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« La luzerne est bénéfique pour mes Limousines et pour ma rotation »

La luzerne est devenue incontournable chez Alban Grandidier. Elle a conforté l’autonomie protéique de l’exploitation et apporté sa contribution à la diversification de l’assolement.

« Sur mon exploitation, l’année 2012 a été un tournant. L’hiver avait été très froid avec deux journées consécutives à - 22 °C », explique Alban Grandidier, polyculteur-éleveur à Lesse en Moselle, à une soixantaine de kilomètres au Nord-Est de Nancy. La quasi-totalité des cultures d’automne avaient gelé avec obligation de les ressemer au printemps. « J’avais déjà dans l’idée de diversifier l’assolement et d’allonger la rotation. Mon souhait était d’améliorer la gestion des adventices avec l’ambition de réduire le poste herbicide. J’avais pris conscience des limites d’un assolement trop simplifié avec aussi la volonté de gagner en autonomie alimentaire. Depuis 2012 nous n’avons plus d’années climatiques véritablement favorables. Il y a toujours quelque chose qui coince. 2016 puis 2018 et 2019 en sont de bons exemples. La météo a une importance croissante. C’est une remise en question permanente. Il n’y a rien de certain dans le calendrier cultural », souligne ce passionné de génétique, incollable sur les orientations de la Limousine. Son cheptel se compose de 55 mères vêlant de novembre à fin décembre, période optimale pour permettre la réalisation des semis d’automne puis faire valoriser au mieux l’herbe de printemps par les différents lots. Hormis quelques futurs taureaux évalués en station et deux ou trois autres vendus en ferme pour la reproduction, les mâles sont commercialisés dès qu’ils atteignent le poids vif de 330 kg en cours de printemps en les pesant pour cela très régulièrement.

Diversification de l’assolement

« Avant 2012, sur 190 ha de culture je faisais une moyenne de 20 ha d’orge de printemps, 60 ha de blé, 60 ha de colza et 50 ha d’orge d’hiver. Pour l’assolement 2019-2020, je table sur 64 ha de blé, 30 ha de colza, 20 ha d’orge de printemps, 32 ha d’orge d’hiver, 23 ha de maïs pour une bonne part ensilé et vendu à une unité de méthanisation et 21 ha à répartir entre le tournesol et le pois selon les conditions météo. » Chaque année, des prairies temporaires sont incluses dans la rotation. Mélanges ou associations, la plupart des fourragères ont été essayées. « La fétuque donne des résultats. Le dactyle est trop difficile à implanter sur nos terres très argileuses. Les ray-grass c’est correct. La fléole est à oublier et la luzerne donne des résultats à condition d’être très attentif pour éviter tout tassement en conditions humides en particulier pour la première coupe. »

Avec du recul, compte tenu de sa résistance à la sécheresse et de sa richesse en protéines, l’arrivée de la luzerne est analysée comme une vraie réussite après avoir aussi trouvé la bonne stratégie pour la valoriser au mieux sur les bonnes catégories d’animaux. Elle est cultivée sur 5 ha, une surface en phase avec les besoins d’un troupeau de 55 mères ou seules les femelles sont engraissées. « J’arrive à faire quatre coupes par an en réalisant la première mi-mai. » La première et la dernière sont enrubannées. Depuis deux ans, la seconde est bottelée à environ 35 % de matière sèche de façon à conserver pratiquement toutes les feuilles. Elle est ensuite déshydratée dans l’unité de méthanisation où est vendu le maïs ensilage, laquelle a choisi de valoriser la chaleur issue de la combustion du biogaz en réalisant des prestations de service pour déshydrater des fourrages. « Ça me coûte 10 euros la tonne avec au final un produit vraiment exceptionnel pour ses valeurs alimentaires. C’est une vraie satisfaction que de pouvoir proposer ce fourrage hyper appétent qui sent très bon. J’ai vraiment l’impression de faire du bon boulot. »

Côté rationnement, ce foin de luzerne de toute première qualité a fait évoluer la complémentation distribuée aux veaux tant en cours d’hiver que plus tard dans les pâtures. Leur ration réalisée avec la mélangeuse se compose de 20 % de ce foin, 30 % d’orge aplati, 20 % de maïs grain concassé, 18 % de tourteau de colza acheté, 10 % de mélasse et 2 % de minéraux. Pas la peine de mettre de paille, les tiges de luzerne suffisent pour les faire ruminer. Ce mélange permet aux veaux d’exprimer tout leur potentiel avec l’an dernier des GMQ moyens sous la mère de 1 275 g pour les laitonnes.

