Élevage bovins viande : « Nous avons aménagé le réseau d’abreuvement et investi dans un système de traitement de l’eau »
L’élevage charolais Seutin, dans la Nièvre, a adapté ses installations pour s’assurer que le troupeau accède bien en quantité voulue à l’eau d’abreuvement. La qualité de l’eau a ensuite été travaillée. Une technologie de traitement de l’eau par électrolyse et enrichissement en silice leur donne les résultats attendus sur la santé des bovins.
L’élevage charolais Seutin, dans la Nièvre, a adapté ses installations pour s’assurer que le troupeau accède bien en quantité voulue à l’eau d’abreuvement. La qualité de l’eau a ensuite été travaillée. Une technologie de traitement de l’eau par électrolyse et enrichissement en silice leur donne les résultats attendus sur la santé des bovins.
À Saint-Germain-des-Bois dans la Nièvre, Amélie, Alexandre, Jean-Charles, Sylvie et Christian Seutin sont associés sur trois structures, et font vêler 400 charolaises sur cinq sites d’élevage. À partir de 2017, les éleveurs ont fait face à des difficultés pour gérer la santé du troupeau. « Les veaux ne démarraient pas bien, et des boiteries se sont déclarées sur les vaches », relate Amélie Seutin. Leur vétérinaire de la clinique de Corbigny a réalisé un audit et a détecté en particulier, en mesurant la densité urinaire à l’aide d’un réfractomètre, que les animaux n’étaient pas bien hydratés.
« On a aussi commencé à ce moment-là à travailler avec un nutritionniste. » Celui-ci a partagé le verdict d’un abreuvement en quantité insuffisante. Les éleveurs avaient fait réaliser en amont des diagnostics d’ambiance dans les stabulations construites en 2004 et 2011. Ils étaient déjà engagés dans une gestion sanitaire préventive avec vaccination des bovins contre les diarrhées et les maladies respiratoires et un travail sur la biosécurité.
Des travaux pour améliorer la disponibilité en eau d’abreuvement dans les bâtiments ont été initiés. « Nous sommes passés d’un débit en moyenne de 10 l/min avec des abreuvoirs « bols » dont la réserve était de 1,5 litre, à un débit de 32 à 40 l/min avec des abreuvoirs « bacs » dont la réserve est de 40 litres. Il y a un à deux points d’eau pour 7 à 15 bovins », explique Alexandre Seutin.
Le réseau d’eau passé en conduites de diamètre 40
Pour autant, l’hiver suivant, même si les veaux étaient moins nombreux à être malades, « ils n’étaient pas encore tous frais ». Les éleveurs ont eu encore pas mal de nombrils et de diarrhées à E. coli à soigner. Les vaches déclaraient toujours de la dermatite digitale et des ouvertures de ligne blanche.
« On s’est aperçu que la pression de l’eau n’était pas assez forte, avec un bâtiment au pied du château d’eau et des arrivées d’eau en diamètre 25 », explique Jean-Charles Seutin. Une simple mesure au manomètre l’a montré, et le débit réel dans les abreuvoirs était très inférieur à l’attendu. « On est alors reparti de zéro : on a refait en conduite de diamètre 40 tout le réseau d’eau, à partir du compteur jusqu’aux nourrices alimentant les différents bâtiments. » De plus, sur le deuxième site, suite à la mise en fonctionnement d’un forage cet hiver, une cuve tampon de 10 000 litres a été enterrée pour permettre de maintenir 3 à 4 bars de pression en toutes circonstances. Les éleveurs vont aussi lancer ce printemps un second forage pour alimenter bâtiments et prés avec un débit et une pression suffisants pour pallier aux besoins d’eau encore plus importants en période de sécheresse estivale.
