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Les élevages laitiers français sont-ils compétitifs face à leurs concurrents européens ?

Moins de lait par vache, un lait moins riche et un atelier grandes cultures qui manque d’efficacité : au-delà du prix du lait qui n’est pas à l’avantage de la France, la compétitivité des élevages laitiers français est à la peine par rapport à nos voisins européens. Le décrochage s’accentue d’autant plus pour les plus grosses exploitations.

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En période de prix élevés, le différentiel de prix observé entre la France et ses voisins, associé à l’écart de productivité, engendre un manque à gagner conséquent pour les exploitations laitières françaises.
© L. Page/Cniel

1200 litres de lait de moins par vache chaque année : c’est la différence de productivité par vache entre une grosse exploitation laitière française (276 UGB en moyenne) et ses voisines allemandes ou néerlandaises. L’étude "Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ?" portée par le ministère de l’Agriculture pointe le manque de compétitivité des fermes laitières françaises en analysant l’excédent brut d’exploitation (EBE) par unité de travail annuel non salarié (UTANS). La « moindre réactivité du prix du lait en période de prix élevés » explique une bonne partie de ce manque de performance mais ce n’est pas le seul facteur.

« Sur les 'moyennes petites' exploitations [voir tableau] les écarts de compétitivité sont peu importants entre la France, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Pologne. L’écart se creusent pour les exploitations ‘moyennes grandes’ et davantage pour les plus ‘grosses’ », explique Alessandra Kirsch, inspectrice au CGAAER(1) et autrice du rapport.

Plus les exploitations françaises grossissent moins elles sont compétitives vis-à-vis de leurs équivalents européens

Plus la taille d’une exploitation augmente, plus son EBE et le revenu par unité de travail non salarié augmente. Ce qui justifie l’intérêt de l'agrandissement. Mais cette hausse est plus importante chez nos voisins. Concrètement, plus les exploitations françaises grossissent, moins elles sont compétitives vis-à-vis de leurs équivalents européens. Et ces dernières sont plus nombreuses et produisent une part du lait national de plus en plus importante dans ces pays.

« Ce qui crée l’écart, c’est le produit par animal. C'est-à-dire le rendement laitier et le prix du lait, avance l’économiste. En France, on a gardé la culture des quotas laitiers et de travailler sur les charges. Nous n’avons pas cette philosophie que peuvent avoir d’autres pays de produire toujours plus. »

La France produit moins de lait par vache mais aussi moins de taux« ce qui contribue à amplifier les écarts de prix ».

Moins de lait, moins de taux et un prix moins incitatif

« On observe qu’historiquement, la composition du lait français est moins bonne que celle du lait allemand, mais que, sur les périodes 2022-2023 et 2023-2024, la composition du lait français (tous laits confondus) s’est sensiblement améliorée et était devenue proche de la composition du lait allemand. Néanmoins, sur 2025 on constate un décrochage en France notamment sur la matière grasse, tandis que la qualité du lait allemand continue à progresser », note l’étude.

« Lorsque l’on dit qu’il n’est pas possible d’allier volume et taux, c’est faux : l’Allemagne et les Pays-Bas font les deux !, pointe Alessandra Kirsch. Au-delà de la rentabilité de la ferme, cela pénalise toute la filière : les camions français transportent beaucoup d’eau et moins de matière utile que ceux de nos voisins. La logistique et la transformation coûtent plus cher. Il faut penser dans un prisme filière, être plus incitatif sur le paiement de la matière sèche. »

Produire autant avec moins de vaches

Pourtant, selon les travaux du CGAAER, le potentiel génétique du troupeau français est là. Et les leviers techniques à mettre en place pour augmenter la productivité par vache ne nécessitent pas forcément des investissements ou des charges en plus. Par exemple, en gérant mieux la stratégie de reproduction et de réforme.

« Nous avons la capacité en France de produire autant avec plus de taux et moins de vaches, donc moins de charges. Ce sont les clés pour gagner en compétitivité au-delà du prix du lait », assure l’autrice.

(1) Conseil général de l’alimentation, de l’agriculture et des espaces ruraux, rattaché au ministère de l'Agriculture.

