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La Mongolie est prête pour développer l’élevage bovin

La Mongolie s’engage dans une dynamique d’intensification de son élevage pour remédier au surpâturage des steppes et pour améliorer sa souveraineté alimentaire.

La vache mongole (ici la race la plus typique) est de petite taille, avec un squelette anguleux et des cornes partant à la verticale.
La vache mongole (ici la race la plus typique) est de petite taille, avec un squelette anguleux et des cornes partant à la verticale.
© P.-J. Dubois

Pays de grande tradition d’élevage, la Mongolie était à l’honneur au Sommet de l’élevage en 2022. La délégation affichait des attentes en zootechnie, santé animale, traçabilité, ainsi qu’en formation. Et les pouvoirs publics mongols annoncent soutenir l’importation d’un volume important de reproducteurs bovins de races laitières autant qu’allaitantes pour les dix prochaines années.

Le projet consiste à créer une cinquantaine de fermes pilotes avec des systèmes plus productifs que l’élevage traditionnel. Ces fermes seront localisées de façon à desservir la capitale Oulan-Bator malgré la faiblesse des infrastructures routières du pays.

Bonne image de la viande mongole en Chine

La Mongolie s’engage dans le développement de l’élevage bovin pour renforcer sa souveraineté alimentaire – le pays importe pour l’instant du poulet et du porc – et, à terme, pour exporter. Ses viandes bénéficient d’une très bonne image auprès des voisins russes et chinois.

Plus largement, des systèmes d’élevage pastoral plus productifs, utilisant moins de surface, sont encouragés par les pouvoirs publics. Car le pays souffre d’un déséquilibre saisissant de son élevage traditionnel semi-nomade. Les cheptels ovins et caprins ont explosé depuis les années 90, avec la fin de la période durant laquelle le pays était un État satellite de l’Union soviétique. Le système pastoral des différentes régions est entré dans le cycle du surpâturage. Et les effets du changement climatique rendent la situation encore plus difficile pour les éleveurs.

Le cheptel mongol est très majoritairement composé de moutons et de chèvres.
Le cheptel mongol est très majoritairement composé de moutons et de chèvres.
© C. Rolle

 

La vache mongole supporte un climat extrême

Le cheptel mongol total s’élève maintenant à 67 millions de têtes environ, dont une grande majorité sont des moutons et des chèvres (respectivement 31 et 26 millions), élevés pour la laine et le cachemire et pour la viande et le lait. Les chevaux sont aussi bien présents (4,3 millions) ainsi que les chameaux (0,5 million). Seulement cinq millions des « museaux » sont des bovins.

Il existe plusieurs races de vaches mongoles. Élevées dans les steppes, elles vivent 365 jours par an dehors. Dans le système le plus traditionnel, en hiver, elles grattent la neige pour se nourrir d’herbe sèche puis reprennent rapidement beaucoup de poids au printemps. Ces vaches supportent un climat continental extrême, jusqu’à - 40 °C l’hiver et + 30 °C l’été.

Les conditions de milieu sont variables, avec dans le Nord un potentiel plus important et dans le Sud le désert de Gobi. Globalement les pluies tombent surtout de mars à septembre, avec une pluviométrie moyenne de 200 à 350 mm, et l’altitude moyenne est de 1 500 mètres. En zone de haute montagne, des yaks sont élevés.

Les systèmes utilisant moins de surfaces sont soutenus

Une yourte était installée à l'entrée du Sommet de l'élevage.

Un accord de coopération renouvelé pour l’élevage des ruminants

Au Sommet de l’élevage 2022, une délégation d’une trentaine de personnes – entrepreneurs, éleveurs, et représentants du gouvernement dont le ministre de l’Agriculture Khayangaa Bolorchuluun et l’ambassadrice de Mongolie en France Nyamkhuu Ulambayar – a échangé avec les professionnels de l’élevage français. Un mémorandum de coopération renouvelée France-Mongolie sur l’élevage de ruminants a été signé dans le cadre du salon par le ministre Marc Fesneau.

Un noyau de 1 000 limousines s’est acclimaté en Mongolie

L’exploitation de Gatsuurt LLC, située à 500 kilomètres au nord d’Oulan-Bator, élève des limousines en race pure et en croisement.

« L’exportation de génisses limousines en Mongolie a été réalisée avec succès des années 2011 à 2018 », a expliqué lors d’une conférence au Sommet de l’élevage, Alain Hoguet, le consultant auprès du ministère de l’Agriculture. L’exploitation de Gatsuurt LLC élève un noyau d’environ 1 000 vaches en race pure. Environ 6 000 vaches de race mongole y sont croisées avec des taureaux limousins pour produire des bœufs qui sont exportés en Chine. L’élevage fonctionne avec environ 130 salariés.

Un accompagnement technique des éleveurs

C’est Interlim génétique service qui, à l’époque, a géré cette opération. Les génisses et jeunes mâles avaient voyagé par avion. « Une première expérience avec 300 embryons angus importés du Canada avait été un échec au moment de la phase d’élevage des veaux, a expliqué Alain Hoguet. Pour cette opération avec les limousines, un accompagnement technique a été bien organisé pour le suivi du troupeau et la meilleure acclimatation possible des animaux. »

La formation des cadres et des ouvriers a été assurée sur toutes les étapes de l’année pour une conduite simple du troupeau. Près de 800 hectares de brome-luzerne ont été implantés pour faire du foin, ainsi que 600 hectares de pois-avoine pour récolter de l’ensilage. La reproduction était conduite en lots avec flushing pour des vêlages de décembre et janvier.

Des ouvertures pour la race aubrac

Au Sommet de l’élevage, la délégation mongole s’est montrée très intéressée par la race aubrac. Un projet de collaboration avec l’OS aubrac a d’ailleurs été signé dans la foulée.

Rusticité, valorisation de l’herbe, capacité d’adaptation aux conditions climatiques, aptitude à la marche, modèle trapu et format modéré, la race présente des arguments pour son acclimatation à la steppe mongole. « Nous étions en contact depuis 2019, raconte Cyril Leymarie, le directeur de l’OS aubrac. Cette année, nous avons visité un élevage en estive dans le Sancy. La délégation a pu voir des vaches en production dans un milieu peu accessible, avec de fortes pentes. »

Une opération d’exportation est envisagée dans l’objectif de créer un cheptel qui serait conduit en race pure. « Le calendrier et les modalités ne sont pas définis, mais on prévoit de mettre en place une formation pour les éleveurs. Ils pourraient d’abord venir en hiver en France. Puis des professionnels pourraient se rendre en Mongolie pendant l’adaptation des animaux. Le transport se ferait par avion », explique Cyril Leymarie. L’adaptation au climat des vaches ne suscite pas d’inquiétudes, mais il sera nécessaire de faire des stocks de foin pour l’hivernage.

2026, année internationale du pastoralisme

La Mongolie est à l’initiative de la proposition validée par la FAO visant à déclarer 2026, année internationale du pastoralisme. Le pays est grand comme trois fois la France, et 80 % des surfaces sont à vocation pastorale. Encore 30 % de la population active est agricole.

La Mongolie est très peu peuplée avec 3,5 millions d’habitants, dont 1,5 million environ se concentre dans la capitale Oulan-Bator. L’agriculture représente 13 % de l’économie du pays. Celle-ci est très largement dominée par l’industrie minière. La Mongolie, « coffre-fort géologique » de l’Asie, dispose dans son sous-sol de ressources diverses et abondantes (cuivre, charbon, or, fer, uranium, terres rares, pétrole).

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