’hygiène du sol de son bâtiment sur caillebotis avec des logettes garnies de sciure. « Depuis l’hiver dernier, en septembre, au moment où les vaches vont rentrer, je pulvérise des grains de kéfir dilués dans de l’eau partout au sol. Le nettoyage et la désinfection du bâtiment ayant été faits en juin », explique l’éleveur. C’est son vétérinaire qui lui a conseillé cette pratique. « L’an dernier, nous avons eu beaucoup moins de diarrhées que les années précédentes. Mais c’est difficile de savoir quel rôle le kéfir a joué. »

Avis d’expert : Pierre-Emmanuel Radigue, vétérinaire pour le cabinet 5Mvet

Un milieu très acide et extrêmement réducteur

"Le kéfir est une population de bactéries : soit des bactéries lactiques qui se nourrissent du lactose du lait, soit des lactobacillus plantarum qui se nourrissent de saccharose. Ces bactéries en se multipliant rendent le milieu très acide – le pH est autour de 2,5 à 3 - et extrêmement réducteur. Dans un tel milieu, aucun pathogène ne peut se multiplier. L’action du kéfir est donc d’hygiéniser le tube digestif du veau pour empêcher sa colonisation par d’éventuels pathogènes. Le principe est le même quand on l’applique sur la litière ou dans un silo. Il faut répéter l’application pour maintenir son effet."

Installés à Reclesne dans le Morvan, Laetitia et Benoît Lamarre vendent des broutards lourds et des reproducteurs. Ils ont découvert le kéfir il y a un an.

Du kéfir de lait pour les veaux à la naissance

C’est à l’occasion d’une formation organisée par la chambre d’agriculture de Saône-et-Loire il y a un an que les éleveurs ont découvert le kéfir. Depuis, ils se sont lancés. « J’ai trouvé des germes de kéfir lactique chez un commerçant en ligne, et j’ai ensemencé du lait entier cru que mon voisin me fournit en sortie de salle de traite (non réfrigéré) », explique Laetitia Lamarre. Cela constitue, dans un seau non couvert au bout de deux jours à 20 °C, la solution mère. À partir de cette solution mère, l’éleveuse dilue à nouveau dans du lait et au bout de deux à trois jours, le kéfir est prêt à être donné aux veaux. « L’aspect est celui d’un fromage blanc battu. Je le conserve une quinzaine de jours dans une pièce fraîche. » Les vêlages sont organisés de fin septembre à fin décembre, et les éleveurs s’organisent pour avoir toujours une solution prête à être distribuée sur cette période à partir de deux solutions mères. « Nous donnons 200 ml de kéfir de lait au pistolet drogueur trois fois à chaque nouveau-né : la première fois au moment de la naissance, avant la prise de colostrum si possible et en tout cas au plus tôt, puis une dose le matin les deux jours suivants, explique Benoît Lamarre. Je fais un point au marqueur sur les veaux pour m’y retrouver. »

Un ensemble de mesures pour enrayer les diarrhées

Les vaches qui vêlent dehors en septembre ont été rentrées pour faciliter les soins, et la distribution du kéfir est devenue le premier geste à la naissance du veau. « Nous ne pouvons pas tirer de conclusion sur l’effet du kéfir car nous avons changé plusieurs volets de la conduite des animaux autour du vêlage cette année, pour enrayer des diarrhées chez les veaux, qui se répétaient depuis un certain nombre d’années (coccidiose, puis cryptosporidiose) », explique Benoît Lamarre. La ration et la minéralisation des vaches en fin de gestation ont été modifiées, les abreuvoirs changés, les litières ensemencées. "Le début de la campagne s’est très bien passé. Nous avons quelques veaux malades sur la fin. Ils sont à l’écart de leur mère et nous leur donnons du kéfir matin et soir en plus de sachets repas."

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