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« Grâce à l’agrivoltaïsme j'espère offrir à mes vaches un meilleur confort au pâturage »

En juin prochain, trois hectares d’ombrières d’élevage vont voir le jour sur l’exploitation laitière de Yoann Bizet, installé en Normandie. L’éleveur n’a pas hésité à signer pour offrir au pâturage un meilleur confort à ses vaches.

Yoann Bizet (au centre de la photo), accompagné de son apprenti Lucas Roulleaux, en BTS PA et de Léa Bonin, responsable R&D élevage chez TSE). Il va accueillir prochainement des ombrières sur les pâtures de ses laitières.
Yoann Bizet (au centre de la photo), accompagné de son apprenti Lucas Roulleaux, en BTS PA et de Léa Bonin, responsable R&D élevage chez TSE). Il va accueillir prochainement des ombrières sur les pâtures de ses laitières.
© C. Delisle

Yoann Bizet, éleveur de vaches laitières à Souleuvre en Bocage, a découvert il y a quatre ans l’agrivoltaïsme, en se renseignant sur les panneaux photovoltaïques sur les toits. « J’ai tout de suite été séduit par ce système de canopée d’élevage », se souvient-il. En 2004, l’éleveur qui pourtant disposait d’un système très herbager (ration à base de mélanges luzerne/trèfle et ray-grass-anglais/trèfle, maïs épi) a arrêté le pâturage. « Mes parcelles se situent sur un plateau. L’été, les vaches sont en pleine chaleur. Elles préféraient rentrer en bâtiment si je leur en donnais la possibilité », ajoute ce dernier. Dans cette technologie, l’éleveur a vu l’opportunité, grâce à l’ombrage apporté (par la canopée), de faire ressortir ses animaux et ainsi de diminuer la pression sur les boiteries.

Trois hectares d’ombrières sur des pâtures

Sollicité par l’entreprise TSE, l’élevage de Yoann Bizet fait partie de ses onze sites pilotes. Un bail a été conclu sur une quarantaine d’années entre les deux protagonistes sur les terres que l’éleveur possède en propriété. « J’ai lu le bail avec un avocat pour être rassuré. » Les travaux vont prochainement commencer pour donner le jour à trois hectares de canopée (production de 3 mégawatts) dès septembre. Un système automatique permet d’orienter les panneaux photovoltaïques en fonction des prévisions météorologiques (pluies, gel, grêle, vent fort, ensoleillement), grâce aux capteurs météo positionnés sur la canopée. Les panneaux sont orientés d’Est en Ouest pour suivre le soleil. L’ombrage évolue donc au cours de la journée.

« Sur le site qui accueille les panneaux, une cartographie de la conductivité des sols a été réalisée. Nous avons fait intervenir un géobiologue. Un prestataire est également en charge de mesurer les champs magnétiques hautes et basses fréquences avant le début des travaux, à la fin, après le raccordement puis une fois par an pour mesurer s’il y a un impact ou non avec la présence des ombrières », expose Léa Bonin, responsable R & D élevage chez TSE.

Une prise en compte du projet agricole

À la fin du chantier, il est prévu de réensemencer les prairies temporaires qui accueilleront le projet. Plusieurs mélanges associant graminées et légumineuses vont être testés sur plusieurs bandes. « L’objectif est de maintenir les rendements – entre 12 et 16 tMS aujourd’hui sur prairies et luzerne – et de concilier les rendements avec une production d’énergie », observe l’éleveur.

Avec cette nouvelle installation, Yoann Bizet a dû revoir sa façon de penser vis-à-vis de l’organisation. Une longue phase de dialogue s’est engagée entre l’éleveur et l’entreprise TSE. « Je suis vraiment accompagné. Ils prennent en compte la contrainte agricole. » Pour permettre le pâturage des vaches au printemps 2024, des chemins d’accès et des clôtures vont être mis en place. Un pâturage tournant va être déployé sur deux parcelles, une zone test de trois hectares, découpée en six blocs de 0,5 are, accueillant 33 vaches et une autre témoin de six hectares, divisée en six blocs d’un hectare, pour 66 vaches.

Des équipements spécifiques seront installés pour peser les animaux tous les jours, suivre leur état d’engraissement et leur santé, évaluer la qualité et la quantité de lait (robot), estimer la quantité de matière sèche ingérée à l’auge (table d’alimentation) et mesurer l’herbe.

L’intégration paysagère a également été abordée dans le projet. Des haies bocagères vont être implantées. « Pour que le projet soit accepté, nous l’avons présenté aux élus, au voisinage, nous avons sollicité la chambre d’agriculture du département, la FDSEA et les maires des deux communes concernées. Il est passé en CDPNAF sans problème, il y a un an. »

Un suivi expérimental rigoureux

« L’agrivoltaïsme pose beaucoup de questions tant agronomiques que zootechniques. Nous avons donc besoin de données. Chez TSE, nous avons construit le plus grand démonstrateur de France avec onze sites pilotes en ovins, bovins, grandes cultures et en maraîchage », note Léa Bonin, responsable R & D élevage chez TSE.

Sur le projet de Souleuvre en Bocage, un suivi complet en partenariat avec l’Institut de l’élevage va être réalisé neuf ans durant, afin de caractériser les effets des ombrières sur les performances zootechniques, le bien-être animal et le comportement de pousse de la prairie. « Des données alimentaires (NEC, poids, nombre de jours de pâturage…), de confort (propreté, stress, champs électromagnétiques…), comportementales (fréquences des postures, relation homme-animal…), sanitaires (mortalité, morbidité, blessures…), de reproduction (taux de gestation…), de production (GMQ…), de comportements des prairies, environnementales, agronomiques et pédologiques seront enregistrées. »

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