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Dermatose nodulaire contagieuse (DNC) : l’abattage total divise sur le terrain

La dermatose nodulaire contagieuse sévit dans les Savoies depuis le début de l'été. La stratégie d’éradication de cette grave maladie implique l’euthanasie de tous les bovins des foyers confirmés. Une mesure radicale très contestée sur le terrain, mais expliquée par GDS France et la Société nationale des groupements techniques vétérinaires.

<em class="placeholder">vache atteinte de DNC</em>
Au 18 août, 75 foyers de dermatose nodulaire contagieuse bovine ont été confirmés en Savoie et en Haute-Savoie selon les chiffres du ministère de l'Agriculture.
© Killian Tissot

La dermatose nodulaire contagieuse (DNC), a été détectée en Sardaigne le 21 juin 2025, puis en France, le 29 juin. Depuis, un plan de lutte a été déployé contre cette maladie catégorisée A dans le cadre de la règlementation européenne, soit à éradication immédiate. 

Il repose sur trois piliers : le contrôle des mouvements d’animaux, la vaccination et le dépeuplement (comprenez euthanasie) de tous les bovins du foyer (règlement 2020/687). Cette dernière mesure est très décriée. 

« Abattre tous les bovins du foyer, cela nous parait démesuré, les conséquences humaines sont catastrophiques, certaines fermes ne vont pas se relever », déplore Stéphane Galais, secrétaire national de la Confédération Paysanne et éleveur en Bretagne. Le syndicat demande, à l’instar de la Coordination rurale, de remplacer cette mesure par de l’abattage partiel, uniquement des bovins infectés. 

 

<em class="placeholder">Stéphane Galais Confédération paysanne</em>
« Abattre tous les bovins du foyer nous parait démesuré, les conséquences humaines sont catastrophiques », déplore Stéphane Galais, de la Confédération Paysanne © Confédération paysanne

La Confédération Paysanne s’appuie sur un avis de l’EFSA de 2016, qui estime qu’une fois la vaccination bien engagée, les stratégies d’abattage total et partiel présenteraient la même efficacité. 

Risque d’infection proche de 100 % 

Toutefois, les résultats de cette étude sont ceux d’un modèle de prédiction mathématique qu’il faudrait valider en conditions réelles. « Avec la densité d’élevages bovins en France, c’est prendre le risque de voir la maladie diffuser très rapidement. En période d’activité des stomoxes et des taons – vecteurs de la maladie -, la probabilité d'une infection dans un rayon de 4,5 km autour d'un établissement infecté est supérieure à 95% », explique Kristel Gache, vétérinaire et directrice de GDS France. 

De plus, dans un même lot, il peut y avoir des animaux présentant des signes cliniques, des animaux en période d’incubation, mais aussi des animaux asymptomatiques. Ainsi, certains animaux ne réagissent pas aux tests. « Conserver ces animaux, c’est conserver un réservoir de la maladie », ajoute Kristel Gache. 

Attendre avant d’assouplir les règles 

Mais l’abattage total est-il toujours justifié lorsque les animaux sont vaccinés ? « Aucun abattage total ne doit être envisagé ni justifié au-delà d’un délai de 21 jours post-vaccination », exige la Coordination Rurale dans un communiqué daté du 13 août. Or, avec une période d’incubation allant jusqu’à 28 jours, des bovins infectés peuvent déclarer la maladie après avoir été vaccinés. De plus, un vaccin ne fonctionne jamais dans 100 % des cas. « Assouplir les règles trop tôt, que ce soit celle-ci ou celles des mouvements animaux, c’est prendre le risque que la maladie dissémine, et que toutes les vaches abattues jusqu’à présent l’aient été pour rien », estime Stéphanie Philizot, Présidente du SNGTV et vétérinaire en Côte-d’Or. 

 

<em class="placeholder">Stéphanie Philizot, présidente du SNGTV</em>
« Assouplir les règles trop tôt, c’est prendre le risque que la maladie se dissémine », estime Stéphanie Philizot, présidente du SNGTV  © photocreanomade

Sur les réseaux sociaux, certains arguent que l’abattage total est inutile, car le temps qu’un foyer soit dépeuplé, les stomoxes et les taons ont déjà disséminé la maladie. « C’est pire de ne rien faire, répond la présidente du SNGTV. C’est parce que les vecteurs se déplacent qu’il faut aller très vite ».

