Élevage charolais dans l’Orne : « La génétique était bien installée et maintenant elle s’exprime pleinement »
Au Gaec Fritel Richard, dans l’Orne, la génétique charolaise était de longue date de très bon niveau. Le changement de conduite alimentaire opéré depuis cinq ans la révèle. Les croissances ont énormément évolué et sont analysées par l’équipe Bovins Croissance d’Elvup.
Au Gaec Fritel Richard, dans l’Orne, la génétique charolaise était de longue date de très bon niveau. Le changement de conduite alimentaire opéré depuis cinq ans la révèle. Les croissances ont énormément évolué et sont analysées par l’équipe Bovins Croissance d’Elvup.
Jean-Yves Fritel et son gendre Antoine Richard font vêler 90 charolaises à Cisai-Saint-Aubin dans l’Orne. Jean-Yves Fritel avait créé son troupeau à partir de 1996, et l’a toujours conduit à 100 % en IA, avec pour priorités génétiques le lait et les facilités de naissance. Antoine Richard, son gendre, a commencé à travailler avec lui il y a cinq ans. Les deux éleveurs ont fixé un nouveau cap : augmenter le gabarit des vaches sans dégrader les qualités maternelles.
Chemin faisant, une très belle évolution des performances est déjà à leur actif en seulement quelques années. Si le troupeau a toujours été fertile et les intervalles vêlage-vêlage bons – autour de 370 jours de moyenne – c’est sur les croissances que les résultats sont spectaculaires. Grosso modo, les poids âge type à 210 jours d’il y a cinq ans sont devenus les poids âge type à 120 jours d’aujourd’hui.
Une première étape s’est révélée en changeant la ration du lot principal de vaches, qui vêlent en septembre et octobre. « Nous avons commencé en 2021 à leur apporter de l’enrubannage de ray-grass et trèfles au champ, à la dérouleuse, dans leurs deux derniers mois de gestation », expliquent Jean-Yves Fritel et Antoine Richard. Auparavant, elles n’avaient que du foin. Le parcellaire le permet et présente une bonne portance. « À 120 jours, le poids âge type moyen des mâles est alors passé de 147 à 169 kg, et celui des femelles de 149 à 161 kg. Soit 10 kg de gagnés juste par ce changement », chiffre Yannick Peigney d’Elvup.
Passage en ration complète avec ensilage de maïs
Encouragés par cette première étape, les éleveurs ont adopté plusieurs autres pratiques alimentaires et en 2025, le poids âge type des mâles à 120 jours a atteint 232 kg et celui des femelles 207 kg. À 210 jours, ils étaient cette année-là de 387 kg pour les mâles et 340 kg pour les femelles. « La génétique était déjà là et maintenant elle s’exprime », constatent les éleveurs.
Ces résultats correspondent au passage en ration complète mélangée et à l’introduction de maïs ensilage dans l’alimentation hivernale des mères et à la montée en puissance de la complémentation des veaux. « Les vaches n’avaient jamais mangé de maïs ensilage. Nous avons fait une longue transition alimentaire, sur près de cinq semaines », note Antoine Richard. Elles sont passées d’une ration de 11 kg MS de foin et 5,5 kg MS d’enrubannage (1,58 euro par jour) à une ration complète mélangée (5,7 kg MS d’ensilage de maïs, 3 kg MS d’enrubannage de trèfles, 2,75 kg MS d’ensilage de prairie naturelle, 1,74 kg MS de foin avec 1,75 kg de méteil grain et 1,4 kg d’un complémentaire azoté acheté, 150 g de minéraux et 30 g de sel ; 2,70 euros par jour).
« Le changement d’alimentation n’a pas eu d’impact négatif sur la reproduction », précise Jean-Yves Fritel. Sur 70 vaches inséminées à l’automne 2025, 50 étaient gestantes en 21 jours de repro après la première IA. « La ration des vaches est très soutenue sur la période de début de lactation et de reproduction, et puis on freine courant janvier avec moins de concentré et plus de foin. À cette période, les veaux mangent déjà bien leur complémentation. On peut donc diminuer la part de concentrés dans la ration des mères, car les veaux le valorisent mieux qu’elles », confirme Yannick Peigney.
Vêlage à 2 ans et alourdissement des vaches
En effet, la complémentation des veaux qui était auparavant « raisonnée » avec 1,4 kg de méteil triticale pois ou triticale féverole pour les mâles et les femelles (0,75 euro par jour), est passée à une ration foin à volonté avec un aliment complet, à raison de 3,3 à 3,5 kg par jour pour les mâles et 2,5 kg pour les femelles (1,42 euro par jour pour les mâles et 1,13 euro par jour pour les femelles). « Mi-novembre, on commence tranquillement à leur donner de l’épeautre grain entier et de la féverole graine entière. Les graines entières sont très bien digérées grâce à l’acide lactique du lait. Ils en mangent en quantité plus importante à partir de début janvier », expliquent les éleveurs. Les vaches sont conduites en trois lots : une case pour les primipares, une case pour celles suitées d’une femelle et une case pour celles avec un veau mâle.
Le coût des rations a nettement augmenté, mais se trouve largement rentabilisé étant donné le niveau des croissances. « L’augmentation des poids à un an a permis de mettre en place le vêlage à deux ans. Cette année toutes les génisses auraient pu vêler à 2 ans. On ne voit pas de différence entre celles qui ont vêlé à 2 ans à l’automne ou à 30 mois, avec le lot d’une vingtaine de vêlages de printemps. » Les veaux femelles sortent pâturer avec leurs mères. L’évolution des croissances a fait que les mâles d’automne ne sont plus ressortis au pré avec leurs mères : ils sont maintenant vendus à un engraisseur avant le printemps. « Cette année, nous n’avons eu aucun problème de pattes. On a aussi paillé un peu plus », notent les éleveurs.
Une évolution notable du poids de carcasse des vaches de réforme est aussi enregistrée. Étant en phase de croissance interne, il n’y a eu que 15 vaches vendues pour l’instant depuis les changements alimentaires. Mais en cinq ans, elles sont passées de 440 kgC de moyenne à 525 kgC soit 85 kgC de plus, tout en gagnant 100 jours sur la durée de l’engraissement. Et ceci avec la même génétique ou presque.
Auparavant, elles étaient finies au pâturage avec 3 à 4 kg de méteil grain (1,46 euro par jour). Désormais, elles sont préengraissées au pâturage (10 kgMS d’herbe) avec 7 à 8 kg d’un aliment de finition (3,55 euros par jour), puis finies avec en plus enrubannage et foin à volonté et toujours cet aliment (3,98 euros par jour).
L’objectif des éleveurs est de sortir en concours avec des vaches à morphologie et de développer la vente de reproducteurs. Ils visent en même temps d’atteindre 100 vêlages à l’horizon 2027 en croit interne (et l’achat de cinq génisses). Ils adhèrent désormais au Herd-book charolais avec maintenant presque toutes les femelles inscrites. Toutes les génisses sont génotypées depuis 2025. « Dans le bilan génétique, l’ « effet élevage » qui permet de voir si on optimise le potentiel génétique est passé de -35 kg en 2021 à + 40 kg en 2025 », relève Yannick Peigney.
Fiche élevage
165 ha de SAU dont 110 ha de prairies naturelles, 33 ha de ray-grass et trèfles, 6 ha de luzerne, 6 ha de maïs ensilage, 10 ha d’orge
90 charolaises avec vente de broutards et de quelques reproducteurs, et de vaches de réforme
70 % des vêlages en septembre octobre et 30 % en mars avril
2 UMO