Elevage bovin : Ces maladies infectieuses qui impactent la reproduction
En dix ans, le spectre des maladies infectieuses qui affectent la reproduction des bovins a évolué. Gros plan sur la fièvre Q, la néosporose et l’ehrlichiose.
En dix ans, le spectre des maladies infectieuses qui affectent la reproduction des bovins a évolué. Gros plan sur la fièvre Q, la néosporose et l’ehrlichiose.
Selon Oscar, l’observatoire et suivi des causes d’avortement chez les ruminants, la fièvre Q, la diarrhée virale bovine (BVD) et la néosporose sont à rechercher en première intention en cas d’avortement d’une vache. Le bilan de l’année 2024 (hors FCO) portant sur 1 402 dossiers de 27 départements fait ainsi ressortir à égalité ces trois maladies dans les principales causes d’avortement chez les bovins.
Mais, il montre aussi, à un degré un peu moindre, mais non négligeable, l’impact de la listériose, de la salmonellose et de l’ehrlichiose. « Depuis dix ans, le spectre des maladies infectieuses impactant la reproduction a évolué en France, constate Céline Cotrel, du laboratoire Ceva. Le plan d’éradication de la BVD a montré son efficacité et la maladie est en voie d’éradication ou éradiquée dans plusieurs régions. La prévalence de la fièvre Q, qui dégrade peu à peu les performances de reproduction, sans symptômes cliniques très clairs, tend par contre à augmenter, en lien avec l’augmentation de taille des élevages et surtout parce qu’elle est davantage recherchée. Et des maladies vectorielles émergent, comme l’ehrlichiose, la FCO ou la MHE, parce qu’elles sont liées à des vecteurs qui sont favorisés par le changement climatique. »
Dissémination de la fièvre Q par l’air
La fièvre Q, qui touche 36 % des troupeaux bovins, avec un quart des animaux touchés dans les troupeaux infectés, est liée à la bactérie intracellulaire Coxiella burnetii. La contamination se fait essentiellement par inhalation. « La bactérie est très résistante dans le milieu extérieur sous forme de pseudo-spores qui se conservent plusieurs mois dans les excréments de tique, la poussière, le sol, précise Jérôme Caudrillier, du laboratoire Ceva. Et sa dissémination par voie aérienne peut se faire jusqu’à 18 km. »
Les vaches contaminées excrètent la bactérie lors des mises bas et avortements, dans une moindre mesure dans les fèces et le lait. « Il n’y a pas forcément d’excrétion dans le lait ou les fèces. Et un animal infecté n’est pas toujours positif. » La maladie est transmissible à l’homme et à déclaration obligatoire chez l’humain. Asymptomatique dans 60 % des cas, elle peut aussi entraîner un état grippal, des formes chroniques et des avortements. Une étude dans le Finistère et les Pays de la Loire a montré une séroprévalence humaine chez 56 % des éleveurs, 90 % des vétérinaires et 12 % de la population générale. En 2007-2010, la fièvre Q a entraîné aux Pays-Bas une zoonose qui a touché plus de 3 500 personnes et fait 24 morts.
Chez la vache, la fièvre Q se manifeste par des avortements, des retours en chaleur retardés, des endométrites, des rétentions placentaires, une baisse de fertilité et des veaux prématurés, mort-nés, faibles. « La fièvre Q augmente l’IVV d’un troupeau infecté de 14 jours en moyenne », indique Jérôme Caudrillier. Le diagnostic se fait par PCR ou sérologie à partir de prélèvements réalisés sur la vache ou l’avorton dans la semaine suivant un avortement. Et un protocole de mesure de la circulation de Coxiella burnetii à l’échelle de l’atelier est en développement. La seule mesure est la vaccination du pré-cheptel, qui permet en cinq ans d’assainir le troupeau, et qui doit s’accompagner de mesures sanitaires : isoler les femelles avortées, équarrissage des placentas et avortons, nettoyage et curage des lieux de mise bas, fumiers distants et couverts, épandage par temps non venteux.
