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Élevage bovins viande : « Je fais la chasse aux UGB improductifs »

Dans le Maine-et-Loire, Jérôme Gaudin est naisseur-engraisseur de rouges des prés. Sa conduite rigoureuse avec vêlage à 24 mois, deux périodes strictes de reproduction et une autonomie fourragère totale lui permettent d’obtenir de bons résultats économiques.

Un veau par vache et par an et un vêlage à 24 mois. Pour Jérôme Gaudin, éleveur allaitant en race rouge des prés à Loiré dans le Maine-et-Loire, « c’est le b.a-ba de mon élevage et cela fait 10 ans que je m’y tiens ».

La chasse aux UGB improductifs est en effet l’un des moteurs principaux de l’efficacité économique de l’élevage de Jérôme Gaudin. Avec son troupeau de 86 vaches et 3 à 4 taureaux, dont il engraisse les mâles comme les femelles, l’éleveur a généré en 2025 des résultats économiques en progression.

Pour atteindre et garder cet objectif d’un veau par vache et par an, l’éleveur pratique deux périodes de reproduction strictes : du 10 avril au 10 juin et 10 novembre au 10 janvier « et pas un jour de plus ». Chaque période est systématiquement suivie d’une échographie quatre à cinq semaines après : les animaux qui n’ont pas été fécondés sont redirigés vers l’engraissement.

Des génisses synchronisées et inséminées

Les génisses sont mises à la reproduction à 14-15 mois, dès qu’elles ont atteint un poids de 450 kg. Toutes sont synchronisées et inséminées avec des taureaux à vêlage facile. Elles sont ensuite mises avec un taureau au pré pour un éventuel rattrapage. Du côté des vaches, le choix du type de reproduction, monte naturelle ou IA, se fait en fonction de leur valeur génétique, puisque toutes les femelles sont génotypées.

Les choix génétiques de Jérôme Gaudin sont orientés vers des animaux de type rustique – « Chacun ses goûts, moi, je préfère les bonnes vaches aux belles vaches » –, et, pour éviter les naissances à risque, surtout dans le cadre de vêlages groupés, il ne souhaite pas d’animaux culards : « Je ne veux pas éliminer le gène, mais je ne veux pas son expression chez moi. »

résultats économiques

Jérôme Gaudin préfère faire vêler un maximum de femelles, puisque grâce au génotypage, il ne conserve que les meilleures. L’AOP Maine-Anjou lui permet de valoriser les autres femelles. Son troupeau présente ainsi un taux de primipares assez important (42 %). La valeur génétique de ses mâles est également élevée, puisque chaque année il en envoie quatre ou cinq à la station raciale de Chenillé-Changé, en Mayenne. 

Cette organisation stricte de la reproduction donne de bons résultats avec, sur la dernière campagne, un IVV de 373 jours, un âge moyen au premier vêlage à 27 mois et un écart dernier vêlage-abattage de 11 mois. Elle permet aussi à l’éleveur de mieux organiser son travail : celui du troupeau, avec l’organisation des prophylaxies, auxquelles l’éleveur est très attentif (traitements préventifs, vaccinations…) ; mais aussi celui de ses 30 hectares de cultures, blé essentiellement, mais aussi, orge, triticale et maïs.

Toute règle ayant ses exceptions, cette année 2026 aura sans doute une troisième période de vêlage : la FCO est en effet passée durant 2025 sur l’élevage et a rendu l’un des taureaux stérile. « On a compris lorsqu’à l’échographie, nous avons trouvé 25 vaches vides », décrit Jérôme Gaudin. Ce lot de vaches a donc eu droit à une deuxième chance avec un autre taureau, et grâce à la jeunesse du troupeau, les conséquences à long terme seront sans doute limitées : « On va vite se recaler. » Et la vaccination contre la FCO est désormais intégrée au suivi vétérinaire du troupeau.

Une logique économe et intensive

La conduite alimentaire est tout à la fois intensive, avec des animaux qui « ne perdent pas d’état », et économe, puisque le projet de Jérôme Gaudin est de tendre vers l’autonomie. « Je nourris mes animaux avec un maximum d’herbe pâturée de qualité. Les vaches sont au pâturage en général du 15 mars au 15 décembre. Je me suis inspiré des travaux de la ferme de Thorigné d’Anjou sur les prairies à flore diversifiée. »

En conduite d’entretien, l’autonomie alimentaire est atteinte aussi grâce au méteil (triticale, pois, vesce), semé en même temps que la prairie multiespèces (fétuque, RGA, trèfles…) et récolté en juin pour une conservation en enrubannage. « C’est une valeur sûre pour les stocks. »

L’engraissement se fait sans ensilage, conformément au cahier des charges de l’AOP : pour les vaches, comme les jeunes bovins, l’éleveur propose une ration sèche, avec céréales, maïs grain humide, paille et/ou foin. Les mâles ont, en plus, du correcteur azoté : « Avec les CMV, ce correcteur azoté est mon seul achat extérieur pour alimenter le troupeau. »

