Dermatose nodulaire contagieuse : La désinformation a attisé la contestation
La désinformation s’est invitée dans la gestion de la crise de la DNC, amplifiant des informations trompeuses et des discours politisés.
La désinformation s’est invitée dans la gestion de la crise de la DNC, amplifiant des informations trompeuses et des discours politisés.
« C’est la première fois de ma carrière que je vois autant de non-vérités manifestes et de désinformation lors d’une crise sanitaire, et pourtant j'en ai connu plusieurs, remarque François Schelcher professeur en pathologie des ruminants à l'Ecole nationale vétérinaire de Toulouse. L’idée qu’il n’y ait plus de vérité scientifique m’inquiète ».
La DNC a fait l'objet d'une campagne de désinformation et de récupération politique
Le constat est partagé : la dermatose nodulaire contagieuse a fait l’objet d’une campagne de désinformation, et de récupération politique. Un rapport du sénat du 4 février note que « les réseaux sociaux se sont révélés être de puissantes chambres d’écho, en amplifiant plus que de raison l’impact réel de la mesure de dépeuplement qui demeure une situation dramatique à l’échelle individuelle mais extrêmement rare ».
Les réseaux sociaux valorisent les propos les plus radicaux
« Les réseaux sociaux ne sont pas neutres, analyse Antonin Atger, spécialiste de la désinformation. Ils valorisent les propos les plus radicaux, qui jouent sur le choc, les émotions, car ce sont les émotions, et surtout la colère, qui nous incitent à partager du contenu. Ils peuvent également poursuivre des objectifs politiques : par exemple, l’algorithme de X favorise très largement les contenus d’extrême droite ».
Le spécialiste distingue la désinformation et la mésinformation. « Dans la désinformation, on partage en sachant que c’est faux, ou sans se soucier que ce soit faux, tant que cela sert sa stratégie politique. En revanche, dans la mésinformation, il y a de la sincérité. Les gens partagent quelque chose qu’ils pensent vrai ». Il est d’ailleurs parfois difficile de démêler le vrai du faux car, « souvent ce ne sont pas tout à fait des fake news, mais des interprétations erronées d’une situation, des informations trompeuses », estime Antonin Atger.
Tentatives d'amplifications artifielles de la crise de la DNC
Autre facette de la désinformation, les tentatives d’amplifications artificielles d’un mouvement. Une étude publiée par Agoratlas en partenariat avec Visibrain a mis en évidence de telles tentatives dans la crise de la DNC. « Un exemple d'une telle tentative est le partage massif d'une pétition pour la destitution d'E. Macron. Un unique compte l'a partagé plus de 500 fois et continué de publier systématiquement ce lien sous les tweets utilisant les hashtags de la crise », explique Agoratlas. L’étude montre également que la crise de la DNC a été récupérée par Reconquête, les sphères souverainistes et complotistes, et que « les comptes des agriculteurs sont éloignés du débat central ».
La désinformation, une composante de la cyberguerre
« Si cela ne semble pas avoir été trop le cas dans la crise de la DNC, malgré une opération qui pourrait venir d’un réseau iranien, la désinformation peut également venir de pays extérieurs, explique Antonin Atger. C’est ce qui s’est passé pour les punaises de lit, où la Russie avait été identifiée comme ayant gonflé artificiellement le sujet. La désinformation peut avoir pour but de déstabiliser un pays, c’est un aspect de la cyberguerre ».
En Espagne et en Italie, la crise de la dermatose nodulaire contagieuse n’a pas eu cette ampleur
« En Espagne et en Italie, il n’y a pas eu cette montée de contestation. Les gens ont vite compris ce qu’ils devaient faire et pourquoi. Il n’y a pas eu la graine pour que ça cristallise autour, et pour transformer cet épisode en campagne de désinformation », observe Alexandre Fediaevsky, chef du service de la préparation et résilience de l’OMSA.