Sécheresse : que semer pour refaire du stock de fourrage rapidement ?
Face à des stocks qui diminuent, des prairies qui peinent à reverdir et pousser, et un début de mois de septembre encore peu arrosé, que peut-on semer en septembre et octobre, pour pâturer ou faucher rapidement ?
Face à des stocks qui diminuent, des prairies qui peinent à reverdir et pousser, et un début de mois de septembre encore peu arrosé, que peut-on semer en septembre et octobre, pour pâturer ou faucher rapidement ?
Le ray-grass d'Italie (RGI) et le colza fourrager, voire le ray-grass hybride, sont les fourragères qui peuvent encore être semées ces prochains jours, avec une possibilité d'exploitation avant l'hiver, si la météo est favorable. Mais s'il ne pleut pas assez, on sèmera plus tard pour une récolte ou un pâturage en 2027. C'est l'avis de plusieurs conseillers fourrage des Deux-Sèvres, des Pays de la Loire, de Meuse et de Bretagne.
RGI ou RGH, seul ou en association
« Vu le contexte climatique et le besoin de fourrage, nous conseillons de semer le plus vite possible les RGI dès qu'il a plu. Après le 20 septembre dans notre région, il sera beaucoup moins probable de pouvoir exploiter de la biomasse avant l'hiver, sachant qu'il faut compter environ deux mois de pousse en cette saison pour espérer obtenir une coupe suffisante (2 tMS/ha) », expose Jérôme Palluault, conseiller fourrage chez Eilyps en Deux-Sèvres. Autre possibilité : le ray-grass hybride (RGH) : le RGH typé anglais pour du pâturage, du RGH typé italien pour de la fauche.
Les éleveurs ont semé ou vont semer des RGI seuls ou des associations avec des trèfles annuels (micheli, incarnat, squarosum) et/ou de la vesce. Et aussi des associations RGI et colza fourrager, « deux plantes dont l'implantation n'est pas trop technique, pas trop cher. On pourra faire un enrubanné de bonne valeur alimentaire si la météo le permet cet automne. S'il n'est pas possible de récolter, on pourra faire pâturer (ou affourager en vert) pour au moins désépaissir le couvert, pour qu'au printemps on ne se retrouve pas avec une "vieille" végétation », développe Grégoire Dufour, conseiller fourrage et agronomie à la chambre d'agriculture des Pays de la Loire.
Il ajoute qu'un autre intérêt de ces dérobées est qu'elles valoriseront l'azote libéré par la forte minéralisation qui est attendue quand le retour des pluies fera à nouveau travailler la matière organique et l'azote organique.
Colza fourrager, semis possible jusqu'au 15 - 20 septembre
Pour pâturer jusqu'en décembre, le colza fourrager seul peut encore être semé dans les Pays de la Loire et dans le nord de la Nouvelle Aquitaine, jusqu'au 15 - 20 septembre environ. C'est déjà trop tard dans des régions plus froides.
Pour les semis de ces dérobées, Grégoire Dufour alerte sur le risque de dégradation de la portance du sol. « Cette année, le risque est accru de perdre en structure du sol et en portance, du fait d'un travail trop profond. Ce que l'on regrettera par la suite en cas d'automne très pluvieux. Comme les outils récents ont tendance à travailler facilement en profondeur, un déchaumage et un semis au combiné suffit, surtout si on veut valoriser ces parcelles en fin d’automne début d’hiver. »
Du seigle seul ou avec de la vesce
En Meuse, « vu la faible pluviométrie actuelle, avec l'objectif de constituer un stock fourrager à récolter au printemps 2027, je privilégierais un semis d'automne (de fin septembre à mi-octobre) avec du seigle fourrager d'hiver, particulièrement adapté au Grand-Est : il s'implante rapidement à l'automne et redémarre très tôt au printemps. Il peut se récolter dès la mi-avril », recommande Lionel Vivenot, conseiller lait à la coopérative ULM dans la Meuse.
Il ajoute qu'il peut être semé seul, avec l'objectif de produire beaucoup de biomasse, mais il faudra prévoir de lui apporter 90 unités d'azote lors de la reprise de végétation. « Une association avec de la vesce velue présente un potentiel de rendement en matière sèche moins élevé (4,5 tMS au lieu de 5,5 tMS/ha pour un seigle seul), ainsi qu'une production d'énergie à l'hectare plus faible qu'avec un seigle en pur (3,9 UFL au lieu de 4,9 UFL/ha), mais l'association nécessite moitié moins d'apport d'azote (45 U) et produit un fourrage plus riche en protéines (15,5 de MAT, contre 11,5 pour un seigle pur). »
Trèfles annuels, semis possible en octobre
Le problème est qu'il reste peu de disponibilité pour acheter des semences de RGI. Et la production de semences 2026 a aussi souffert des fortes chaleurs et de la sécheresse. Le manque de disponibilité en colza fourrager est aussi relevé.
