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[Bâtiment photovoltaïque] 300 places d’engraissement sous un 250 kWc

Dans le sud de la Nièvre, Claude Blaise et son fils Lucas disposent depuis deux ans d’un impressionnant bâtiment d’engraissement de près de 300 places. Il n’aurait pas vu le jour sans la solution « photovoltaïque » associée à un large recours à l’autoconstruction.

Trois grands principes ont guidé Claude Blaise et son fils Lucas au moment de la conception de leur dernier bâtiment d’engraissement. Tout d’abord le fait de disposer d’une stabulation de bonne dimension, pratique et facile à utiliser pour faire - selon les opportunités - de l’engraissement ou de la repousse en prévision de l’installation de Lucas Blaise, lequel est actuellement salarié de l’EARL familiale située à La Nocle-Maulaix dans le sud-est du département de la Nièvre.

Le second principe a été de profiter des possibilités permises par la SAS 58 solaire pour mettre en place un toit en photovoltaïque de grande dimension, limiter le montant de l’investissement initial et à terme, disposer d’un revenu complémentaire lié à la vente d’électricité (voir encadré).

Le toit culmine à 12 mètres au niveau du faîtage, la forte proportion de translucides et de bardage perforé sur le décrochage côté nord permet au bâtiment d’être lumineux même par de tristes et froides journées d’hiver.
Le toit culmine à 12 mètres au niveau du faîtage, la forte proportion de translucides et de bardage perforé sur le décrochage côté nord permet au bâtiment d’être lumineux même par de tristes et froides journées d’hiver.
© F. d'Alteroche

Le dernier impératif était de contenir la consommation en paille pour réduire la facture liée à son achat. Seulement une vingtaine d’hectares de céréales sont cultivés sur l’exploitation, laquelle se situe entre le sud du Morvan et la vallée de la Loire, une zone à forte densité de cheptels allaitants. Et comme dans ce secteur la plupart des bâtiments reposent sur des stabulations 100 % paillées, le marché de la paille est actif avec peu d’espoirs de voir son prix redescendre aux tarifs d’il y a une vingtaine d’années.

D’abord la charpente et les photovoltaïques

« Initialement, j’avais pensé à un couloir raclé et une seule rangée de cases sur litière 100 % paillée. Mais la consommation de paille aurait avoisiné au moins 4 kg/tête/jour avec un bâtiment destiné à être rempli pratiquement tout au long de l’année », souligne Claude Blaise. Curieux de nature et soucieux de s’inspirer de ce qui fonctionne dans d’autres élevages, les Blaise ont finalement réalisé un copier-coller d’un bâtiment vu chez un engraisseur de Saône-et-Loire qui s’est lui-même inspiré d’un bâtiment italien : à savoir une double rangée de cases sur pente paillée séparées par un couloir de raclage également utilisé pour le déplacement des animaux.

« D’après ce que nous avions vu, cette solution 'pente paillée + couloir raclé' nous permettait de diminuer par deux nos besoins en paille avec une moyenne d’environ 2 kg/tête/jour. » Avec deux ans de recul, ce chiffre correspond parfaitement aux quantités actuellement utilisées. La pente est de 6 % sur 6 mètres de profondeur. « Il ne faut pas moins. Pour des broutards légers c’est à peine suffisant pour faire descendre le fumier, surtout si la case est trop peu remplie. »

D’abord le toit puis le terrassement

Chronologiquement parlant, les travaux ont démarré début 2016 avec l’édification de la charpente métallique destinée à supporter les panneaux avec une pente de 36,4 %. La centrale photovoltaïque a été branchée en août 2017. Tout le reste a été réalisé par la suite, essentiellement en autoconstruction, y compris le terrassement sur un terrain pratiquement plat et pas compliqué à décaisser du fait de l’absence de cailloux.

« On a remué environ 1 000 m3 de terre pour une surface couverte de pratiquement 2 500 m2. Mais entre les bétons, les tubulaires et le reste, on y a vraiment passé du temps », souligne Lucas Blaise, pas mécontent pour autant du résultat. Les premiers animaux sont entrés en début d’automne 2019, soit un peu plus de trois ans après le début des travaux.

Au final, il en résulte un imposant bâtiment de 26 mètres de large, 96 m de long pour pratiquement 300 places d’engraissement (12 cases de 20 places et 6 cases de six places) et 12 m de hauteur au faîtage avec une couverture en bac acier anti-goutte recouvert de photovoltaïque. Seuls la casquette située au nord du bâtiment et le couloir de distribution situé au sud ne supportent pas de panneaux.