Ce super foin de luzerne est également utilisé pour les vaches à l’engrais. Disponible en libre-service et là aussi confectionnée avec la mélangeuse, leur ration se compose de 5 kg de ce foin, 5 kg de foin de prairie permanente de bonne qualité, 3,5 kg d’orge aplati et 3,5 kg de maïs grain concassé.

La luzerne enrubannée assure, elle, une part conséquente de la ration des laitonnes fraîchement sevrées puis des génisses. « Grâce à la luzerne, ma facture d’aliment a bien baissé. J’achète 4 tonnes par an d’aliment complet, principalement pour préparer les animaux destinés aux concours. » Le fait de participer à des évènements est certes une passion, mais cela contribue également à faire connaître l’élevage. Ces achats sont complétés par 4 tonnes par an de correcteur pour le mélange destiné aux veaux.

Six mois de pâture, six mois de stabulation

Faute de parcelles suffisamment portantes consécutives à une forte proportion d’argile, les animaux sortent tard et rentrent tôt.

« Mes animaux restent pratiquement six mois en bâtiment. Même sur les prairies permanentes, mes terres sont parfois à plus de 60 % d’argile. Avec ces sols très hydromorphes, on est la plupart du temps dans l’obligation de sortir les animaux assez tard, guère avant le 20 avril et de les rentrer tôt, autour du 1er novembre. » Comme dans bien des fermes lorraines, les pâtures occupent les parcelles pentues non labourables mais également 13 ha de près de fond. À l’herbe les vaches suitées sont par lots d’une quinzaine de couples avec un pâturage tournant pas forcément très académique. Une parcelle de fauche incluse dans la rotation de chaque lot était jusqu’en 2018 utilisée pour faire du foin. Mais depuis deux ans ce n’est plus possible. Faute d’herbe elle est désormais uniquement pâturée. La complémentation en été est incontournable. « Auparavant je commençais mi-juillet avec de la paille. En 2018 comme en 2019, j’ai commencé le 10 juin avec du foin car les veaux n’étaient pas encore sevrés. Tant que tous les veaux ne sont pas sevrés je mets du foin. Après les mères passent à la paille. Mais cette distribution dans les parcelles me prend presque davantage de temps que de les nourrir dans les bâtiments. Et entre la mise à l’herbe et le début de l’affourragement je n’ai eu l’an dernier guère plus d’un mois tranquille. » Les rations hivernales des femelles d’élevage reposent sur une association de trois fourrages (paille, enrubannage de prairies temporaires et enrubannage de dérobées semées derrière de l’orge aussitôt après la moisson) complétés par un kilo d’orge aplati.

Innover et diversifier

Alban Grandidier aime analyser le fonctionnement d’autres élevages. « Les systèmes bio sont très intéressants. Même en conventionnel il y a beaucoup de leurs pratiques dont on gagne à s’inspirer. Je discute aussi beaucoup avec les techniciens chambre. Je pense que nos systèmes de polyculture gagneraient à se diversifier. J’ai en ce sens deux projets. Celui de mettre en place un séchage en grange en utilisant de l’air chauffé et asséché sous des panneaux photovoltaïques puis pulsé sous des fourrages pour finir de les déshydrater. Mon idée serait de conforter les tonnages de foin de luzerne de toute première qualité pour les besoins de mon troupeau en se donnant la possibilité d’en vendre une partie en augmentant pour cela les surfaces consacrées à cette fourragère. » À un niveau plus modeste, Alban Grandidier a également en projet de mettre en place une truffière sur une petite parcelle caillouteuse au potentiel bien modeste pour la culture en utilisant des plants (chênes, noisetiers…) mycorhizés.

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