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De l’eau de forage 365 jours par an pour abreuver les bovins

Installé dans le Puy-de-Dôme, le Gaec Courteix a mis en place un forage en 2010. Il approvisionne tout l’hiver les abreuvoirs des stabulations et depuis 2014 assure le relais en été pour abreuver une bonne partie des lots en pâture.

« C’est la sécheresse 2013 qui nous a incités à faire évoluer nos pratiques. Passer l’été à promener de l’eau, ce n’était plus possible », souligne Damien Raynaud, éleveur bio en Gaec avec son épouse Laurence à Saint-Georges-de-Mons, dans les Combrailles du Puy-de-Dôme.

« Dès la fin de l’été, on a donc travaillé à mettre en place une solution alternative. Je suis parti du principe que le montant de l’investissement pour notre installation avoisinait les tarifs des citernes dans lesquelles il aurait fallu investir. Il y avait bien entendu le boulot pour tout installer. Mais une fois tout en place on était à peu près tranquille. Et puis on ne voulait pas avoir à acheter de l’eau pour les animaux. On avait investi en 2010 dans un forage, une pompe et une citerne pour avoir de l’eau dans les bâtiments. En 2013, on a préféré ajouter sur une partie du parcellaire des abreuvoirs et quelques kilomètres de tuyaux polyéthylènes plutôt que passer du temps ou payer des heures de salarié pour déplacer des tonnes à eau », souligne le jeune éleveur dont l’emploi du temps est pour une bonne partie accaparée par la gestion d’un atelier de découpe transformation.

Forage à 40 mètres de profondeur

L’installation repose donc d’abord sur un forage à 40 mètres dans le sous-sol de la roche mère granitique. Grâce à une pompe, l’eau est remontée d’une source profonde pour la stocker dans une citerne tampon de 12 000 litres enterrée à proximité des bâtiments. Un surpresseur avec 3 bars de pression permet ensuite de reprendre l’eau pour alimenter tous les bâtiments d’élevage.

Un système complémentaire reposant sur une pompe à gros débit offre également la possibilité de remplir si besoin une tonne à eau de 8 m3 en une dizaine de minutes. « Tout au long de l’année on pompe régulièrement entre 5 et 10 m3 par jour. Mais il n’y a rien à faire, ça se régule tout seul. L’hiver dans le bâtiment on ne rend compte de rien. C’est comme si on avait l’eau de ville. »

3,4 kilomètres de tuyaux

Le gros intérêt de cette installation réside dans le réseau de tuyaux bargataires sur lesquels ont été branchés une vingtaine d’abreuvoirs à niveaux constants situés dans les pâtures. « J’avais fait des plans sur Géoportail pour voir où faire passer les tuyaux et je me suis rendu compte que l’on pouvait desservir pas mal de nos prairies. » Les tuyaux ont ensuite pour la plupart été enterrés.

« Pour éviter les pertes de charge, ce réseau est monté en 32 mm pour la conduite principale et les arborescences sont en 25 mm. » Il a fallu faire des tranchées dans certains chemins communaux mais la municipalité n’a pas posé de difficultés. Au final, 3,4 kilomètres de tuyaux ont été posés pour desservir 70 hectares de prairies. « On en a fait bénéficier des voisins qui ont branché quelques abreuvoirs sur notre réseau et on a profité de l’ouverture des tranchées pour faire passer les fils qui alimentent nos clôtures électriques. Le travail a été réalisé dès que l’on avait un peu de temps mort avec un godet de 25 centimètres de large monté sur une pelle mécanique." À l’automne 2013 une partie du réseau était posée. Il était achevé pour la campagne de pâturage 2014.

Pas d’usage domestique

Tout est automatisé. « Le suppresseur est juste à côté de nos bureaux et on sait que s’il se met à tourner en continu, c’est qu’il y a une fuite d’eau. Un plombier m’a fait une nourrice en cuivre avec une vanne pour chaque départ de canalisation desservant un bâtiment ou une succession d’abreuvoirs. En les fermant au fur et à mesure, on est vite en mesure de déterminer sur quel circuit il y a la fuite." C’est le plus souvent le flotteur défectueux d’un abreuvoir extérieur qui la génère.

L’eau du forage est uniquement utilisée pour l’abreuvement et le nettoyage du matériel. « On s’en est servi un été pour arroser arbres et haies plantés en périphérie des bâtiments. À raison d’un débit maximum de 3 m3 par heure, il n’est pas envisageable de l’utiliser pour irriguer. Mais de toute façon entre les animaux et la gestion de l’atelier de découpe on n’a absolument pas le temps de développer la partie végétale même si le maraîchage pourrait être un plus pour notre activité vente directe. »

Précieuses baignoires en fonte

Une partie des abreuvoirs sont réalisés à partir d’anciennes baignoires en fonte émaillée, récupérées auprès d’un plombier. Pour qu’elles restent bien stables, elles sont positionnées dans un châssis en métal qui garantit leur stabilité une fois pleines. Ce type de baignoire est quasi indestructible. Elles ont une capacité d’environ 300 litres et il est très facile d’y installer un robinet à flotteur. Ces baignoires en fonte sont malheureusement de plus en plus difficiles à trouver.

Une activité de vente directe

Avec un parcellaire réparti sur deux sites autour de 770 m d’altitude, l’exploitation associe une partie élevage (65 vaches charolaises et engraissement de 150 porcs par an) à un atelier de découpe transformation. Il est utilisé pour valoriser en vente directe tous les porcs et une partie des bovins tout en réalisant des prestations de service à la demande d’autres éleveurs pratiquant la vente directe ou pour leur autoconsommation.

Comparatif de deux solutions d’abreuvement (Chiffres 2013)

Un rapide chiffrage comparatif réalisé par l’EDE du Puy-de-Dôme a confirmé l’intérêt de la solution forage même avec un prix du mètre cube d’eau bon marché. Une simulation qui dans le cas du Gaec Courteix ne prend pas en compte l’investissement dans au moins une tonne à eau supplémentaire ni la mise en place du réseau d’eau intégralement réalisé par l’éleveur. « Si on compte un mètre cube d’eau à 2,20 euros et une consommation annuelle de 2 900 m3 pour les bovins et les porcs comme cela doit être le cas actuellement, notre forage nous permet de faire de belles économies sans avoir à se soucier de véhiculer des tonnes à eau tout au long de l’été, souligne Damien Raynaud. À signaler que nous avions déjà le bâtiment (ancienne salle de traite) dans lequel ont été mises en place les différentes installations et pour lequel nous n’avons donc pas eu à investir. »

Pour aller plus loin :

Rédaction Réussir

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