Dermatose nodulaire contagieuse : toutes les décisions de gestion de crise entrent dans une balance coût-bénéfice
Pour la DNC comme pour les autres épizooties, les décisions prises pour réguler ou éradiquer les maladies sont prises après une analyse coût bénéfice prenant en compre notamment le potentiel zoonotique, la vitesse de transmission, l'impact sanitaire et économique, les caractéristiques des filières d'élevage.
Pour la DNC comme pour les autres épizooties, les décisions prises pour réguler ou éradiquer les maladies sont prises après une analyse coût bénéfice prenant en compre notamment le potentiel zoonotique, la vitesse de transmission, l'impact sanitaire et économique, les caractéristiques des filières d'élevage.
Combien à coûté la crise de la Dermatose nodulaire contagieuse ?
Selon le rapport du Sénat du 4 février, le coût de la gestion de crise pour la DNC est évalué à 42 millions d’euros, sans compter les 22 millions d’euros du fonds d’urgence à destination des exploitations non-foyers de DNC les plus en difficulté. « La plus grande partie de ce coût a été pris en charge par la communauté nationale, il faut en être conscient », souligne François Schelcher professeur en pathologie des ruminants à l'école nationale vétérinaire de Toulouse.
Les décisions prises dans le cadre d’une gestion de crise sont prises à l’aune d’une analyse coût-bénéfice. Dans un colloque sur les épizooties organisé au Sénat le 20 février dernier, Xavier Bailly, directeur de l'unité Épidémiologie des maladies animales et zoonotiques à INRAE, est revenu sur la construction de la balance coût-bénéfice : « La question, c’est comment protéger le collectif, tout en préservant l’individualité des acteurs ». Rentrent en considération, entre autres, le potentiel zoonotique des maladies (c'est à dire leur capacité à être transmise de l'animal vers l'humain et inversement) , leur vitesse de transmission, leur capacité à envahir, leur impact sanitaire et économique, en fonction notamment des caractéristiques des filières d’élevage.
Dans le cas des maladies émergentes, comme la DNC : « On ne voit pas le nombre de foyers évités »
« Lorsque les stratégies d’abattage ont été mises en place pour la brucellose, et la tuberculose bovine, on évoquait la responsabilité de la brucellose dans 50 % des avortements dans les filières bovines. Ainsi, on voyait un gain sur la santé animale en même temps qu’on payait le coût de l’abattage. Dans le cas des maladies émergentes, on voit le choc émotionnel légitime de ces mesures drastiques, les animaux abattus, l’impact financier sur les éleveurs, les tensions territoriales que cela génère, la responsabilité des décideurs. Mais on voit peu l’origine des risques, le nombre de foyers évités, le temps critique qu’on gagne pour déployer d’autres leviers comme la vaccination, ce qui évite de se retrouver dans des situations de crises systémiques potentielles. Cette asymétrie nouvelle ne modifie pas la manière dont la maladie se transmet, mais elle rend plus difficile l’alignement des acteurs, alors que c’est essentiel pour gérer ces situations », a expliqué Xavier Bailly.
« Il ne faut pas partir du principe que les mesures sont prises pour emmerder le monde, résume François Schelcher. Dans toute stratégie positive il peut y avoir des effets indésirables ».
Combien aurait coûté la vaccination de l'ensemble du cheptel bovin français ?
Par exemple, pour vacciner l’intégralité du cheptel bovin français contre la DNC, le coût est estimé à 345,8 millions d’euros (rapport du Sénat du 4 février). A cela s’ajouterait les pertes économiques liées à la perte du statut indemne, estimées entre 5 et 10 milliards d’euros par an. Un coût difficile à supporter à la fois pour l’Etat français et la filière bovine, très dépendante de l’export des broutards. Relocaliser l’engraissement pourrait être une solution, mais « il faut savoir se repositionner sur la bonne échelle. Relocaliser l’engraissement, c’est de l’ordre de la décennie, et pendant ce temps, qu’est-ce qu’on fait si on ne peut pas exporter les broutards ? », souligne François Schelcher.