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Organisation du travail en élevage laitier : « J’ai anticipé le départ en retraite de mes trois associés », en Ille-et-Vilaine

Au Gaec Collin Berrée en Ille-et-Vilaine, Julien Collin a dû s’organiser pour faire face au départ en retraite de ses parents et bientôt de son oncle. Les cartes ont été rebattues pour gagner en efficacité de travail et concilier au mieux vie personnelle et professionnelle du jeune éleveur.

<em class="placeholder">Julien Collin, éleveur laitier</em>
Julien Collin « Le regroupement de tous les animaux sur le même site et un bâtiment conçu pour travailler seul vont réduire la charge de travail »
© V. Bargain

« En 2022, mes parents ont pris leur retraite, précise Julien Collin, installé en 2007. Et dans deux ans, mon oncle partira également. Je ne sais pas encore si je reprendrai un associé ou un salarié, mais mon objectif est de m’organiser pour avoir du temps. Je suis président de deux Cuma. Je veux préserver du temps pour ma famille et conserver mon activité de pompier volontaire, qui est importante pour moi. Et je veux pouvoir suivre au moins cinq jours de formation par an. »

Lire aussi : « Nous avons cinq semaines de vacances par an et un week-end sur deux »

À l’installation de Julien Collin en 2007 avec ses parents et son oncle, l’exploitation comptait 675 000 litres de lait, 850 m² de bâtiment canards et 145 ha répartis en deux sites : de 48 ha et 48 ha à Bédée, et un site de 49 ha à Noyal-Châtillon-sur-Seiche, à 30 km. De 2007 à 2022, l’exploitation a évolué pour atteindre 843 000 litres de lait avec l’acquisition en 2014 d’un robot de traite. Comme ses parents avaient eu d’autres responsabilités professionnelles, l’organisation du travail a toujours été un enjeu sur l’exploitation.

Regrouper le cheptel sur un seul et même site

<em class="placeholder">désileuse automotrice en Cuma</em>
L’alimentation des vaches laitières, la fauche et l’épandage du lisier sont délégués à deux Cuma. © V. Bargain
Depuis longtemps, l’alimentation des vaches était déléguée à une Cuma désilage. L’acquisition d’un robot de traite en 2014 avait aussi été décidée pour des raisons de temps de travail et de réduction de la pénibilité. « Mais quand nous sommes passés à deux, il a fallu encore réduire la charge de travail, indique Julien. Comme les bâtiments canards étaient vétustes, nous avons choisi d’arrêter cet atelier. »

Fiche élevage

UMO : 2 associés

92 vaches à 9 500 L/VL

SAU : 145 ha

Pâturage : 13 ares/VL

3 sites

2 robots

Pour réduire encore l’astreinte, les deux associés ont décidé de déléguer également l’épandage du lisier et la fauche à la Cuma. Et pour anticiper le départ en retraite de Daniel, l’ensemble du cheptel a été ramené sur le siège d’exploitation : « Les génisses étaient logées de 3-4 mois jusqu’à un mois avant vêlage à Noyal-Châtillon où habite mon oncle, mais rassembler tout le troupeau sur un seul et même site devenait impératif dès lors que mon oncle ne serait plus là. »

<em class="placeholder">bâtiment dédié aux génisses laitières</em>
Dans le nouveau bâtiment des génisses, le muret au bout de la stabulation permet d’enlever les refus mécaniquement. © V. Bargain

Le site de Noyal-Châtillon est désormais consacré aux cultures de vente et à une prairie fauchée une fois par an. Une stabulation dédiée aux génisses a été créée sur le siège d’exploitation. Issue du réaménagement et de l’agrandissement d’un ancien hangar à paille, elle a été conçue pour que Julien puisse s’occuper seul des bêtes. Du sevrage au vêlage, toutes les génisses y sont désormais réunies et les animaux passent de case en case d’un bout à l’autre du bâtiment, qui dispose de trois sorties au pâturage et d’une zone de contention avec barrières pour faciliter les manipulations, ce qui permet à l’inséminateur d’intervenir seul sans que l’éleveur n’ait à être présent. Un muret a aussi été construit au bout du bâtiment pour recueillir les refus poussés au rabot chaque jour et récupérés ensuite au télescopique tous les deux ou trois jours. Ce bâtiment de 90 places, en partie autoconstruit et avec une partie déjà existante, a coûté environ 84 000 €, dont 47 000 € de charpente, couverture et bardage, 21 000 € de béton et 16 000 € de tubulaire.

