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Colza en dérobée à moindre frais

Dans le sud du Cher, Yves Boisgontier sème chaque été à moindre frais une dizaine d’hectares de colza derrière de l’orge d’hiver pour les faire pâturer à l’automne par une trentaine de vaches en fin de gestation.

« Semer du colza oléagineux en dérobée pour le faire pâturer en cours d’automne me permet de faire pâturer un lot pendant au moins six semaines. C’est autant de foin que je n’ai pas à distribuer ! », précise Yves Boisgontier, éleveur Charolais à Epineuil-le-Fleuriel dans le sud-est du Cher. Avec 120 vêlages par an en système naisseur-engraisseur, son exploitation s’étend sur 140 hectares dont 80 de prairies pour des vêlages qui ont essentiellement lieu en décembre janvier. Le chargement est donc conséquent et les huit à dix hectares de colza pâturés en dérobées chaque automne sont les bienvenus. « Je fais ça chaque année. Il y a souvent peu d’herbe à l’automne. Cela nous permet de faire pâturer un lot de 30 vaches taries de mi-septembre à début novembre. C’est toujours mieux que leur apporter une boule de foin tous les jours. »

Le colza est toujours semé derrière de l’orge d’hiver, classiquement moissonné vers le 20 juin, ce qui derrière laisse suffisamment de temps pour faire un faux semis avant de semer le colza. La parcelle est donc déchaumée au plus tôt. « Pour limiter le risque de voir les plantules de colza se faire envahir par les repousses d’orge, j’attends trois semaines pour faire lever un maximum de graines. » Mi-juillet ces repousses sont détruites avec 2 l/ha de glyphosate. 10 à 12 t/ha de fumier bien décomposé sont apportées dans la foulée.

Semence fermière à trois kilos à l’hectare

Deux ou trois jours après, le colza est semé sans préparation du sol supplémentaire avec un combiné herse rotative + semoir de 4 m de large. « Je décale parfois de quelques jours si des orages sont annoncés. Je sème à 3 kilos/ha avec de la semence fermière. On ne peut pas faire moins cher pour le poste semence. Mais j’aurai peut-être intérêt à mettre du colza fourrager. » Les parcelles utilisées sont des argilocalcaire un peu caillouteuses à potentiel moyen sur lesquelles le rendement en céréales avoisine classiquement 60 à 65 qx. Elles jouxtent toujours une prairie naturelle. Le prix de revient de mise en place de la dérobée (déchaumage + désherbage + semis) est d’environ 50 €/ha, chiffre n’incluant pas l’amortissement du matériel et le temps de travail. « Il ne faut pas avoir peur de semer dans le sec. Au final il finit toujours par pousser quelque chose. Après il faut bien entendu un peu de chance pour avoir quelques averses au bon moment, mais il est rare qu’il ne pleuve pas un peu en cours d’été. Et puis, qui tente rien n’a rien ! »

Six à huit semaines entre semis et utilisation

Cette année, après un printemps très sec, il est tombé un peu plus de 110 mm entre le semis et l’entrée des animaux dans les parcelles. Situation qualifiée d’idéale pour permettre un développement de la végétation dans de bonnes conditions. Il faut compter 6 à 8 semaines entre le semis et le début de l’utilisation de la dérobée. La parcelle est pâturée par une trentaine de vaches pleines sevrées depuis un bon mois. Elles accèdent au colza depuis une petite prairie permanente où se situe le point d’eau, une pierre à sel et un râtelier de belle paille de blé. « On a calculé qu’elles mangent chacune environ 3 kg de paille par jour. Le reste de la ration c’est le colza pâturé. »

Petit détail qui a son importance, le premier jour Yves Boisgontier veille à ne pas mettre les vaches dans le colza quand elles ont la panse vide. Elles y rentrent au contraire une fois le rumen déjà bien calé. « À une époque j’avançais le fil tous les jours. C’était beaucoup de travail. » Désormais pour continuer à limiter le gaspillage, l’accès se fait en recoupant la parcelle en paddocks d’un peu plus d’un hectare. « Je les passe dans le suivant quand le couvert est parfaitement rasé. » Début novembre la parcelle est totalement utilisée. « Compte tenu de la nature du sol, nous devons faire attention aux problèmes de portance. En cas de fortes précipitations, la prairie permanente jouxtant la dérobée est utilisée comme solution de repli pour ne pas dégrader la structure du sol. »

Derrière cette dérobée vient généralement un maïs. « Mais cette année je vais tenter autre chose. Mon objectif est de faire un semis direct de RGI début novembre. Il sera ensilé fin avril ou au plus tard début mai puis suivi d’un maïs destiné lui aussi à être ensilé."

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