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Nathalie Delagnes, éleveuse bio et présidente de Biolait : « Ce qui m’intéresse, c’est que le producteur puisse avoir davantage de pouvoir »

Nathalie Delagnes est agricultrice en production laitière bio dans l’Aveyron. Elle est aussi présidente de la SAS Biolait depuis avril dernier. Femme de conviction, elle retrace son parcours et nous explique les motivations qui l’animent pour mener de front son métier d’éleveuse bio auprès de Franck, son mari, et ses fonctions de présidente.

Nathalie Delagnes, éleveuse bio et présidente de Biolait.
Nathalie Delagnes, éleveuse bio et présidente de Biolait.
© Biolait

Pourquoi avoir choisi de quitter votre poste à la MSA pour rejoindre votre mari au sein de l’exploitation ?

J’étais issue du milieu agricole avec des grands-parents et des parents agriculteurs mais je ne me destinais pas à travailler dans une ferme. Et puis je me suis rendue compte qu’être assise derrière un bureau toute la journée avec un éloignement géographique important étaient des contraintes qui ne me convenaient plus. J’ai eu l’opportunité de m’installer en 2011 et j’ai foncé.

 

Pensez-vous que c’est un plus d’être issu du milieu agricole pour s’installer ?

Si on regarde en termes de facilité d’installation, il est plus aisé de s’installer quand on a une ferme familiale que d’en rechercher une. L’inconvénient, c’est qu’avec une ferme familiale, il y a le poids de toute une histoire, de tout un patrimoine qui ne sont pas toujours simples à gérer quand on a un projet en tête. Des freins familiaux peuvent exister.

Mes parents et grands-parents avaient une ferme conventionnelle

C’est le cas de votre histoire personnelle ?

Il est vrai que mes parents et grands-parents avaient une ferme conventionnelle où ils élevaient des veaux de batterie comme on disait à l’époque, des veaux de boucherie selon la terminologie actuelle. A l’époque les veaux ne sortaient pas. Ces conditions d’élevage m’ont toujours beaucoup interpelée.

Il faut remettre les vaches dans les prés, les refaire pâturer, leur donner principalement de l’herbe

Une motivation pour passer en bio ?

Pour moi, il n’était pas question de m’installer sans une conversion au bio. Le modèle agricole des cinquante dernières années a besoin de bouger et de se réorienter. Il faut remettre les vaches dans les prés, les refaire pâturer, leur donner principalement de l’herbe. Aujourd’hui, j’ai la satisfaction de produire dans le respect du bien-être et de la santé animale sans utiliser de pesticides de synthèse ou d’OGM qui ont un impact négatif sur la santé et l’environnement

 

Qu’est-ce qui vous plaît dans la production laitière ?

C’est un métier très varié, avec plein de choses différentes à faire au quotidien. Il me permet de travailler avec la nature, c’est ce qui me manquait au bureau. Mais je dois dire que ma motivation première était le passage en agriculture biologique plutôt que le type de production.

 

Pourquoi avoir rejoint Biolait ?

Mes parents éleveurs ont pris conscience très jeunes que le producteur était l’oublié de la filière en termes de rémunération. Je l’ai vécu aussi avec mon mari. Je ne voulais pas produire de lait sans avoir droit à la parole. Ce qui m’intéressait, c’est que le producteur puisse avoir davantage de pouvoir, ce qui est le cas dans notre organisation de producteurs. C’est nous qui décidons et gérons notre structure que j’ai rejointe en tant que simple adhérente, puis comme adhérente référente de l’Aveyron.

Lire aussi : Lait bio : « Biolait ne peut pas être réduit à un prix »

Pourquoi avoir accepté la présidence de Biolait ?

Je suis rentrée en 2017 au conseil d’administration de Biolait et je me suis retrouvée parmi les plus anciens qui y siégeaient. Avant de briguer la présidence, j’ai longuement réfléchi, puis je me suis lancée.

 

Avec quels objectifs ?

Je veux défendre l’agriculture biologique et défendre la place des agriculteurs tout en animant le réseau d’adhérents. Nous faisons un beau métier mais pas défendu à sa juste valeur.

Lire aussi : Biolait veut se faire repérer
 

Comment arrivez-vous à concilier votre métier d’agricultrice, votre vie familiale et la présidence de Biolait ?

C’est une question d’organisation. La clé, c’est de savoir et pouvoir déléguer en trouvant de la main d’œuvre salariée pour se faire remplacer même si c’est parfois compliqué. Et puis on va à l’essentiel, on priorise, on essaie de trouver le juste équilibre. C’est un défi au quotidien mais un défi passionnant ! L’engagement dans le collectif a aussi été une façon de m’épanouir. Le risque dans le métier d’agriculteur est de se replier sur soi, de rester à la ferme, de ne pas sortir et de ne voir personne.

Lire aussi : Les femmes en agriculture en 6 chiffres clés
 

Votre famille vous a-t-elle soutenue ?

Oui, j’ai eu la chance d’avoir dès le début le soutien sans faille de mon mari et mes enfants m’ont toujours encouragée aussi. Il faut dire que comme ils sont maintenant grands, l’engagement a été plus facile. Mes parents sont fiers de me voir épanouie.

Il faut qu'il y ait plus de femmes en agriculture

Que pensez-vous du rôle des femmes dans l’agriculture ?

Ma maman a subi son rôle d’agricultrice alors que ma sœur et moi n’avons pas vécu ça. J’ai fait des études, j’ai choisi un métier, puis suis revenue à la ferme. Nous avons une chance incroyable aujourd’hui car nous pouvons être actrices de notre vie et nous ouvrir à des engagements comme la présidence de Biolait. Je suis la deuxième femme à accéder à ce poste et aujourd’hui sur les quinze membres du conseil d’administration, six sont des femmes. Généralement, les hommes accèdent à des postes à responsabilité alors que les femmes réfléchissent à y aller. Il faut qu’il y ait plus de femmes en agriculture, mais pour cela il faut une meilleure rémunération de nos produits dans les nouvelles générations.

Le bio est la solution à tous les enjeux qu'ils soient sociétaux ou environnementaux

Comment voyez-vous l’avenir du bio qui traverse actuellement une crise ?

Je le vois positif parce que le bio est la solution à tous les enjeux, qu’ils soient sociétaux ou environnementaux. La crise que traverse le bio est liée au phénomène d’inflation et nous devons faire en sorte que les producteurs qui sont en bio y restent, ce qui est parfois difficile pour certains agriculteurs, notamment pour ceux qui sont proches de la retraite. Le bio est en danger et nous n’avons pas les politiques adéquates, il y a beaucoup de discours mais les actes ne sont pas à la hauteur du besoin. Les fermes souffrent, les coûts de production augmentent et il n’y a pas d’investissement pour maintenir les outils et cela fragilise le secteur. Chez Biolait, nous prônons la résilience et l’autonomie pour traverser cette crise à la fois pour ceux qui travaillent déjà et ceux qui veulent s’installer.

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