La DNC dans les autres pays 

Des controverses circulent sur la gestion de la maladie dans les autres pays. Pour l’Italie, le ministère de l’agriculture est formel : « l'Italie et la France appliquent la même stratégie de gestion ». Lorsque les Balkans ont été touchés, en 2015, le pays ayant appliqué l’abattage total des foyers confirmés, la Bulgarie, a été le premier a retrouvé son statut indemne.

« Le cas d’Israël, entouré de pays où la DNC est présente de manière endémique, est particulier. Ils sont condamnés à voir revenir la maladie. Et les enjeux économiques y sont moins importants : Israël c’est 500 000 bovins, la France 35 millions », estime Stéphanie Philizot. Au Maghreb, l’abattage total n’a pas été retenu non plus. « On se compare à des pays qui n’ont ni les mêmes enjeux ni les mêmes moyens que nous. Au Maghreb, ils n’ont pas les moyens d’indemniser les éleveurs et n’ont donc pas pu éradiquer la maladie », déplore la présidente du SNGTV. 

Divergence d’objectif : éradiquer ou vivre avec 

Deux visions s’affrontent. Pour les scientifiques et les pouvoirs publics, il est impératif de tout mettre en œuvre pour éradiquer au plus vite la maladie. Pour la Confédération Paysanne, cet objectif passe après la volonté de préserver les éleveurs victimes de l’abattage massif de leurs bêtes. « C’est trop impactant pour les paysans, les paysannes, et les filières de cette zone. De plus, il faut être humble, ce n’est pas nous qui décidons si la maladie sera éradiquée, c’est le vivant, il faudra peut-être vivre avec. Dans ce cas, on ne pourra pas continuer ces abattages », estime Stéphane Galais. 

« Pour les éleveurs touchés, c’est un drame, il n’y a pas de débat là-dessus, confirme la directrice du GDS, mais ce serait un drame pour l’ensemble des éleveurs si nous laissions la maladie s’installer sur le territoire. On ne peut pas vivre avec la DNC. Elle pose trop de problématiques de bien-être animal, de pertes de production, de pertes de marchés » 

Des enjeux économiques importants

« Si la DNC s’installe en France, c’est la mort du cheptel allaitant », affirme Stéphanie Philizot. Outre les pertes directes liés aux animaux malades, la présence de la DNC sur le territoire entraînerait des conséquences pour la commercialisation des productions. « La France exporte des animaux vivants, la perte du statut indemne serait une catastrophe, ajoute-t-elle. Certains pays s’en servent aussi pour restreindre l’exportation des produits laitiers, même si ce n’est pas fondé scientifiquement ». 

La Confédération Paysanne regrette aussi le manque de concertation et d’écoute des pouvoirs publics quant à la gestion de cette crise. « Il aurait fallu plus de pédagogie, la posture d’autorité prise par le gouvernement a créé de la défiance chez les éleveurs », explique Stéphane Galais. « Le ministère a été mauvais sur la communication », acquiesce la présidente du SNGTV. 

Tous deux se rejoignent également sur la nécessité, au sortir de cette crise, de repenser la question des maladies émergentes. « Il faudrait une gestion concertée des maladies au niveau mondial », estime Stéphanie Philizot. 

Une maladie pas comme les autres 

« Cette maladie n’a rien à voir avec la FCO. Les experts le disent, c’est une peste, l’équivalent de la fièvre aphteuse », introduit Stéphanie Philizot, Présidente du SNGTV, en réponse à des comparaisons qui courent dans les campagnes. La DNC est catégorisée A dans le cadre de la règlementation européenne, à éradication immédiate. Les autres maladies bovines classées A sont : la fièvre aphteuse, la peste bovine, la fièvre de la vallée du Rift et la péripneumonie contagieuse bovine. Si la Confédération Paysanne questionne la classification de la DNC, pour la présidente du SNGTV sa dangerosité ne fait pas de doute : « C’est une maladie extrêmement douloureuse, et sur le premier cheptel atteint en France, en une semaine, 50% des animaux étaient malades ou mourants ».

Autre différence avec la FCO ou la MHE : elle est transmise par les stomoxes et les taons, pas par les culicoïdes. « Cette maladie se propage lentement, environ 7 km par semaine, et le virus n’est pas répliqué dans le vecteur. C’est pour cela que la stratégie de lutte mise en place peut fonctionner. Avec la FCO, cela aurait été inenvisageable », estime Stéphanie Philizot. 

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