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Élevage bovins viande : « Mon système en race parthenaise est en voie de consolidation »

Julien Nail est installé dans les basses vallées angevines du Maine-et-Loire, avec 65 parthenaises en système naisseur et 90 hectares de cultures. Depuis son installation il y a sept ans, le système a été largement remodelé et prouve sa rentabilité.

Julien Nail s’est installé en 2017, après une première partie de carrière en tant que boulanger-pâtissier – dix ans dans l’artisanat, puis en grande distribution. « J’aidais souvent sur la ferme des parents de ma femme Laetitia, jusqu’à ce que l’appel de l’agriculture devienne une affaire sérieuse. À 32 ans, je suis parti en BPREA et puis j’ai repris l’exploitation. » Julien Nail est ainsi devenu éleveur de parthenaises, avec le troupeau que son beau-père avait créé dans les années 2000 à Tiercé, dans le Maine-et-Loire. Il y a beaucoup de travail, et la main-d’œuvre est très limitante sur l’exploitation. Julien Nail travaille avec l’aide de son beau-père et d’un apprenti et mène, en plus du troupeau, quatre ateliers : les cultures, les volailles de chair, le maïs irrigué, et la vente directe.

L’avantage d’être novice est de ne pas avoir d’a priori. Julien Nail pense le système d’élevage à 360 degrés et deux ans après son installation, il a souhaité lancer une étude stratégique de fond pour remodeler son projet avec Seenovia. Il a ainsi pris la décision de ne plus engraisser les jeunes bovins, par manque de place adaptée à cette catégorie dans le bâtiment, et il a augmenté le nombre de vêlages. Une partie des cultures qui ne réalisaient pas le potentiel correspondant au niveau des charges qui étaient engagées ont été remplacées par des prairies. Ceci a conduit à une extensification du système fourrager et donne plus de souplesse à l’éleveur pour la gestion des stocks, ce qui est bienvenu notamment parce qu’une grande partie des prairies sont inondables. Julien Nail a aussi mis en place du pâturage tournant et l’an dernier, il a introduit une douzaine d’hectares de luzerne dans les rotations, sur les terres les plus séchantes.

Des prairies inondables et des parcelles très séchantes

En même temps, l’effectif du troupeau était jusqu’à peu en phase de croissance avec recadrage des périodes de vêlages. L’objectif – 65 vêlages avec deux périodes, en mars-avril et septembre-octobre, et des premiers vêlages à l’âge de 30 mois – vient d’être atteint. La structure de l’exploitation n’est pas des plus favorables aux conditions de travail, avec un bloc de 40 ha situé à 3 km du siège de la ferme, où logent une partie des vaches, et la moitié du troupeau qui est hivernée dehors sur une parcelle sableuse très filtrante. « J’y cultive trois années de suite un maïs, suivi d’un tournesol. Les clôtures sont réinstallées à l’automne. Même quand l’hiver est très arrosé, le sol reste sain, y compris autour des auges et des rateliers. »

résultats économiques julien nail

Julien Nail est passé aussi d’un système basé sur le foin à un système avec priorité à l’ensilage. En hiver, les rations sont élaborées avec de l’ensilage de maïs (rendement 14 tMS/ha), de l’ensilage herbe précoce, et du méteil enrubanné de seigle, trèfles et vesce. Celui-ci est semé en dérobée des maïs.

Pesées des génisses pour suivre leur croissance

« Les prairies temporaires sont composées sur une base de fétuque avec différents trèfles. » Fin avril, les données de 70 à 80 hectares de prairies sont intégrées dans le logiciel Herb’avenir (calcul du nombre de jours d’avance à partir des hauteurs d’herbe mesurées à l’herbomètre). « J’enrubanne les paddocks débrayés. Depuis deux ans, j’ai des stocks de report », observe Julien Nail.

Côté troupeau, Julien Nail s’attache à ce que tout soit bien cadré. Mais il a subi cette année un gros revers à cause de la FCO. Un des taureaux n’a rempli qu’une vache sur un lot de 19. « J’ai fait vérifier avec un contrôle de fertilité qu’il avait récupéré. Une échographie ovarienne sur ces vaches vides m’a orienté pour choisir celles qui sont remises à la repro et celles que je réforme. Je fais aussi vêler à 36 mois des génisses de l’autre lot pour ne pas trop perdre en nombre de vêlages l’année prochaine. » Sur le lot en vêlages d’automne, un avortement et trois veaux nés anormaux, dont un seul a pu être élevé, pénalisent aussi les performances.