Un investissement qui s’amortit en deux ans
Au point cette fois sur la quantité d’eau, Amélie, Alexandre et Jean-Charles Seutin se sont attaqués à optimiser la qualité de l’eau d’abreuvement. Les éleveurs ont suivi une journée de formation sur l’eau avec le vétérinaire Pierre-Emmanuel Radigue sous l’angle de l’approche globale de la santé. Ils ont décidé en 2023 d’installer un système de traitement de l’eau sur les deux sites où se déroulent le plus de vêlages avec Envirolyte France – une technologie qui a donné de bons résultats dans des élevages de leur voisinage. « Il s’agit d’un procédé de traitement de l’eau par électrolyse à base de sel. Il est couplé à un traitement physique des molécules d’eau qui permet de les rendre plus assimilables, et à un système distributeur de silice qui favorise un bon fonctionnement du rumen », présente Pascal Merle, d’Envirolyte France. « Cette technique permet de traiter tous types d’eaux, y compris, comme ici, celles à pH élevé et dureté élevée. »
Le sel (NaCl) est du même type que celui utilisé pour les piscines, en pastilles. La concentration en anolyte neutre – produit désinfectant issu de l’électrolyse du sel avec l’eau – dans l’eau d’abreuvement est d’environ 1,5 %. « On consomme entre 20 et 30 sacs de sel par an », observe Amélie Seutin. La concentration dans l’eau est légèrement augmentée pendant des périodes à risque sanitaire. L’anolyte est aussi utilisé pur dans un pédiluve pour prévenir la dermatite digitale, et dilué à environ 20 % pour le nettoyage et la désinfection en un passage des bâtiments et du matériel.
Très rapidement, grâce à ce système et à toutes les mesures de biosécurité, les éleveurs ont constaté une nette amélioration de la santé des animaux. « La fréquence des dermatites digitales est tombée de 15 à 1 % des vaches, et maintenant, la fréquence des opérations de nombrils des veaux est quasi nulle, voire nulle. Le matin et le soir, quand nous passons dans les cases, voir les veaux dynamiques et joueurs, les vaches calmes et fraîches, ça fait vraiment plaisir. De plus, en tant qu’éleveurs, nous sommes plus sereins et cela nous permet de nous concentrer plus sur le préventif plutôt que d’avoir à faire du curatif avec des antibiotiques. » Ils sont convaincus de la pertinence de leur investissement – environ 32 000 euros en tout – qu’ils estiment amortis au bout de deux ans. « On n’a rien lâché : abreuvoirs nettoyés chaque jour, rations optimisées, minéralisation à la carte et cures d’oligoéléments en préparation vêlage, vaccinations contre diarrhées et maladies respiratoires, contrôle de la qualité des colostrums au réfractomètre, nettoyage et désinfection annuelle des bâtiments, parage des vaches dès qu’elles boitillent et passages au pédiluve… »
Ce système de traitement de l’eau est aussi en service pour l’atelier avicole et les éleveurs constatent que les poulets réalisent de meilleurs GMQ.
Une technologie qui s’intègre dans une approche globale de la santé
L’installation de traitement de l’eau a été proposée à l’issue d’un audit complet réalisé en amont par l’entreprise Envirolyte France. Mesure du pH des urines, des bouses et des fumiers, mesure du potentiel redox, hygrométrie de l’air et mesure de sa teneur en ammoniac notamment à hauteur de nez des veaux, recherche de courants parasites et électromagnétiques… « La qualité de l’eau peut potentialiser la nutrition bovine. Une eau en quantité et en qualité avec une alimentation de qualité, bien équilibrée, bien complémentée, c’est la base pour qu’un organisme soit protégé de l’inflammation et puisse se défendre contre les pathogènes », explique Gilles Martin Peulet, expert et consultant en sciences du vivant. Il replace ainsi l’abreuvement dans l’approche globale de la santé qu’il lie directement au bon fonctionnement du sol, dans sa structure et sa composition. « Mieux le sol fonctionne, plus les fourrages sont riches en oligoéléments et moins on a besoin de complémenter les animaux par exemple. »