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Des salers abreuvées avec l’eau collectée des toitures

De la toiture à l’abreuvoir, Thierry Champeix récupère, filtre, stocke puis redistribue la pluie qui tombe sur une partie de ses bâtiments. Un système astucieux, économiquement abordable et écologiquement durable pour 100 mères salers.

Fin des années 2000, la crainte de sécheresses répétées dans un territoire à pluviométrie limitée (725 mm/an) a incité Thierry Champeix, éleveur à Sauxillanges dans le Puy-de-Dôme à être plus autonome pour abreuver son cheptel en limitant le recours au réseau communal.

Dans la mesure où le sous-sol granitique rendait compliqué la réalisation d’un forage, le choix retenu a été de récupérer les eaux pluviales issues des 1 835 m2 de toitures (stabulation et hangar à fourrages). Pionnier en la matière, Thierry se trouva fort dépourvu en conseils et matériaux pour son projet. C’est donc « à tâtons » qu’il l’a construit. Beaucoup de réflexion, de travail et d’énergie pour réaliser par lui-même la quasi-totalité des travaux de maçonnerie et surtout de terrassement.

Même le filtre principal a été « bricolé » avec du filet brise-vent eu égard à la somme astronomique demandée pour ce type de matériel. Tuyaux PVC, pompe, cuve (une citerne alimentaire en acier inoxydable de 40 000 litres reconditionnée et achetée d’occasion), et plomberie ont été réalisés par des entreprises.

L’ensemble pour un budget de 10 000 euros auquel il faut déduire une subvention du département de 4 000 euros obtenue en 2009 via la commune, partie prenante du projet. « Avec 10 ans de recul, si c’était à refaire, je le referais car j’économise beaucoup d’eau en soulageant le réseau communal. Tout le monde est gagnant », estime Thierry Champeix.

Économiquement intéressant

Ses 100 vaches et leurs veaux nécessitent en hiver 45 litres/couple soit 4,5 m3 par jour pendant 150 jours d’hivernage (novembre à mars) soit 675 m3. Pris sur le seul réseau communal, le coût approcherait les 1 500 euros. Au cours de cette période, les précipitations totalisent une moyenne de 250 mm. Avec 1 835 m2 de toiture et à raison d’1,5 m3 collecté pour 1 mm de précipitation en incluant les pertes de charge (évaporation sur les tôles chauffées l’été ou évacuation de trop plein d’eau en cas d’orage) cela fait un potentiel disponible avoisinant 375 m3 soit une économie d’environ 800 euros.

En plus l’eau de la citerne est utilisée en été pour laver le matériel. En hiver, les 40 m3 de la cuve permettent une autonomie de huit jours d’abreuvement. Le système fonctionne donc de façon hybride. Le réseau communal prend le relais dès que l’eau d’origine pluviale fait défaut. L’objectif est désormais de desservir un second bâtiment où sont hivernées 40 génisses et d’utiliser l’eau stockée l’été pour approvisionner des abreuvoirs situés dans des parcelles proches.

 

À savoir

Une facture d’eau est scindée en trois parties : l’abonnement, le coût du mètre cube d’eau potable et celui de l’assainissement des eaux usées. Au mètre cube, cela représente à Sauxillanges 2,11 € + 1,20 € soit 3,31 €. Nous avons retenu comme coût 2,11 € car les élevages ne paient pas – en général – le coût de dépollution. Selon les communes le prix du m3 est susceptible de fortes variations. Il est donc important de bien regarder sa facture pour déterminer si un investissement en récupération d’eau pluviale est intéressant.

Attention aux eaux pluviales

Le recours aux eaux pluviales est interdit en élevage laitier tant pour l’abreuvement que le lavage des installations. Nutriment essentiel, l’eau doit être de qualité bactériologique irréprochable. Le traitement est impératif qu’il soit chimique ou physique (UV) De mauvaises installations et/ou un entretien déficient des différents filtres peut amener à des catastrophes sanitaires : morbidité, mortalité et tout l’impact économique négatif qui les accompagne. La rigueur dans le contrôle continu et l’entretien de ces installations doit donc être une priorité.

Possibilités d’aides

Dans le contexte de réchauffement climatique, réduire les prélèvements agricoles sur le réseau est à rechercher d’un point de vue écologique et économique tant pour les exploitations que pour les communes. Certaines régions soutiennent les investissements destinés à suppléer au réseau d’eau potable. C’est le cas en Auvergne-Rhône-Alpes où une première tranche a consisté à aider l’installation de systèmes d’adduction d’eau dans les pâtures pour éviter les va-et-vient avec les tonnes à eau.

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