Il faudra attendre 2028 pour retrouver, si tout va bien, la productivité du troupeau et l’équilibre entre les deux périodes de vêlage. L’éleveur réfléchit à sa stratégie de vaccination pour l’année prochaine. « J’ai une bascule et je pèse les génisses sevrées à leur retour au bâtiment, à leur sortie au pré, et quand elles sont mises à la repro. » Toute la reproduction se fait en monte naturelle. « Même si j’ai des cornadis, il y a peu de place en bâtiment et les lots sont souvent dehors. La main-d’œuvre est très limitante dans mon exploitation, alors je ne fais pas d’IA. »

résultats économiques Julien Nail

Julien Nail vend les veaux mâles au sevrage à son négociant quand ils ont entre 7 et 9 mois. Les vaches de réforme sont engraissées en « biphase ». En pré-engraissement, elles consomment de l’enrubannage de prairies naturelles, avec du triticale et du maïs grain humide (remplacé par du maïs grain sec pendant l’été) puis elles passent en finition en régime sec à volonté.

Le troupeau parthenais

Fiche élevage

202 ha de SAU dont 91 ha de céréales, 3 ha de maïs ensilage, 40 ha de prairies temporaires, 68 ha de prairies permanentes

65 vêlages de parthenaises

Atelier volailles de chair

1,5 UMO

Alexis Kupperroth de Seenovia : « Les fondations du système sont posées »

<em class="placeholder">Alexis Kupperroth Seenovia</em>

« J’ai rencontré Julien il y a cinq ans, suite à un diagnostic complet réalisé par un consultant Seenovia, nous avons convenu d’un plan d’action axé sur une conduite de troupeau cadrée et rigoureuse (période de vêlages, âge au 1er vêlage…) et sur un système fourrager pâturant avec un chargement et des espèces fourragères adaptées au contexte pédoclimatique (terres séchantes, surfaces inondables…).

En tant qu’ancien pâtissier, Julien est rigoureux et précis dans son travail, il a donc mis en place la majorité des actions prévues (290 kgv produits/UGB, 50 % pâturage…) et la rentabilité de l’atelier Viande est au rendez-vous avec 750 euros de marge brute par UGB et plus de 2 Smic par UMO bovins viande de rémunération depuis deux ans.

Maintenant qu’il a bien "posé les fondations" de son nouveau système, nous allons pouvoir explorer d’autres pistes : gestion du temps de travail, finition des femelles, amélioration-valorisation génétique… afin d’atteindre ses objectifs. »

La vente directe conserve sa place

Julien Nail pratique depuis quatre ans la vente directe d’une bête par mois à peu près. « Aujourd’hui, cela ne vaut plus vraiment le coup par rapport au prix de marché : je connais mes chiffres. Mais je fais le choix en connaissance de cause de continuer, car je suis attaché à cette activité de commerce », explique l’éleveur. Il aime le contact avec les clients et tient à conserver le lien avec ceux qui l’ont fait travailler quand il en avait besoin. « La vente directe permettra aussi toujours de diversifier les risques au cas où le marché se retourne. »

La parthenaise ne prend pas de gras et peut rester en phase de finition sur un temps long, ce qu’on peut se permettre aujourd’hui relativement au prix des céréales bas et au prix de la viande haut. Julien Nail adapte la sortie de ses vaches aux commandes. Quand assez de colis sont vendus, il fait partir une bête. Son négociant la transporte à l’abattoir de Craon, et un atelier de transformation lui ramène à la ferme les colis.« J'oriente les plus vieilles vaches pour la vente directe, car elles sont davantage susceptibles de donner du persillé. »

Julien Nail a commencé à vendre sa viande aux parents et amis et dispose maintenant d’une large clientèle. Le dernier vendredi soir du mois, la livraison des commandes fait office pour eux de sortie familiale, avec un verre de l’amitié et une petite visite aux vaches avec les enfants « même si ça s’est un peu perdu depuis la période Covid ».

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