Malgré cette hauteur et une largeur conséquente, l’ambiance est satisfaisante et ne se traduit pas par un taux anormalement élevé de pathologies respiratoires. Sur la face nord, le long pan associe tôles perforées et translucides. Il permet une bonne évacuation de l’air, lequel entre principalement le long du couloir d’alimentation situé au sud. « Le bâtiment est utilisé 365 jours par an.

Au cours des journées caniculaires du printemps et de l’été 2020, la température demeurait supportable avec une bonne circulation de l’air. » Cette grande hauteur a en revanche obligé à suspendre les néons situés côté nord de façon à ne pas être trop loin du sol et éclairer de façon convenable. Le bâtiment n’a pas encore eu à affronter de tempête, mais Claude Blaise est confiant sur sa résistance aux intempéries.

Murs en béton pour séparer les cases

Autre particularité, choix a été fait de réaliser toutes les séparations dans la largeur entre les cases non pas avec tubulaires mais avec des murs en béton armé de 1.6 m de hauteur au niveau de l'auge, et 1.96 m au ras du couloir raclé. Initialement c’était pour avoir un système de séparation plus durable que des tubulaires, lesquels auraient été prématurément rouillés, de par le contact avec le fumier. Cela a un impact très positif sur l’ambiance dans la case. Ces murs ont un effet coupe-vent très net dès que l’on rentre à l’intérieur de la case. C’est un atout côté sanitaire et cela permet d’avoir des animaux plus calmes dans la mesure où ils ne se voient pas d’une case à l’autre.

« Ce bâtiment nous donne satisfaction. Mais il n’est pas encore totalement fini ! Il nous reste à poser une porte côté ouest et à installer le parc de contention et le quai de chargement dans la prolongation de l’une des deux rangées de case. Si on devait le refaire on ne changerait pas grand-chose même si on chercherait à diminuer la hauteur du faîtage.

 

Couplé à une stabulation pour vaches suitées

Le bâtiment d’engraissement est encore plus impressionnant si on prend en compte la stabulation de 830 m2 (36x23 m) construite dans la foulée sur sa face nord sous laquelle le père et le fils ont aménagé trois cases de 16 vaches suitées. À terme, l’idée est de doubler sa surface et sa capacité d’accueil en la prolongeant vers l’ouest sur le pan nord du bâtiment d’engraissement.

En chiffres

169 ha

66 ha d’ensilage de maïs pour partie irrigué avec RGI ensilé en dérobée, 16 ha de triticale et 3 d’avoine.

150 vêlages/an en race Salers (60 % sur septembre octobre puis essentiellement en cours d’hiver).

Appui et soutien de la SAS 58 solaire

Ce toit en photovoltaïque de 250 kWc a été édifié dans le cadre de la SAS 58 solaire mise en place à l’initiative de la chambre d’agriculture et coordonnée par Étienne Bourgy, en charge des énergies renouvelables. Son objectif est de proposer, grâce au photovoltaïque, une solution pour aider des agriculteurs à disposer de bâtiments fonctionnels. Ces projets correspondent au modèle technicoéconomique, juridique et financier des SAS photovoltaïques conçues par les chambres d’agriculture et déployées dans d’autres départements. En se regroupant, le principe est de bénéficier de conditions plus attractives pour les tarifs d’achat de l’électricité (appels d’offres) et la construction des bâtiments. Les 14 agriculteurs qui ont créé la SAS 58 solaire en 2016 ont apporté en fonds propres environ 25 % du montant de l’investissement. La société a investi dans les bâtiments (structure, fondations, chéneaux, centrale photovoltaïque avec raccordement) avec 25 % d’autofinancement et 75 % de prêt bancaire. La société bénéficie de la vente de l’électricité, somme qui couvre les frais de fonctionnement et le remboursement du prêt (annuité).


Au total le reste à investir pour l’exploitant s’élève à 209 797 € hors subvention

Principaux postes de dépenses

Terrassement :9 410 €

Charpente : 64 835 €

Bardage zinguerie : 11 786 €

Maçonnerie : 89 330 €

Plomberie-électricité : 11 367 €

Aménagements intérieurs : 21 869 €

Frais divers : 1 200 €

Total : 209 797 €

Le fait d’avoir réalisé en autoconstruction la quasi-totalité des travaux et aménagements intérieurs permet une économie très importante et opter pour le toit en photovoltaïque via la SAS 58 solaire aura permis de financer la charpente et les panneaux.

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