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​Deux fourrages par an sur la même parcelle

Dans la Drôme, les influences méditerranéennes se font plus fréquemment ressentir. Sur l’exploitation de Sébastien Milhoud, méteil et trèfle permettent d’enchaîner deux cultures par an sur les parcelles les plus fertiles.

En cette mi-septembre, les prairies situées dans la périphérie de Montchenu, petit village à une vingtaine de kilomètres au nord de Romans dans la Drôme, font triste mine. De rares averses ont fait pointer quelques pousses vertes, mais le couvert est bien peu fourni : impossible de compter dessus pour le pâturage automnal. Certes, la Drôme est connue pour être un département chaud et sec, surtout dans sa partie ouest, proche du Rhône, mais sur cette commune à 175 mètres d’altitude, les influences du climat méditerranéen se font de plus en plus souvent ressentir et compliquent la constitution des stocks de fourrages. Ce fut une fois encore le cas cette année. Sur son exploitation, Sébastien Milhoud dispose de 147 hectares de prairies, lesquelles ne sont pas toutes intensifiables et a fortiori mécanisables. Une partie des prairies sont ensilées ou fanées mais ne permettent pas pour autant de constituer la totalité des stocks nécessaires.

Intensifier sur les meilleures parcelles

Pour y remédier, ce jeune éleveur de Charolais intensifie donc la production sur ses meilleures parcelles : 35 ha de terres à dominante sablo-limoneuses dont 14 ha irrigables. Il y fait se succéder deux cultures par an. Le recours à un méteil semé à l’automne puis ensilé au printemps les libère suffisamment tôt pour implanter immédiatement derrière un maïs sur les surfaces irrigables ou un sorgho BMR monocoupe (variété mâle stérile) sur celles qui ne le sont pas. « Il y a une dizaine d’années que je fais du méteil. L’automne dernier j’en avais semé 24 hectares. Comparativement à du RGI, cela me permet de réduire les charges liées à la fertilisation et au coût de la semence en utilisant des espèces qui permettent de profiter au maximum de la pousse de printemps. La présence des protéagineux limite les besoins en azote et le pouvoir étouffant du mélange permet de se passer du désherbage. »

Après un apport de fumier frais (15 t/ha), le méteil est semé aprés décompactage du sol entre le 15 octobre et le 15 novembre avec un combiné herse rotative + semoir à céréales avec le plus souvent un précédent maïs ou sorgho. Le mélange semé se compose de 70 kg de triticale, 50 kg d’avoine blanche, 30 kg de pois et 20 kg de vesce. Côté fertilisation 50 unités d’azote soufré sont apportées en février puis 33 unités supplémentaires fin mars. « C’est un itinéraire cultural simple avec un investissement concentré sur la semence qui limite le temps de travail. » Cette année, pour remédier tant bien que mal à un printemps trop sec, 11 ha ont pu être irrigués en avril (40 mm). « C’était la première fois que j’arrosais du méteil. » Les 24 hectares ont été ensilés fin mai avec un rendement global frisant les 8 TMS/ha alors que le pois était au stade floraison et les céréales au stade laiteux. « Je suis arrivé à faire neuf tonnes les bonnes années. » Les 24 hectares récoltés garnissent un seul et même silo qui assure une bonne partie de la ration hivernale des bêtes d’élevage.

Sorgho et maïs semés au plus tôt après l’ensilage

Derrière le méteil vient donc un maïs sur les parcelles irrigables et un sorgho BMR demi-tardif sur celles qui ne le sont pas. "Je mets 40 tonnes à l’hectare de fumier frais avant maïs suivi d’un travail du sol à 30 cm avec un outil à dents puis semis par entreprise avec une herse rotative combinée à semoir monograine". Des façons culturales en tous points similaires pour le sorgho, hormis l’absence de fumier remplacé par 70 unités d’azote. Quand la météo est de la partie, maïs et sorgho sont semés 5 à 6 jours après l’ensilage du méteil soit dans la première semaine de juin. « Ça ne traîne pas ! Idéalement, je pense qu’il faudrait pouvoir semer maïs et sorgho 8 à 10 jours plus tôt en avançant d’une dizaine de jours l’ensilage du méteil. Le sorgho aime être semé dans des terres suffisamment chaudes, mais dans la Drôme fin mai cela ne pose pas de problème. » Maïs et sorgho sont généralement récoltés en même temps début octobre. « Mais je fais deux silos différents. Il faudrait idéalement 130 jours de végétation. Je suis souvent plus proche de 120." En sorgho, le rendement classiquement obtenu (non irrigué) est de 9 TMS/ha et ce chiffre devrait pouvoir être atteint cette année. Soit cumulé au méteil près de 17 TMS/ha. « Sur des terres non irrigables et avec le climat drômois, je ne vois pas comment il serait possible de produire davantage de fourrages sans irrigation. Le sorgho pousse avec peu d’eau mais il lui en faut forcément un peu quand même ! »

Cette pratique des dérobées concerne également du trèfle semé derrière une partie des céréales à paille classiquement moissonnées vers le 20 juillet. Après récolte des pailles suit un passage de déchaumeur à dents puis à disques de façon à réaliser un faux semis et affiner le terrain. Un nouveau travail du sol détruit les repousses avant semis dans la première quinzaine de septembre. Après avoir utilisé du trèfle violet, Sébastien Milhoud sème désormais du trèfle incarnat à 16 kg/ha. « Cette année, je vais tenter un sursemis mi-octobre avec 50 k/ha d’un mélange avoine-triticale de façon à conforter les volumes mais également à faire des tuteurs pour le trèfle. »

Ce fourrage est enrubanné mi-avril avec un rendement de 4 à 5 TMS/ha cette année selon les parcelles. « Je n’ai pas suffisamment de silos pour l’ensiler mais l’enrubannage est aussi très pratique pour une utilisation en cours d’été par les laitonnes fraîchement sevrées. C’est un fourrage d’excellente qualité. Il constitue l’essentiel de leur ration en été et leur permet des croissances suffisamment soutenues dans la mesure où l’objectif est de faire vêler à deux ans une bonne partie d’entre elles." Ces parcelles en trèfle sont ensuite pour la plupart préparées dans la seconde quinzaine d’avril avant d’être semées la plupart du temps avec du maïs.

L’exploitation en bref

202 ha de SAU dont 146,7 ha de surface en herbe, 14,6 ha de cultures fourragères et 41 ha de culture
1 troupeau charolais naisseur engraisseur avec une petite centaine de vêlages par an et des mises bas centrées sur septembre et octobre

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