Avortements vers 5 à 7 mois avec la néosporose
La néosporose est liée à une coccidie ingérée par un chien, qui excrète ensuite des ookystes dans ses excréments. « La vache se contamine en ingérant ces ookystes dans des aliments souillés », précise Jérôme Caudrillier. Dans 5 à 10 % des cas, part augmentée par le stress et la BVD, la vache avorte et des tachyzoïdes contenus dans le fœtus ou le placenta peuvent à nouveau être ingérés par un chien. L’avortement survient à partir du 3e mois, avec un pic vers 5-7 mois. « Dans 5 % des cas, il y a des avortements répétés sur le même animal. Mais généralement, le retour en chaleurs et la réussite à l’IA sont normaux. » Si la vache n’avorte pas, le veau infecté est en général sans signe, mais parfois mort-né, incapable de se lever, avec des déformations des membres et des signes nerveux. Le diagnostic se fait par sérologie ou PCR et généalogie. Mais il n’y a pas de traitement ni de vaccin. Les seules mesures en milieu contaminé sont de supprimer les avortons-délivrances, de gérer les contacts entre chiens et bovins et de pratiquer un croisement industriel ou un transfert embryonnaire pour conserver la génétique.
Ehrlichiose, maladie à tiques sous-estimée
Autre maladie impactant la reproduction : l’ehrlichiose, maladie émergente largement méconnue et sous-diagnostiquée. L’agent responsable est la bactérie Anaplasma phagocytophilum, qui est transmise par une tique, Ixodes ricinus, qui transmet aussi la maladie de Lyme. « Le cerf élaphe est réservoir de cette tique et les bovins sont suspectés de l’être, indique Jérôme Caudrillier. C’est un vecteur ubiquiste qui a besoin de 80 % d’humidité relative et vit dans des zones à végétation modérée à forte. » Chez la vache, l’ehrlichiose entraîne de l’hyperthermie et plus ou moins d’œdème des pâturons, de signes respiratoires et d’avortements réguliers ou en série au printemps et début d’automne. Le traitement repose sur l’utilisation d’antibiotiques et la prévention sur la gestion des parcelles suspectes et des talus.
À noter
On parle d’avortement quand la mort du fœtus ou du veau survient de J42-45 à J260. Après, on parle de prématurité. Mais la définition « légale » de l’avortement est une mort du fœtus ou du veau de J42-45 à la mise bas. Avant J42-45, on parle de mortalité embryonnaire.
MHE et FCO ont un impact important sur la reproduction
La MHE et la FCO ont des impacts importants sur la reproduction des bovins. « La MHE, comme la FCO, entraîne de la fièvre, un abattement, un amaigrissement, de la mortalité, des boiteries… Ces troubles, en plus des impacts directs sur la vache, augmentent les avortements », explique Céline Cotrel du laboratoire Ceva. Une étude du GDS de Loire-Atlantique a montré que le pic épidémique de la MHE en 2024 s’est accompagné dans le groupe des 304 foyers pour cette maladie dans le département d’une hausse de 82 % des avortements, de 3,8 % du taux de mortalité des veaux et de 10 % du taux de veaux mort-nés.
« Et une conséquence indirecte a été des troubles de la reproduction qui ont entraîné une baisse des naissances de 10 % sur le premier semestre 2025 », rapporte Céline Cotrel. Sur le 2e semestre 2024, les avortements déclarés ont augmenté de 50 % en Loire-Atlantique par rapport aux 2es semestres 2022-2023 et le taux de non retour à 90 jours a baissé de 8 % sur les élevages allaitants. « Et l’immunité n’est pas acquise, car seuls 2 % des élevages sont infectés en France, insiste Céline Cotrel. Même au sein des troupeaux infectés, la séroprévalence est très variable entre animaux. Il faut vacciner, car la lutte contre les culicoïdes est vaine. »