 

L’atelier grandes cultures génère trop de charges

« Les exploitations françaises ont une très bonne maîtrise des coûts spécifiques à la gestion des animaux », rapporte l’étude " Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes " du CGAAER. Les charges liées à l’atelier laitier sont bien maîtrisées en France, en lien avec une bonne autonomie fourragère et un rendement laitier modéré. Là où le bât blesse est du côté de l’atelier grandes cultures. « Le recours aux ETA et au leasing, en lien avec la présence d’un atelier de cultures, pénalise l’efficience des fermes françaises », estime le rapport.

Pas de remise en cause de la polyculture-élevage mais peut mieux faire

« Dans les exploitations laitières spécialisées (au moins deux tiers du produit brut provient de l’atelier lait), l’atelier grandes cultures, qui est un atelier de diversification, est mené comme chez un céréalier avec une recherche de rendement maximal qui entraîne de forts investissements tant en matériel qu’en engrais ou produits phytosanitaires », illustre Alessandra Kirsch, économiste au CGAEER. Elle ne remet pas en cause l’intérêt de la polyculture-élevage mais selon elle, « dans les exploitations laitières françaises, cet atelier pourrait mieux fonctionner. Sa gestion doit être rationalisée, en le gérant plutôt à l’économie ».

 

Relire l'interview : « Le choix de la stratégie de son élevage laitier, c’est d’abord une philosophie de vie »

 

L'écart de performance entre la France et ses voisins s'accentue avec la taille des exploitations

« Dans l’étude 'Les exploitations françaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ?', la question que l’on s’est posée est : à taille équivalente est-ce que l’on performe aussi bien que les Allemands, Néerlandais ou Polonais ? Se comparer avec nos voisins européens a du sens en lait car nous sommes en concurrence direct avec eux, moins avec la Nouvelle-Zélande ou les États-Unis », expose Alessandra Kirsch, inspectrice au CGAAER et autrice du rapport. Le rapport établit des comparaisons pour l’année 2021 qui n’est « ni une bonne année ni une mauvaise année ».

Les rendements laitiers français décrochent vis-à-vis de nos voisins européens

 Exploitations ‘ moyennes petites ‘Exploitations ‘ moyennes grandes ‘‘ Grosses exploitations ‘
Production brute standard (PBS) entre 100 000 et 250 000 €entre 250 000 et 500 000 €entre 500 000 et 750 000 €
PaysFranceAllemagnePolognePays-BasFranceAllemagnePolognePays-BasFranceAllemagnePays-Bas
Nombre d’exploitations9 1283 3788 2302 1298 1185 7506 786 3501 2191 8852 302
UTA totales1,61,52,21,72,52,23,31,73,43,52,3
dont UTA non salariées1,41,32,11,421,72,41,62,51,82,1
Surface agricole utile en ha766353311381031155021815776
dont surface fourragère en ha585037319485815014112874
Nombre d’UGB92848263167167191118276277188
Rendement laitier l/vache7 2617 7337 2978 0947 9318 6048 3318 7548 0029 2109 198
Part des vaches en production (%)6061627558636575586376
Volume lait en 1 000 l/UTA284290177293329445333484382519625
Produit animal en €/UGB1 9262 3371 7932 6232 0382 6572 0642 8222 2042 7893 010
EBE/UTANS en €60 65771 20247 22437 97577 606117 502103 49074 162118 359170 251120 254
UTA = Unité de travail annuel ; UTANS = Unité de travail annuel non salarié ; UGB = Unité gros bovins.      Source : Rapport « Les exploitationsfrançaises sont-elles compétitives par rapport à leurs concurrentes européennes ? », janvier 2026, CGAAER.

Comment comparer des exploitations laitières comparables ?

Pour comparer ce qui est comparable, les exploitations laitières européennes ont été classées selon leur production brute standard (PBS) qui « traduit le chiffre d’affaires potentiel de l’exploitation en fonction de sa structure, indépendamment des prix de marché ». Cela permet de classer les fermes par taille économique en fonction de leur capacité à générer un chiffre d'affaires équivalent.

Pour éviter les biais liés aux différences de fiscalité, d'endettement, ou encore de pratiques comptables, l’analyse privilégie l’excédent brut d’exploitation (EBE) par unité de travail annuel non salarié (UTANS) car il neutralise les effets des amortissements, des remboursements d’emprunts, des provisions et des impôts, qui sont variables selon les pays. Le revenu courant avant impôt (RCAI), bien qu’utile au niveau national, est moins adapté aux comparaisons internationales en raison de ces biais.

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