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« J’ai créé un atelier d’engraissement de jeunes bovins sur la ferme céréalière »

En Côte-d’Or, l’EARL Vachet a aménagé sur plusieurs années un bâtiment qui servait au stockage de matériel. Aujourd’hui, l’atelier d’engraissement de 200 places pour jeunes bovins assure la pérennité de l’exploitation.

De gauche à droite, Denis Petitguyot de Dijon Céréales, David Personeni de Feder, Didier Vachet et Vincent Vachet. Grâce à l’expérience familiale dans la filière ...
De gauche à droite, Denis Petitguyot de Dijon Céréales, David Personeni de Feder, Didier Vachet et Vincent Vachet. Grâce à l’expérience familiale dans la filière viande bovine, épaulé par Feder et Dijon Céréales, l’atelier d’engraissement a démarré dans de bonnes conditions et les résultats techniques sont au rendez-vous.
© S. Bourgeois

À Arc-sur-Tille, en Côte-d’Or, Vincent Vachet engraisse des jeunes bovins depuis 2018. Quand il a démarré cet atelier, il n’y avait plus d’élevage sur l’exploitation depuis plus de vingt-cinq ans - depuis que son père avait arrêté le métier de négociant en bétail auprès du marché en vif de Dijon, et avait conservé les 200 hectares de cultures de l’exploitation. « Je me suis installé avec mon père en 2007 en continuant de travailler dans les travaux publics », explique Vincent Vachet. « Au bout de dix ans, j’ai voulu devenir agriculteur à temps plein. »

Pour pouvoir concrétiser ce projet, il a étudié plusieurs voies de diversification. Les surfaces à reprendre sont très rares et leur prix est exorbitant autour de l’exploitation. Et motivé par sa passion pour les animaux, Vincent Vachet souhaitait réintégrer de l’élevage sur son système. Il a finalement opté pour la création d’un poulailler. « J’avais déjà bien avancé sur ce projet quand, en discutant avec plusieurs personnes, j’ai changé d’avis. On avait déjà un bâtiment de 250 m2, utilisé pour le stockage du matériel, qui pouvait être réaménagé progressivement pour loger des bovins. » Vincent et son père, Didier Vachet, avaient comme atouts leur expérience de la filière bovine et le goût de l’engraissement en particulier.

Les travaux d’aménagement sur le temps libre

C’est ainsi qu’ils se sont lancés, accompagnés par Feder et Dijon Céréales, dans la création d’un atelier d’engraissement de jeunes bovins qui s’articule bien avec leurs 200 hectares de cultures. Mais pas question d’investir dans un bâtiment neuf. « Il y a eu beaucoup de travail à faire sur notre temps libre avant l’arrivée des premiers broutards, se rappelle Vincent Vachet. Il nous a fallu à peu près un an pour être prêts. » Avec l’aide de son entourage, l’éleveur a cassé des murs, créé le réseau d’eau, fait beaucoup de béton, aménagé la ventilation, monté les cases, installé un parc de contention avec une bascule et un quai de chargement. Au total, Vincent Vachet estime avoir investi environ 80 000 euros. Deux petits tracteurs d’occasion, une mélangeuse de 8 m3 et une pailleuse ont aussi été achetés. Un télescopique était déjà là. L’exploitant a aussi développé une activité d’entreprise agricole avec deux boudineuses et une grosse presse à balles carrées. « J’ai récupéré le numéro de cheptel de mon père et les démarches n’ont pas été compliquées. »

Finalement, fin 2018, les 66 premiers broutards sont arrivés. L’effectif a progressé petit à petit, puis un bâtiment tunnel de 68 places est venu augmenter la capacité et aujourd’hui, l’atelier compte 200 places. « Mon objectif est d’atteindre 400 places pour mieux amortir les charges et embaucher un salarié », explique Vincent Vachet. Pour l’instant, son père l’aide toujours autant et il travaille avec deux apprentis. Il pense aussi à son fils de 16 ans qui suit des études agricoles.

Les sols plus souples et moins séchants

Les investissements futurs seront quoi qu’il en soit eux aussi réalisés au fur et à mesure pour assurer la stabilité de l’exploitation. « Si on avait construit un bâtiment neuf, on gagnerait une heure de travail par jour mais la marge serait moins importante après annuités d’emprunt », note l’éleveur. Mais l’astreinte de l’élevage n’est pas mal vécue. « On s’arrange avec mon père pour les vacances. Les jeunes bovins ne nous empêchent pas de partir. »

Les avantages du système polyculture élevage sont déjà bien là. « L’élevage est une garantie par rapport aux risques climatiques sur les céréales, et une ferme de 200 hectares de cultures ne fait plus vivre une famille dans notre plaine. » Depuis que du fumier est épandu sur les surfaces de cultures, Vincent Vachet estime économiser 15 000 euros d’engrais de fond par an. Après cinq ans d’apport de fumier, il voit la structure des sols s’améliorer. Ils sont plus souples et moins séchants.

