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Australie
La viande rouge à la conquête des marchés

Actuellement dans le top 3 des exportateurs mondiaux de bovins vivants, les envois australiens devraient rester dynamiques si les conditions climatiques le permettent.

Du fait de la dominante désertique de l’Australie, couverte majoritairement de savanes et de prairies, 87 % de sa surface agricole est consacrée au pâturage extensif, uniquement valorisable par l’élevage de ruminants. Aussi, 55 % des exploitations et 90 % des surfaces agricoles du pays sont dédiés à l’élevage d’immenses troupeaux bovins et ovins, pouvant atteindre plusieurs milliers de têtes.

Le cheptel australien comptait en juin 2017, 23,3 millions de bovins viande, conduits majoritairement dans des systèmes spécialisés (27 % des exploitations), occupant 68 % de la surface agricole du pays. Ils sont présents sur tout le territoire mais principalement dans le Queensland, la Nouvelle Galles du Sud et le Victoria. Les bovins sont nourris essentiellement à l’herbe sur des pâturages extensifs, dans de grandes propriétés de plusieurs centaines voire plusieurs milliers d’hectares, avec des chargements très faibles pour qu’ils disposent de suffisamment de fourrages et d’eau. Toutefois, un tiers est fini au grain en feedlots, même si, préalablement, ils sont tous élevés à l’herbe. Il n’y a pas de bâtiments d’élevages en dehors des équipements de contention.

Des élevages de ruminants australiens très compétitifs

« Bien que l’écart soit très variable selon les cas-types, les coûts de production des ateliers de bovins australiens sont généralement inférieurs à ceux des systèmes français. Ceci s’explique par des coûts alimentaires plus faibles dans les systèmes australiens, par l’absence de bâtiments d’élevages, de faibles coûts de mécanisation, la taille très importante des structures et le coût nettement plus réduit de l’activité de naissage. Seule, la rémunération du foncier constitue un poste de coût significativement supérieur en Australie, en lien avec le très faible chargement animal par hectare dans ces systèmes ultra extensifs », note un rapport de l’Institut de l’élevage sur l’Australie (1).

Les systèmes bovins allaitants présentent ainsi une compétitivité-coût structurel par rapport aux systèmes français, favorisant des prix sensiblement moindres au stade de la production. Ils sont par contre davantage dépendants des conditions climatiques (saisonnalité et accidents climatiques). L’Australie est en effet confrontée à des sécheresses cycliques qui entraînent une alternance de périodes de décapitalisation et de recapitalisation. Cette évolution en dents de scie des abattages se répercute sur les prix à la production des bovins, nettement plus volatils que les prix français.

« Sur le long terme, la production de viande bovine australienne affiche cependant des progressions, grâce notamment à la hausse des poids moyens de carcasses découlant de la diminution de la part des veaux dans les effectifs totaux (1,5 million de têtes en 1980 contre 41 000 têtes en 2017) et à l’augmentation du poids moyen des gros bovins (passé de 202 à 298 kg entre 1980 et 2017). De son côté, la diversité climatique des zones de production en Australie et la finition des bovins en feedlots tendent à atténuer la saisonnalité des abattages », précise l’Institut de l’élevage.

Un leader de l’export en vif à la pointe, en termes de bien-être animal

Débouché privilégié pour les broutards du Nord de l’Australie, l’export en vif représente plusieurs millions de têtes chaque année et répond à la préférence de nombreux pays déficitaires en viande rouge, pour de la viande fraîchement abattue. L’importation d’animaux vivants permet par ailleurs de garder dans ces pays la maîtrise de l’abattage selon le rituel halal ou casher. « En 2017, l’Australie était le deuxième exportateur mondial de bovins vivants avec pour particularité, l’exportation au long cours alors que les pays de l’UE réalisent essentiellement des expéditions de proximité. » Face à l’importance économique de ce secteur et aux préoccupations croissantes des citoyens australiens, des réglementations ont été mises en place pour s’assurer du respect du bien-être animal jusqu’à l’abattage dans le pays destinataire. « Suite à plusieurs scandales, l’Australie a en effet introduit des règles très strictes sur ce plan et s’appliquant sur toute la chaîne d’approvisionnement à l’export, y compris dans les pays de destination. Le pays est en outre reconnu pour ses normes de bien-être animal parmi les plus élevées au monde pour ce qui concerne les exportations d’animaux vivants. »