Côté fertilisation, l’éleveur est aussi sur une logique économe et intensive, avec des prairies qui reçoivent 15 tonnes de fumier par hectare : « Je vise les 40 unités d’azote par hectare », et des céréales qui ont des apports raisonnés et pilotés en engrais de synthèse. « Je cherche à maximiser mes rendements en UF. »

« Aujourd’hui, je nourris mes bêtes, je suis productif. Je suis en quasi-autonomie alimentaire et en totale autonomie fourragère : c’est clairement cette dernière qui me permet d’avoir de bons résultats économiques », résume Jérôme Gaudin. Cerise sur le gâteau, cette approche économique s’est doublée d’une progression technique : « En 30 ans de métier, mes poids de carcasse sont passés de 440 kg à 490 kg. »

Prairies à flore diversifiée et autonomie alimentaire

Fiche exploitation

100 ha prairies multiespèces et 30 ha de céréales (blé, triticale, orge)

86 vaches rouges des prés et 3-4 taureaux avec vente de jeunes bovins 17 à 18 mois (filière Terrena), de femelles en AOP Maine-Anjou et de reproducteurs

1 poulailler label fermier d’Ancenis

1,5 UTH (bientôt 2 UTH car mandat de maire depuis mai dernier)

 

Jérôme Gaudin, éleveur : « Je gagne ma vie avec la rouge des prés »

Jérôme Gaudin, éleveur de rouges des prés dans le Maine-et-Loire, a construit son système autour de la race locale. 

« La rouge des prés, je ne l’ai pas choisie : j’ai hérité de cette race à la reprise de la ferme, car mon père était sélectionneur. C’est une vache qui valorise bien les fourrages grossiers, qui est adaptée à ma conduite économique. Lorsque j’ai participé à des groupes techniques, je me suis rendu compte que je sortais de meilleurs poids de carcasses avec mes rouges que d’autres avec des charolais. C’est la race locale, celle du terroir. Je pense qu’il faut aimer sa race quand on est éleveur ! »

Jérôme Gaudin fait partie de l’Adema (Animation développement engagement Maine-Anjou), l’association qui gère l’AOP. Cette année marque un tournant dans la valorisation de notre appellation, avec l’arrivée d’un nouvel opérateur : Bigard. « Nous espérons retrouver des plus-values intéressantes, car elles ont un peu fondu ces derniers temps avec l’augmentation des prix. »

Avant de faire du jeune bovin, l'éleveur a fait du bœuf qui pouvait partir en AOP, mais il se rend compte que leur engraissement est moins rentable dans son système. « L’avantage de la race rouge des prés, c’est aussi que les jeunes mâles sont très calmes et faciles à conduire.»

De la ferme de ses parents, il a aussi hérité un poulailler de poulets label fermiers d’Ancenis. « À l’époque où les cours de la viande étaient à moins de 4 €/kg, cet élevage à rotation courte m’a permis d’assurer un minimum de sécurité financière. »

Extrait du cahier des charges AOP Maine-Anjou

Aire géographique : Pays de la Loire et une partie des Deux-Sèvres

Vaches ayant vêlé une fois ou mâles castrés de plus 30 mois

Au moins 1 ha d'herbe/vêlage

Engraissement sans ensilage

Poids minimum 380 kg (femelles), 400 kg (mâles), conformation U ou R

 

Simon Caillaud, conseiller bovins viande, Seenovia : « Maîtrise technique et rigueur au service du projet de l’entreprise » 

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Simon Caillaud de Seenovia

« En tant que chef d'entreprise, Jérôme Gaudin a défini la stratégie technique et économique de l'exploitation et il pilote ses prises de décision par un suivi rigoureux. Grâce à des objectifs clairement établis, l'utilisation de nombreux moyens de pilotage et une faculté d'adaptation importante, les résultats de l'entreprise progressent dans un contexte fluctuant. 

Il a souhaité des vêlages groupés sur deux périodes de 60 jours : grâce à des échographies régulières, il obtient une bonne productivité du troupeau (1 veau/vache/an). Son objectif de vêlage d’une partie des génisses à 24 mois est atteint grâce au contrôle de performances et aux pesées régulières (objectif de 450 kg à la mise à la repro). Sa stratégie sanitaire est basée sur le préventif (vaccins, vermifuges...).

Cette stratégie lui permet aussi de s'adapter rapidement aux aléas sanitaires et climatiques et à la conjoncture. Par exemple, suite à une baisse des performances des jeunes bovins, la ration a été revue en arrêtant l'autonomie à 100 % pour gagner en performance. L'année dernière, les échographies ont permis un repérage rapide des 25 femelles vides après le passage de la FCO :  les conséquences vont ainsi être maîtrisées. Les automnes pluvieux n'ont pas été favorables à l'implantation des céréales : depuis deux années, le maïs est revenu dans l'assolement. »

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