Semer des trèfles (micheli, squarosum, incarnat) va devenir envisageable avec la baisse des températures et s'il pleut siffisamment. Localement, ce sera une possibilité. « Attention dans ce cas au risque limaces. Réveillées par la pluie, sans trop d'autres plantes à manger, elles pourraient se ruer sur les trèfles. Donc, prévoir un anti limace pour réduire la pression au besoin », ajoute Grégoire Dufour.
Des céréales à récolter immatures en 2027
Par défaut, « en dernier recours on pourra implanter une avoine à pâturer ou ensiler au début printemps », indique Stéphane Boulent, de la chambre d'agriculture de Bretagne. « L'avoine présente une bonne valeur alimentaire, mais il ne faut pas la semer trop tôt pour éviter d'avoir un fourrage de qualité dégradé au printemps suivant, et il faudra penser à l'ensiler trois semaines avant le semis du maïs à cause d'un effet halélopathique qui pourrait pénaliser le maïs », précise Grégoire Dufour.
Autres céréales possibles, le seigle ou l'orge. « Dans les rotations avec des céréales à grains, le problème est que les céréales vont favoriser les maladies du pied des céréales (piétins). Donc c'est une option s'il n'est pas prévu de faire une céréale à grains par la suite », estime Grégoire Dufour.
Dans les exploitations de polyculture élevage, « il y aura plus de semis de céréales (blé, orge), menées à double fin : grains ou ensilage. Ainsi, elles pourront être ensilées dès avril et jusque juin, en fonction de la météo et du contexte économique », ajoute Lionel Vivenot, conseiller lait à la coopérative ULM dans la Meuse.
Se préparer à semer des méteils
Comme il n'est pas sûr que ces dérobées fonctionnent et suffisent, les éleveurs sèmeront sans doute davantage de méteils cette année, estiment les conseillers : une base de seigle, triticale ou avoine, avec de la vesce velue ou vesce commune et des trèfles.
Mais traditionnellement, les méteils ne sont récoltés qu'à partir de mi-avril voire début mai. Pour sécuriser la jonction entre la fin des stocks d'hiver et le début de la saison de pâturage, beaucoup cherchent des solutions à récolter dès fin février début mars. « Les éleveurs veulent tenter de semer plus tôt que d'habitude, vers le 25 septembre au lieu de début octobre, pour espérer récolter dès avril en 2027, remarque Jérôme Palluault dans le Nord des Deux-Sèvres. Mais attention, ça peut être risqué si l'automne est poussant et que le méteil monte haut avant l'hiver. »
Prairies : Faut-il sursemer ? Réimplanter ?
Les conseillers sont unanimes sur le risque encore plus élevé cette année de rater le sursemis au regard du coût du chantier. Ils le déconseillent et ils rappellent que de toute façon il faut au préalable réaliser un diagnostic de la prairie, avant d'engager des frais : « la capacité de reprise des prairies, surtout celles qui ont quelques années et sont bien implantée, peut être impressionnante », rappellent les conseillers.
Pour réaliser un diagnostic de l'état des prairies, il faut attendre le retour des pluies et une vraie repousse de l'herbe.
« Si on choisit de refaire une prairie, on peut le faire dès le 20 septembre après le redémarrage de l'herbe. A ce moment là, on entre en phase de sève descendante : on peut donc se débarrasser des adventices avec un déchaumage, détaille Grégoire Dufour. Le semis sous couvert de méteil présente l'avantage d'avoir un véritable effet de coupure sanitaire dans un enchaînement prairie sur prairie. »
Combiner plusieurs leviers pour répartir les risques
Pour se sécuriser, faire les bons choix est très difficile avec des prévisions peu fiables de température et de précipitations sur septembre et une météo incertaine pour octobre. « On ne peut pas parier sur un levier unique : c'est trop risqué. Je conseille de répartir le risque avec plusieurs solutions : récolter ou aller chercher de l'affouragement en vert que l'on n'allait pas chercher habituellement car les parcelles sont loin. Mais cette année, ceux qui manquent de stocks pour passer l'hiver vont aller chercher les moindres kilo de matière sèche possibles. Semer du RGI, RGH, du colza fourrager, des méteils », liste Grégoire Dufour.
Même avis pour Stéphane Boulent, qui propose de « passer les génisses en ration sèche, de réduire les effectifs les moins productifs en triant les animaux et anticipant les réformes, et arrêter les finitions et engraissement. »