Passage en système logettes et lisier

Tout est également réfléchi pour faciliter le travail dans la stabulation des vaches laitières. Le bâtiment a été réaménagé il y a cinq ans pour passer d’une aire paillée au système logettes et lisier, avec des logettes recouvertes de paille broyée. « Ce système permet un gain de temps et évite le travail physique de paillage et curage des logettes » souligne Julien. Après avoir utilisé une brosse à logettes thermique, le Gaec s’est équipé il y a deux ans d’une brosse à logettes électrique qui permet aussi de distribuer la paille broyée.

<em class="placeholder">brosse pour nettoyer les logettes</em>
A l'exemple du nettoyeur à logettes, le Gaec est doté d'équipements pour limiter le temps et la pénibilité du travail. © V. Bargain

En 2025, le Gaec a par ailleurs installé de nouveaux robots de traite avec présélection : « Les robots avaient dix ans, il fallait les renouveler, note Julien. Les robots de dernière génération avec présélection permettent une meilleure cadence de traite avec une vitesse de branchement améliorée. »

Et côté veaux, les cases individuelles et collectives sont constituées de caillebotis et de côtés amovibles, l’ensemble optimisé pour un lavage facile au nettoyeur haute pression.

La journée se termine à 18 heures

Un autre projet face au départ en retraite de son oncle est de lâcher les 45 ha de Noyal-Châtillon : « Il faut une heure de tracteur pour y aller et il n’y aura plus personne là-bas pour s’occuper des cultures », note l’éleveur. Au final, Julien Collin parvient ainsi à limiter son temps de travail. « Je commence chaque jour à 6 h, puis je reviens à 7 h 30 pour déjeuner avec ma femme et ma fille, avant damener cette dernière à l’école, précise-t-il. Et le soir, je suis rentré à 18 h. Je peux participer en journée aux interventions de pompier, qui durent en général deux heures. Et je peux assurer une garde de pompier par mois. » Les deux éleveurs ont aussi chacun un week-end de libre sur deux, du vendredi soir au lundi matin et deux semaines de vacances consécutives par an. « Il faut s’organiser et mettre les moyens qu’il faut pour gagner du temps tout en restant performant » conclut Julien Collin.

Un système conçu autour du pâturage

L’un des objectifs pour Julien et son oncle Daniel est de concilier robot, pâturage et productivité : « S’il est bien organisé, le pâturage est également une source de gain de temps »De mi-mars à fin octobre, le portail de sortie au pâturage est ouvert de 7 h à 16 h. Les deux robots non saturés (45 vaches et 13 heures de temps libre par stalle) et une circulation bâtiment-pâturage réfléchie assurent la fluidité de la traite. Il n’y a pas de porte de pâturage, et la circulation est organisée pour limiter la saturation de l’aire de présélection des robots.

Le pâturage est aussi favorisé par des prairies situées à 400 mètres maximum du bâtiment, des chemins de qualité, des pattes irréprochables et une sortie des vaches au pâturage le ventre vide. Tout est réfléchi aussi pour limiter le temps de travail, avec des paddocks de 50 ares pour deux jours, un pâturage sans fil avant, l’utilisation d’un chien pour aller chercher les vaches… Au final, la gestion du pâturage ne nécessite ainsi que 15 minutes par jour et 10 heures par an pour l’entretien des clôtures. Et la rentabilité est assurée, avec 2,3 traites/VL/j pendant la période de pâturage, contre 2,4 en hiver, une production de 9 500 L/VL/an et une marge brute de 312 €/1 000 L.

Trois bureaux bien organisés

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Julien s’est rôdé aux différentes tâches administratives avec ses parents et a trouvé une organisation efficace. © V. Bargain
La gestion administrative a été pensée dans un objectif d’efficacité pour que l’éleveur n’ait pas à y passer trop de temps. Julien dispose de trois bureaux : le bureau d’exploitation d’abord, où il assure la gestion administrative (déclaration PAC, enregistrements, comptabilité, suivi de cultures avec Mes Parcelles) et où il tient ses rendez-vous et réunions ; un deuxième bureau consacré aux robots et au suivi d’élevage ; et un troisième à son domicile avec un ordinateur portable. Les trois ordinateurs sont en réseau. Le bureau d’exploitation comporte aussi un panneau d’affichage et un plan de classement physique et numérique. Chaque jour, en fin de journée, entre 17 h 30 à 18 h, l’éleveur consacre 30 minutes à l’enregistrement des données techniques, la consultation de ses e-mails, au suivi financier de l’exploitation, à la planification du lendemain… auxquelles s’ajoutent deux heures d’administratif par semaine.

À retenir

– Délégation de la distribution de l’alimentation, de la fauche et des épandages

– Robotisation de la traite

– Rassemblement de tous les animaux sur un même site

– Construction d’un bâtiment génisses fonctionnel

– Cases à veaux ergonomiques

– Maintien du pâturage avec une gestion simplifiée

– Passage en système lisier avec logettes paille broyée

– Gestion administrative efficace

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