« On m’a découragé de choisir cette filière, mais je n’ai pas écouté et je ne le regrette pas. Sans l’élevage, l’exploitation n’existerait plus. Aujourd’hui, ce sont les jeunes bovins qui me permettent de gagner mon salaire », affirme Vincent Vachet.

Des animaux suivis de très près et vendus lourds

Grâce à l’expérience familiale dans la filière bovine, et épaulé par sa coopérative Feder et Dijon Céréales, l’atelier d’engraissement a démarré dans de bonnes conditions.

Entre octobre 2021 et octobre 2022, 270 jeunes bovins ont été vendus à un poids moyen de 473 kg de carcasse.

Les résultats techniques sont au rendez-vous. L’EARL Vachet fait entrer des broutards de 350 kg et vend des babys lourds. Les têtes de lot sont engraissées en six mois et les autres en sept à huit mois. « Entre octobre 2021 et octobre 2022, 270 jeunes bovins ont été vendus à un poids moyen de 473 kg de carcasse. Le GMQ moyen théorique (entrée – sortie) s’établit à 1,575 kg et le taux de mortalité affiche 0,3 % (soit un seul jeune bovin) », résume David Personeni, de Feder. « La clé de la réussite, c’est l’implication de toute la filière auprès des éleveurs pour le conseil technique, financier et les prises de décision », soutient Denis Petitguyot de Dijon Céréales.

Le bâtiment abrite dix cases de 15 jeunes bovins et une infirmerie. Le couloir de circulation inclus dans la case permet d'économiser des mètres carrés sous le toit.
Le bâtiment abrite dix cases de 15 jeunes bovins et une infirmerie. Le couloir de circulation inclus dans la case permet d'économiser des mètres carrés sous le toit.

L’achat des broutards est financé par Feder et leur vente est contractualisée à un prix minimum garanti fixé en tenant compte du prix d’achat du maigre et de l’évolution de l’indice des coûts de production pour assurer l’objectif des deux Smic, conformément à la loi Egalim 2.

Livrés en direct de chez le naisseur et jamais retriés

Les broutards sont principalement de race charolaise, avec un ou deux lots de limousins dans l’année ; un lot d’aubrac a été rentré cette année pour la première fois. « Les broutards arrivent en direct de chez leurs naisseurs, après environ une heure de route. Rares sont ceux qui passent en centre de tri », indique David Personeni. « Nous ne les retrions jamais. Les broutards sont installés avec ceux de leur élevage avec lesquels ils sont arrivés, et ils partent ensemble. Chaque case, qui compte 15 ou 17 animaux, est ramassée en deux fois », complète Vincent Vachet.

Un bâtiment tunnel de 12,5 mètres de large sur 30 mètres, montant à 6,5 mètres de haut, abrite quatre cases de 17 jeunes bovins. "Les conditions d’ambiance sont bonnes ...
Un bâtiment tunnel de 12,5 mètres de large sur 30 mètres, montant à 6,5 mètres de haut, abrite quatre cases de 17 jeunes bovins. "Les conditions d’ambiance sont bonnes mais on a déjà du changer la bâche en trois années d'usage et de l'espace est perdu pour passer en tracteur", rapporte Vincent Vachet.

Le protocole d’arrivée est simple : vaccin contre les maladies respiratoires, traitement antiparasitaire, tonte. Trois rations différentes sont fabriquées avec la mélangeuse : après une période d’adaptation, la première est distribuée jusqu’à 500 kg de poids vif, puis la ration est adaptée pour la plage de 500 à 700 kg, et ensuite à nouveau pour la plage de 700 à 850 kg. « En finition, adapter la ration en fonction du besoin et du poids de chaque animal permet d’obtenir une partie des bons résultats technico-économiques », précise Denis Petitguyot.

Au menu, maïs ensilage, orge et pulpes surpressées

L’atelier de jeunes bovins valorise 200 tonnes d’orge de l’exploitation par an. Il consomme 180 tonnes de pulpes de betteraves surpressées stockées en boudin par an, en provenance de la sucrerie d’Arcis-sur-Aube dans l’Aube. « On ensile entre 25 et 35 hectares de maïs par an et on est en train d’introduire la luzerne dans la rotation. Elle entrera dans la ration des jeunes bovins sous forme d’enrubannage en boudin », explique Vincent Vachet. L’assolement est actuellement composé de moutarde, blé, orge d’hiver, orge de printemps, tournesol, maïs ensilage et soja. Le soja sera abandonné l’année prochaine car le rendement est décevant.

L’éleveur achète un aliment complémentaire protéique à base de tourteaux de colza et de soja avec un peu de drêches et 3 % d’urée. Le minéral est apporté à part, pour pouvoir adapter la dose au stade d’engraissement. C’est un minéral enrichi en sélénium et vitamine E avec des levures vivantes. Du sel est ajouté, et du bicarbonate est donné aussi à l’année et en quantités plus importantes en été.

Pour la litière, il faut 1 700 bottes de paille de 450 kg par an. L’exploitation n’en produit pas assez, et Vincent Vachet en trouve à l’extérieur par le biais d’échanges paille fumier.

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