ACS en bovins viande : vers des systèmes plus autonomes et résilients
Moins de travail du sol, plus d’autonomie et des systèmes plus résilients : l’agriculture de conservation des sols (ACS) séduit de plus en plus d’éleveurs bovins viande. Mais derrière la technique, c’est une véritable logique de système qui s’impose.
Moins de travail du sol, plus d’autonomie et des systèmes plus résilients : l’agriculture de conservation des sols (ACS) séduit de plus en plus d’éleveurs bovins viande. Mais derrière la technique, c’est une véritable logique de système qui s’impose.
L’agriculture de conservation des sols (ACS) repose sur trois piliers désormais bien identifiés par les agriculteurs engagés : une couverture permanente du sol, des rotations diversifiées et une réduction maximale du travail du sol. « Le principe est simple sur le papier, mais il faut surtout que ce que l’on met en place s’adapte à chaque réalité », résume Jérôme Labreuche, ingénieur recherche et développement à Arvalis. Historiquement développée dans les grandes cultures, la démarche trouve aujourd’hui un écho croissant chez les éleveurs bovins viande. « La première clé consiste à s’intéresser au sol lui-même. Un sol agricole n’est pas seulement un support de culture : c’est un milieu vivant, structuré par des racines, des galeries de vers de terre et toute une microfaune invisible à l’œil nu. » Cette architecture conditionne la circulation de l’eau, de l’air et des nutriments. Lorsque la structure est fonctionnelle, l’infiltration est plus rapide, l’érosion limitée et les cultures peuvent s’enraciner plus profondément.
« L’ACS c’est avant tout observer son sol »
Dans les systèmes bovins viande, cette lecture du sol prend une dimension particulière. Les passages d’engins pour la récolte des fourrages ou l’épandage des effluents peuvent générer du tassement. « Il faut apprendre à regarder son sol, à utiliser une bêche pour comprendre comment il fonctionne », conseille Jérôme Labreuche. Un sol grumeleux, poreux, avec des racines profondes et des galeries bien visibles, traduit généralement une bonne activité biologique. « L’objectif de l’ACS est justement de favoriser cette vie du sol en limitant les perturbations. » En réduisant le travail mécanique et en maintenant une végétation la plus continue possible, les agriculteurs cherchent à stimuler l’activité biologique. « L’ACS essaye d’imiter ce que l’on observe dans les prairies ou les forêts. » Si les premières expériences d’ACS ont été portées par des céréaliers, les systèmes de polyculture-élevage disposent d’atouts agronomiques importants. La présence de prairies constitue un levier majeur. Sur le plan du sol, elles jouent un rôle très structurant, apportent de la matière organique et limitent la pression des adventices dans les rotations. « D’un point de vue agronomique, les prairies sont extrêmement efficaces pour améliorer la structure du sol », souligne Jérôme Labreuche. Leur système racinaire dense crée des canaux qui facilitent l’infiltration de l’eau et l’enracinement des cultures suivantes. Plus elles sont anciennes, plus elles contribuent également au stockage de carbone dans le sol.
L’élevage bovins viande, un atout pour réussir la transition
Les élevages disposent aussi d’un autre avantage : les effluents. « Là où certains systèmes céréaliers manquent de fertilité organique, le fumier et les lisiers apportent de la matière organique essentielle à l’activité biologique. » Cette complémentarité cultures – élevage s’inscrit pleinement dans la logique de l’ACS. « Pour autant, la transition n’a pas toujours été évidente. Pendant longtemps, certains éleveurs ont considéré ces techniques comme adaptées surtout aux céréales. Le poids du maïs dans les systèmes fourragers pouvait aussi freiner les évolutions. Aujourd’hui, les références de terrain se multiplient et montrent que ces pratiques peuvent fonctionner dans des contextes variés. » Les couverts végétaux prennent alors une place centrale. Implantés entre deux cultures, ils protègent le sol, produisent de la biomasse et peuvent parfois être valorisés par les animaux. Dans certains systèmes, ils participent directement à l’autonomie alimentaire en offrant des ressources supplémentaires au pâturage ou à la récolte.
« Au-delà de la technique, l’ACS s’inscrit dans une approche plus large de l’agronomie et de l’agroécologie. L’idée est de s’appuyer davantage sur les processus naturels pour sécuriser la production dans un contexte climatique et économique incertain », nous rappelle Jérôme Labreuche. La couverture permanente du sol modifie les flux de l’eau dans le sol. « Lors d’épisodes pluvieux intenses, un sol bien structuré et couvert infiltre mieux l’eau et réduit le ruissellement. Concernant la réduction du travail du sol et des couverts, Arvalis conduit actuellement des essais pour quantifier leur impact sur l’évapotranspiration de l’eau du sol. »
Vers des systèmes plus autonomes et plus résilients
La diversification des cultures joue également un rôle clé dans la résilience. « En ACS, une rotation diversifiée aide à mieux gérer certains risques sanitaires qui pourraient être favorisés par la réduction du travail du sol. » Cette réduction du travail du sol diminue les passages d’engins, la consommation de carburant et l’usure du matériel. « Les charges de mécanisation peuvent ainsi baisser. » « De son côté, l’intensification de l’usage des couverts végétaux peut être l’occasion d’améliorer l’autonomie alimentaire de l’exploitation grâce à une meilleure valorisation des ressources produites sur l’exploitation. » Mais les agriculteurs engagés insistent sur un point : la réussite passe par une approche globale. « La demi-mesure fonctionne rarement. Il faut réfléchir son système dans son ensemble », rappellent-ils. La transition demande du temps, souvent plusieurs années, avec des ajustements progressifs. Ce dossier n’a pas pour objectif de promouvoir un modèle unique. « L’ACS reste une démarche parmi d’autres, qui continue d’évoluer selon les contextes pédoclimatiques et les objectifs des exploitations », indique Jérôme Labreuche. Mais les expériences de terrain montrent qu’elle peut constituer une piste intéressante pour renforcer la cohérence et la résilience des systèmes bovins viande.