Élevage bovins viande : « J’ai allongé la rotation pour préserver mes sols »
Naisseur-engraisseur de charolaises dans les Deux-Sèvres, Fabrice Coutant a diversifié son assolement pour limiter le recours aux intrants chimiques et préserver ses sols.
« Quand je me suis installé en 2005, la rotation sur l’exploitation était courte, ray-grass italien, maïs et blé ou triticale, explique Fabrice Coutant, associé avec son frère Pascal du Gaec Coutant, à Courlay, dans les Deux-Sèvres. La ration des vaches était constituée de maïs ensilage, de blé et de 3 kg de correcteur azoté acheté. Aujourd’hui, la rotation comporte des prairies multiespèces de sept ans, des méteils, des couverts. Les sols fonctionnent bien et nous sommes autonomes à 90-95 %. » Le Gaec élève 120 vaches charolaises, avec des mises bas de février à août, et 30 000 poulets, sur 200 hectares. Dès le départ, l’objectif de Fabrice a été de vendre des animaux finis, de limiter les achats d’aliments et le recours aux intrants chimiques et de préserver la vie des sols. Soixante taurillons, 30 génisses et 30 vaches de réforme sont aujourd’hui engraissés sur l’exploitation, les vaches l’étant uniquement à l’herbe. Les achats extérieurs se limitent à 15 tonnes par an de correcteur azoté et 20 tonnes de maïs épis. Et l’IFT est passé de 1,4 en 2016 à 0,4 aujourd’hui.
Couverture permanente des sols
Pour cela, la surface a été agrandie de 80 hectares à 200 hectares. « Nos sols limono-argileux sont profonds et contiennent 3-4 % de matière organique, précise Fabrice. Mais pour atteindre 90-95 % d’autonomie, il faut de la surface. » Un point essentiel a aussi été l’allongement et la diversification de l’assolement. « La rotation culturale est un levier pour casser le cycle des adventices, préserver ses sols en assurant une couverture permanente, intégrer des espèces fixatrices d’azote et des espèces structurantes et diversifier ses ressources fourragères » a souligné Céline Vromandt, du Civam du Haut Bocage, lors d’une porte ouverte au Gaec Coutant.
Le Gaec ayant une MAEC herbivores, qui implique 75 % d’herbe, l’exploitation compte 150 hectares de prairies, dont 50 hectares de prairies naturelles. Une part importante est occupée par des prairies multiespèces (ray-grass anglais, fétuque, dactyle, trèfle blanc, trèfle violet) de 6-7 ans. « La capacité des graines d’adventices à lever diminue naturellement chaque année, précise l’animatrice. Au bout de sept ans, quand on casse la prairie, la parcelle est propre. La structure du sol est bonne. La portance est améliorée. Les fumiers enfouis sont bien minéralisés. Et l’azote stocké par les trèfles est relargué pour la culture à suivre et les 2-3 ans à venir. » Une partie est constituée de prairies de 2-3 ans de ray-grass italien-trèfles annuels pour la constitution de stocks. Et le Gaec cultive aussi des prairies de trèfle violet de deux ans sous contrat.
Introduction de méteils
Un changement important a aussi été l’introduction de méteils grains autoconsommés (triticale, avoine, blé, orge, seigle, féverole, pois) qui représente aujourd’hui 33 hectares. « Au début, je faisais des méteils ensilage et des méteils grains de plus en plus riches en protéagineux, précise Fabrice. Mais les rendements des méteils, moins riches en céréales, étaient passés de 70-75 t/ha à 50-55 t/ha. En 2017, j’ai arrêté les méteils ensilage pour m’appuyer davantage sur des fourrages riches en protéines. Et je cherche un compromis protéagineux-céréales pour les méteils. Des méteils moins riches en protéines se tiennent aussi mieux. » Après avoir testé le lupin et la vesce, trop envahissante, l’éleveur se concentre aujourd’hui pour les protéagineux sur la féverole, semée à 40 kg/ha, et sur le pois semé à 30 kg/ha. « Grâce aux fourrages et aux méteils, nous avons pu descendre à 0,3 kg de correcteur azoté », souligne l’éleveur. Dix-sept hectares de maïs ensilage ou épis ont été conservés et sont désherbés à demi-dose. « Mon père travaillait déjà à faible dose pour préserver la vie des sols », précise Fabrice. Enfin, des couverts de moha-colza fourrager sont cultivés entre deux méteils. Au final, la rotation inclut en général une prairie de deux à sept ans, suivie d’un maïs épis ou ensilage, d’un méteil grain, d’un moha-colza fourrager, puis d’un second méteil grain.
Limiter le travail du sol
La volonté de préserver la vie des sols passe aussi par un nombre limité de passages de travail du sol et par la valorisation des effluents d’élevage. « Le recours systématique aux produits de synthèse, produits phytosanitaires et azote minéral, engendre forcément l’épuisement de nos sols, estime Fabrice. Depuis 2015, le maïs est implanté sans labour. De plus, nos sols riches en limons fins sont facilement battants. En semant dans du mulch, il y a moins de soucis de battance. » Le premier méteil et les couverts sont semés après un passage de cultivateur. Le second méteil est semé après deux passages de cultivateur ou un labour. Enfin, la fertilisation est assurée principalement par les effluents d’élevage, avec un apport de 10-20 t/ha de fumier de bovin tous les deux ans sur les prairies multiespèces, de 25 t/ha de fumier de bovin et 10 t/ha de fumier de volaille avant maïs et de 15-20 t/ha de fumier de bovin sur le second méteil. « Comme j’engraisse les animaux longtemps, j’ai beaucoup de fumier », précise l’éleveur. Un apport de 30 UN minéral (kg d’azote minéral par hectare) sur les méteils est toutefois conservé, ainsi qu’un apport de 20 UN minéral sur le ray-grass italien-trèfle. Enfin, un apport de marne, riche en carbonate de calcium, est réalisé pour améliorer la structure du sol.
Un sol bien structuré
Le test bêche, qui vise à faire un diagnostic rapide de l’état physique et biologique du sol à l’automne ou en sortie d’hiver, montre que les sols du Gaec Coutant sont bien structurés. « La porosité est importante, permettant la circulation de l’air et de l’eau et une bonne colonisation par les racines qui descendent profondément », observe Céline Vromandt. Le test montre aussi qu’il n’y a pas de semelle de labour, que les cannes de maïs sont bien dégradées grâce à la vie des sols et qu’il y a de gros agrégats, signes d’un sol qui fonctionne bien. Le test boudin montre par ailleurs que le sol contient moins de 10 % d’argile. Et comme il crépite très peu, c’est qu’il y a aussi peu de sable.
Le problème du rumex
Les 33 hectares de méteil ne sont plus désherbés depuis longtemps. « À part le rumex, même s’il y a de l’herbe dans les méteils, nous ne sommes jamais débordés par les adventices et atteignons régulièrement 70 q/ha sans fongicide ni herbicide depuis longtemps », indique Fabrice. La seule difficulté véritable est le salissement des parcelles par le rumex. « Le rumex est l’adventice qui produit le plus de graines et dont le taux de décroissance naturelle est le plus faible, de 80-85 % du taux de décroissance du chénopode ou de l’amaranthe par exemple, souligne Céline Vromandt. De plus, le trèfle violet favorise la levée de dormance du rumex. » Le rumex étant lié au tassement et à l’humidité du sol, Fabrice tend donc à renouveler un peu plus souvent ses prairies multiespèces en augmentant la part des prairies de moins de cinq ans.