Le soja peut-il être cultivé en sol de craie ?
Dans l’ex-région Champagne-Ardenne, la culture de soja se développe pour alimenter, entre autres, une usine de trituration locale. Des essais sont menés pour tester les limites du soja en terres de craie, qui ne lui sont pas favorables en temps normal. Résultats.
Dans l’ex-région Champagne-Ardenne, la culture de soja se développe pour alimenter, entre autres, une usine de trituration locale. Des essais sont menés pour tester les limites du soja en terres de craie, qui ne lui sont pas favorables en temps normal. Résultats.
Avec une usine de trituration du soja récemment mise en service à Rethel dans les Ardennes, les besoins en soja deviennent importants avec un approvisionnement coordonné par la coopérative Vivescia. L’ex-région Champagne-Ardenne regorge de terres de craie, réputées comme n’étant pas favorables à la culture du soja. « La craie agit sur les bactéries fixatrices d’azote (les rhizobium) du soja en raccourcissant leur durée de vie, ce qui nécessite des inoculations régulières de ces terres. Elle induit des déficiences en fer provoquant des chloroses sur les plantes et une diminution de nodulations, rapporte Mathieu Dulot, de Terres Inovia. Mais depuis deux ans dans nos essais, nous n’avons pas beaucoup observé de chlorose ferrique sur les variétés étudiées. »
Pour Vivescia, si le sujet de la culture du soja en terre de craie reste « encore très exploratoire » sur leur territoire, l’institut Terres Inovia mène des expérimentations à ce sujet depuis 2024. Les années 2024 et 2025 ont été contrastées en termes de conditions météorologiques, ce qui s’est ressenti dans les résultats d’essais. Les rendements ont été très bons en 2024 avec des essais menés aussi bien sur des terres colorées que blanches montrant de 7 à 82 % de calcaire. « Des parcelles les moins crayeuses aux plus crayeuses, le rendement a été de 37 à 35 q/ha. En 2024, il y a toujours eu suffisamment d’eau (pluie) pour le soja, se remémore Mathieu Dulot. En 2025 (12 parcelles), dès le début de la floraison, il y a eu un déficit hydrique important, ce qui s’est traduit par une nette diminution de nodosités, davantage marquée en sols de craie qu’en sols colorés (moins calcaires). » Même constat de différences en défaveur des sols de craie en hauteur de végétation ainsi qu’en nombre de gousses et de graines : 38 graines par plante en terres de craie contre 46 en terre colorée. Les essais continuent pour bien mesurer le potentiel du soja dans ce contexte et voir jusqu’où il est possible d’aller sur les facteurs limitants et les conditions de réussite en terres de craie.
Du soja sur des sols calcaires avec une production moyenne mais rentable
Des agriculteurs se sont essayés au soja sur terre de craie. À la SCEA La Champmeslé à Nozay, dans l'Aube, du soja a été cultivé en dérobé, après ensilage de seigle voué à la méthanisation. « Sur 6 hectares, la production a été menée sur des terres grises, à savoir un sol superficiel à 80 points de calcium (CaCO3) et 8,4 de pH, présentent Fanny Simphal, agricultrice et Pierre Garandel, salarié de l’exploitation. Le semis a été réalisé le 28 mai avec la variété Alicia de précocité 000 et des semences inoculées fournies par Soufflet. Pour pallier un risque de défaut d’inoculation, nous avons apporté 70 U d’azote sur les conseils de notre Ceta (de Romilly-sur-Seine). Le rendement a été moyen (19 q/ha), mais la culture a été rentable. Le soja a surtout pâti d’un manque d’eau après le semis, la première irrigation ayant été réalisée trois à quatre semaines après. »
Le soja était une première expérience pour Fanny Simphal dont l’objectif était de ramener une aide PAC spécifique en tant que culture riche en protéines (aide couplée légumineuse à graines). Une surface équivalente de soja sera reconduite en 2026 pour les mêmes motifs, en semant plus dense, 120 kg/ha au lieu de 100 kg/ha.