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Soja : comment lutter contre punaises, pyrales et héliothis, un trio infernal de ravageurs dans le sud-ouest ?

Depuis 2022, le soja est confronté à une forte montée en puissance de trois ravageurs sur soja dans le sud : la punaise verte, la pyrale du haricot et l’héliothis. État des lieux des moyens de lutte entre productions biologique et conventionnelle.

Les surfaces de soja ont baissé d’un tiers entre 2023 et 2024 dans son bastion du sud-ouest. « Les ravageurs en sont la cause, selon Quentin Lambert, de Terres Inovia, surtout la pyrale du haricot et la punaise verte. Ce recul a concerné notamment les cultures biologiques menées en sec. » La production biologique constitue la moitié du soja cultivé dans le sud de la France.

La pyrale du haricot a causé d’importants dégâts en 2022 et 2023. Elle a été discrète en 2024, mais les héliothis (papillon nocturne) ont été très présents et nuisibles dans certains cas. Quant à la punaise verte, elle est fréquente tous les ans sur soja, « avec une présence sur 40 à 70 % de parcelles entre 2022 et 2024 sur une centaine de champs observés », précise Quentin Lambert.

Quels sont les moyens de lutte contre ces ravageurs ? Sur punaise, les insecticides à base de lambda-cyhalothrine (pyréthrinoïde) sont les seuls homologués. « En conventionnel, le produit Karaté Zéon les contrôle bien et il est autorisé pour deux applications, note Quentin Lambert. En revanche, il n’y a pas de solutions en soja biologique. »

Le spécialiste conseille fortement de surveiller ses parcelles de soja, avant le stade R6 (graines dans les gousses) pour traiter à bon escient. « En observant au moins huit endroits de son champ, si on repère régulièrement la présence de quelques punaises (adultes ou larves) dans plus d’une zone sur deux, alors il est préconisé d’intervenir. À partir du stade R6, le seuil 3-4 insectes par mètre linéaire peut être retenu. »

Avec 3-4 insectes par mètre linéaire, la punaise verte cause jusqu’à 10 % de perte, mais jusqu’à 10 quintaux par hectare sur les parcelles les plus touchées. Outre le rendement, les attaques déprécient la qualité des graines, amenant à un déclassement des récoltes.

L’irrigation limite l’impact de la pyrale du haricot

La pyrale du haricot est plus compliquée à combattre. « Le contrôle des pyrales est très difficile avec des vols qui se succèdent, remarque Ghislain Perdrieux, de la chambre d’agriculture du Tarn. Les pyrales arrivent souvent en fin de cycle, à partir de la mi-août jusqu'à la mi-septembre. Pour un agriculteur, il est important de rester vigilant durant cette période pour positionner un traitement à base de Karaté Zéon. » L’efficacité de ce produit reste limitée, surtout contre des larves de pyrale qui restent dans les gousses durant la quasi-totalité de leur développement. Mais un essai de Terres Inovia a montré qu’un traitement positionné sur la deuxième quinzaine d’août peut réduire de plus de moitié le pourcentage de gousses de soja attaquées.

« Contre la pyrale, l'irrigation est un vrai levier, note par ailleurs Claire Georges, de la chambre d’agriculture du Gers. Nous observons beaucoup moins d’attaques et en moindre proportion sur les parcelles irriguées que celles en sec. Les tours d’eau perturbent les insectes et rendent la plante moins vulnérable aux attaques grâce à l’alimentation hydrique. » En agriculture biologique, c’est le seul moyen de juguler cet insecte sur soja. L’irrigation a aussi pour effet de réduire l’impact des punaises.

La présence de pyrale du haricot est de plus en plus récurrente, favorisée par les années chaudes. Les attaques sont assez hétérogènes, mais elles avaient touché 39 % des parcelles dans le sud-ouest en 2022. Le ravageur cause une perte de rendement de 1,5 quintal par hectare par tranche de 10 % de gousses atteintes.

Des attaques d’héliothis gérables en bio comme en conventionnel

L’héliothis est un papillon nocturne migrateur, qui connaît des années de forte pression sur diverses cultures (dont soja, pois chiche…). D’où l’importance des suivis des vols pour ce ravageur. Des produits de traitement se montrent efficaces, notamment en agriculture biologique avec des solutions à base de la bactérie Bt (Dipel DF, Costar WG, XenTari) ou de virus (Helicovex). « Nous obtenons 60 à 70 % d’efficacité avec ces produits à condition de les appliquer en soirée, car ils sont photosensibles. Ils sont sensibles au lessivage (pluie, irrigation) et doivent être appliqués avec un volume de bouillie suffisant », précise Claire Georges.

En conventionnel, une dérogation a été obtenue en 2025 pour le produit Altacor (chlorantraniliprole) pour une seule application. Elle a été redemandée en 2026. « Ce produit obtient de bons résultats sur héliothis », souligne Quentin Lambert. Ce n’est pas le cas de Karaté Zéon (résistance), qui n’est d’ailleurs pas homologué contre ce ravageur.

Jusqu’en 2023, le soja était peu touché par l’héliothis. Mais en 2024, il y a eu des attaques massives à partir de la mi-août dans certains secteurs, avec des dégâts sur feuilles et gousses. Selon une enquête Terres Inovia, 20 % des parcelles dans le sud-ouest ont subi ces attaques. Certaines ont été totalement détruites par le ravageur. En 2025, l’année a été calme pour ce ravageur de même que pour la pyrale du haricot. La plupart des départements du sud-ouest ont mis en place des réseaux de surveillance des ravageurs du soja.

Le soja au menu de la punaise diabolique

Ravageur invasif découvert en 2012 en France, la punaise diabolique (Halyomorpha halys) s’attaque à des cultures fruitières et légumières. Le soja est la seule grande culture concernée. Selon Quentin Lambert, les attaques ne sont pas fréquentes pour le moment et la nuisibilité non établie. Mais Claire Georges rapporte une présence significative dans le département des Hautes-Pyrénées où les punaises trouvées sur soja étaient pour moitié des diaboliques (vertes pour l’autre moitié). Les pyréthrinoïdes se montrent efficaces contre les deux espèces.

Un projet de recherche jusqu’en 2030

L’ampleur de l’impact des ravageurs sur soja ces dernières années a justifié le lancement du projet de recherche Solaris, de 2026 à 2030, porté par Terres Inovia avec divers partenaires dans le cadre du Parsada(1). Il vise les quatre ravageurs que sont la pyrale du haricot, l’héliothis, les punaises verte et diabolique pour parfaire l’état des connaissances. Il va permettre d’amplifier l’observatoire des ravageurs : extension sur pyrale, maintien sur héliothis et lancement sur la punaise. Diverses stratégies de lutte vont être étudiées comme l’utilisation de trichogrammes, micro-guêpes parasites.

(1) Plan d’action stratégique pour l’anticipation du potentiel retrait européen des substances actives et le développement de techniques alternatives pour la protection des cultures
 

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