Ces dernières s’orientent principalement vers le Sud-Est asiatique. L’Indonésie absorbe chaque année plus de la moitié des exports en vif de bovins australiens. Bien qu’en progression sur le long terme, les envois restent très dépendants des soubresauts des achats indonésiens mais aussi des prix et des disponibilités du marché australien. Le Vietnam, Israël, la Turquie et la Malaisie représentent les principales destinations après l’Indonésie.

Une filière viande orientée vers l’export

La consommation australienne de viande bovine est parmi les plus fortes du monde (32,1 kg équivalent carcasse par habitant en 2017), soutenue par la mise en place du système MSA (Meat Standard Australia : système de prédiction de la qualité de la viande sur une base hédonique) dans les années 1990. Les volumes individuels consommés sont néanmoins en repli sur le long terme en raison du changement des habitudes alimentaires des Australiens et du développement des exportations qui absorbent aujourd’hui plus de 60 % des volumes produits dans le pays. En 2017, l’Australie a expédié 1,37 million de téc de viande bovine (soit 64 % de sa production), la plaçant ainsi dans le top 3 des exportateurs mondiaux en volume.

L’export est le premier débouché de la viande rouge australienne. Pour alléger les coûts de transport et répondre au mieux aux diverses demandes, les opérateurs australiens découpent l’essentiel des carcasses pour une meilleure valorisation des différents morceaux, en les orientant vers les marchés les plus rémunérateurs. En parallèle, les exportations de pièces prêtes à découper et conditionnées dans un emballage plastique étanche augmentant la durée de stockage, se sont développées et représentent plus d’un quart des expéditions. Cette stratégie a permis l’augmentation de la valeur unitaire des envois.

L’Asie (Japon - 28 % des volumes exportés en 2017 Corée du Sud - 15 % des volumes, Chine - 15 % des volumes), et l’Amérique du Nord (24 % des volumes) représentent les principales destinations des exportations australiennes de viande rouge.

La viande australienne jouit d’une excellente réputation sur le marché chinois. Sur le segment haut de gamme, les Australiens sont même parvenus à imposer leurs normes de découpe, de classifications des produits, leurs recettes de cuisine… Les expéditions vers la Chine devraient ainsi s’intensifier dans les prochaines années.

Sécurisation des différents marchés grâce à des accords de libre-échange

Le pays est aujourd’hui un acteur incontournable des marchés mondiaux bovins viande. La filière australienne cherche à s’assurer un accès privilégié à ses différents débouchés, via des accords de libre-échange. Elle bénéficie ainsi aujourd’hui de conditions commerciales optimum avec de nombreux pays (voir carte), d’autres étant en cours de négociations.

Les exportations australiennes devraient rester dynamiques si les conditions climatiques le permettent, grâce à une production très compétitive à l’international (coûts de production réduits des systèmes extensifs) mais elles restent tributaires de l’évolution du climat dans le pays.

« Les exportations de viandes sont attendues en hausse à moyen terme mais le risque d’une nouvelle sécheresse reste élevé. La poursuite de la réduction des droits de douane devrait améliorer les conditions d’accès de l’Australie à ses marchés. La concurrence accrue du Brésil, des États-Unis et de l’Inde sur le marché mondial pourrait toutefois peser ponctuellement sur les prix de la viande bovine », souligne l’Institut de l’élevage.

Par ailleurs, il est possible que les décisions politiques jouent également un rôle sur les expéditions australiennes de broutards, tout comme la poursuite de la diversification des approvisionnements indonésiens avec l’ouverture de nouveaux marchés. À moins que l’Australie n’arrive à s’ouvrir de nouvelles destinations.

