Élevage bovins viande : « Je me suis équipé de colliers pour clôtures virtuelles »
Éleveur de limousines dans les Ardennes, Joseph Vitrant a testé à l’automne dix colliers pour clôtures virtuelles sur un lot de génisses dans l’objectif de faciliter la conduite du pâturage tournant dynamique. Après un premier bilan positif, il va poursuivre ses essais avec cet équipement au printemps prochain.
Convaincu de l’intérêt des dispositifs de clôtures virtuelles, Joseph Vitrant attendait depuis un bon moment leur mise en marché en France. Il a été le premier à s’équiper quand Digitanimal a lancé, durant l'été 2025, la commercialisation de leurs colliers GPS pour bovins conçus par Gallagher. « J’ai acheté dix colliers et je les ai posés sur dix génisses de 15 mois qui avaient déjà pâturé avec leurs mères l'année précédente », explique Joseph Vitrant. Pour la pose, les génisses ont été passées dans le couloir de contention. « Il faut enclencher les clavettes de sécurité », précise l’éleveur de limousines, installé sur la commune de Rocquigny dans les Ardennes. « Le premier jour, elles sont perturbées par le bruit des chaînettes du collier et le signal sonore. Il y a un dressage à faire pour utiliser cet équipement sur troupeau allaitant. Nous l’avons organisé sur une semaine. »
Une première sonnerie se déclenche quand la génisse s’approche de la clôture virtuelle. « Même si elle est en train de brouter quand l’alarme se déclenche, elle lève la tête et du coup elle recule. J’estime la précision à entre 1 et 2 mètres. » Une deuxième sonnerie de même niveau est émise si l’animal ne recule pas, puis une troisième. Ensuite, si le bovin ne retourne toujours pas dans la surface qui lui est allouée, il reçoit une première décharge électrique de faible intensité sur le cou, derrière les oreilles. Elles peuvent être suivies d’une deuxième, puis d’une troisième décharge de même intensité. Ensuite, si la génisse est considérée comme sortie du paddock, donc libre, elle ne reçoit plus d'impulsion électrique. Les colliers fonctionnent avec deux petits panneaux solaires et une batterie électrique. Les coordonnées GPS remontent dans l'outil régulièrement, et dans l'affichage il y a une mise à jour toutes les 30 minutes. « L’application pour dessiner les paddocks de pâturage tournant dynamique est pratique. Il faut bien penser à l’accès à l’eau d’abreuvement à chaque fois. On définit le délai pour recevoir une notification après la sortie d’un animal de la surface. »
Les clôtures virtuelles remplacent fil avant et fil arrière
Entre début septembre et fin novembre, Joseph Vitrant a fait pâturer son lot de génisses en modifiant leur paddock tous les deux ou trois jours, ou bien une fois par jour, voire même deux fois par jour quand il voulait limiter le risque de piétinement. « Je programme le changement de position des clôtures virtuelles à la même heure tous les jours pour faciliter le déplacement. Le petit hic, c’est que les colliers ne se déclenchent pas tous à la même seconde, mais à quelques minutes d’écart. Elles ne peuvent donc pas forcément se suivre tout de suite sur le nouveau paddock. » « Plusieurs évolutions sont dans les tuyaux, dont l'activation ou la désactivation des colliers par Bluetooth, qui permettra que tous les colliers aient la même information en même temps », précise Olivier Catros, de Digitanimal.
Au final, tout s'est bien passé. Après la période d'acclimatation d'une dizaine de jours, il y a eu globalement très peu d'incidents. « Quelques bêtes se montrent plus téméraires que les autres et vont tester les bips ou les impulsions de la clôture virtuelle, quitte à "sortir virtuellement du paddock". Pendant la période d'apprentissage, il faut éviter de laisser ces animaux-là sortir trop longtemps pour empêcher qu'ils ne s'habituent à "forcer" la clôture virtuelle », retrace Joseph Vitrant.
ll n'est arrivé que deux fois que le lot entier sorte de la parcelle virtuelle activée : un jour de panne réseau et un jour de chasse. Néanmoins, il ne faut pas croire qu'on pose les colliers et que dès le lendemain tout se fait tout seul selon l'éleveur. Il faut être très rigoureux sur l'apprentissage.
Joseph Vitrant estime que les clôtures virtuelles sont un bel outil pour mieux faire pâturer. Elles lui ont permis d'éviter le surpâturage et le piétinement, de pâturer plus tôt et plus longtemps. « C’est plus facile que de bouger tous les jours un fil avant et un fil arrière. Les colliers ne gênent pas du tout les génisses qui, après la période d’apprentissage, vivent leur vie normalement. » Il avait choisi pour ce lot des génisses au profil varié : avec et sans cornes, et plus ou moins faciles. Toutes sont devenues plus dociles à l’issue des trois mois. Il a pu constater que les colliers restent chargés même après un mois à l’ombre. « Le réel frein pour l'instant, c'est le coût. » Chaque collier coûte 400 euros et, à partir de la deuxième année, un abonnement annuel de 40 euros.
Pour le printemps prochain, Joseph Vitrant pense tester le pâturage tournant dynamique avec un collier posé sur 80 % des génisses du même lot, déjà habituées, qui auront alors vêlé (et avec des clôtures physiques sur l’extérieur de la parcelle). « Je pense quand même que l’instinct maternel sera plus fort que les signaux du collier si une génisse décide d’aller chercher ou cacher son veau dans la haie d’à côté. » Il est possible de commander un collier avec des chaînes plus longues pour un taureau adulte. Le facteur limitant chez lui est la localisation des points d’eau, mais toutes les prairies se prêtent à l’utilisation de ce matériel.
Fiche élevage
140 ha de prairies
120 à 150 vêlages de limousines
2 UMO
Un dressage des génisses sur une semaine
« Le dressage dure en moyenne trois à sept jours selon les exploitations », explique Olivier Catros, de Digitanimal. Chez Joseph Vitrant, les dix génisses équipées de colliers ont été amenées en début d’après-midi sur une surface de 30 ares clôturées à la fois physiquement de façon bien visible avec des barbelés et virtuellement avec les colliers. « Le lendemain matin, quatre d’entre elles ne voulaient pas franchir la barrière ouverte (physiquement et virtuellement) pour aller boire. Mais le deuxième jour, puis le troisième jour, cela allait beaucoup mieux. Elles avaient toutes compris », explique Joseph Vitrant.
Le quatrième jour, l’éleveur a divisé en deux la surface, virtuellement et physiquement avec une ficelle. « À la fin de la journée, toutes respectaient la limite. » Dernière étape, la surface a été encore divisée par deux et le fil a été retiré. Seuls les piquets en fibre de verre ont été laissés en place.
L’étape suivante le jour d’après a consisté à lâcher les génisses dans une autre prairie clôturée en couloirs de 100 mètres de large. Une clôture réelle en barbelés entoure la parcelle. La clôture virtuelle constituait deux ou trois des côtés des paddocks.