(1) Dossier économie de l’élevage La filière viande rouge australienne, organisée pour la conquête des marchés.
Des systèmes très extensifs et compétitifs

Chiffres clés

769 Mha sur le territoire (environ 11 fois la France)
23,3 M de bovins allaitants
82 % des bovins viande se trouvent dans des systèmes spécialisés
900 têtes en moyenne par exploitation
1,37 Mtéc exportées en 2017
778 000 bovins exportés en 2017

Histoire

Les bovins ont été introduits au XIXe siècle par les colons britanniques avant de conquérir peu à peu les immenses espaces australiens. La viande produite était d’abord réservée au marché intérieur. Le développement des moyens frigorifiques à la fin du XIXe siècle a changé la donne. L’export s’est alors intensifié. Dans les années 1930, l’introduction de zébus qui se sont pour partie substitués aux races britanniques, a permis au secteur de conquérir les régions plus sèches du nord de l’Australie, et de l’accroître peu à peu.

Une part croissante de bovins finis en feedlots

En ne dépendant pas de la pousse de l’herbe, la finition en feedlots était à l’origine une solution pour s’affranchir en partie des difficultés climatiques récurrentes en Australie. Elle s’est ensuite développée pour fournir la demande asiatique croissante. La finition au grain permettant d’obtenir une viande plus persillée, adaptée au goût des consommateurs asiatiques.

La part de bovins finis de cette manière est ainsi passée de 9 % des abattages de gros bovins au début des années 1990, à 40 % en 2017. Cette finition s’effectue majoritairement dans des unités de plus de 10 000 têtes.

Caroline Monniot du département économie de l’élevage de l’Institut de l’élevage

« Un accord de libre-échange favoriserait les entrées sur le marché européen »

Des négociations de libre-échange s’ouvrent entre l’Union européenne et l’Australie. Les producteurs européens doivent-ils être inquiets ?

Caroline Monniot - "L’union européenne reste aujourd’hui un marché très secondaire pour l’Australie (3 % des ventes), en raison de contingents d’importations relativement réduits (7 150 tonnes) et de droits de douane prohibitifs, au-delà. Toutefois, l’Australie a clairement des intérêts offensifs et ne voudra certainement pas que les viandes bovines sortent de l’accord. Un accord pourrait ainsi conduire à l’amélioration de l’accès australien au marché européen et donc à l’augmentation des volumes de viandes arrivant vers l’Europe.

Cela pèsera d’autant plus sur le marché européen que l’Australie n’est pas la seule à négocier des accords commerciaux avec l’Europe."

Est-elle capable de s’adapter à la demande européenne ?

C. M. - "Pour l’export, l’Australie a des animaux élevés au grain mais elle est tout à fait capable de s’adapter à la demande européenne. Dans le cadre du quota de viande de haute qualité Panel Hormone, elle dispose d’une filière sans hormone qui existe depuis longtemps avec de la viande produite à l’herbe. La partie du contingent Hilton auquel elle a accès, est en général totalement remplie. Il concerne des découpes sélectionnées, provenant de carcasses de génisses et de bouvillons. L’Australie pourra plus facilement développer ce type de filière que les États-Unis par exemple et ce, sur de plus gros volumes.

Elle privilégie toujours le marché le plus rémunérateur et sait adapter son offre à la demande de ses clients. L’exemple parfait est celui du marché asiatique, là où l’Australie est très bien implantée et dispose d’une excellente réputation."

Quid du Brexit ?

C. M. - "En viande bovine, les Pays-Bas arrivent en tête des destinations européennes, suivis par le Royaume-Uni et l’Italie. Face à cette forte présence du Royaume-Uni dans les clients européens de l’Australie, les décisions prises lors du Brexit et notamment le découpage ou non de contingents, pourraient avoir des conséquences importantes sur le niveau de flux de viandes australiennes vers l’UE à l’avenir. Le Brexit rajoute ainsi plus d’incertitudes et constitue une inquiétude supplémentaire car les Australiens pourraient essayer de garder le même contingent que l’on soit à 28 ou à 27. Il faudra rester vigilant. D’autant plus que, si l’Australie obtient de gros volumes, elle cherchera à les remplir. Le marché européen est une destination privilégiée pour les découpes australiennes à haute valeur ajoutée, car très lucratif."

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