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Le pH/redox fournit une image de l’équilibre de la vigne

La mesure du pH et du redox de la vigne permet de connaître son équilibre. Le Nutriscope de Senseen mesure ces paramètres ainsi que le Brix ou encore les concentrations en oligoéléments.

<em class="placeholder">Nutriscope de Senseen.</em>
Le Nutriscope se présente sous la forme d’un petit tube qui s’insère dans une « pince à feuille ». L'utilisateur « flashe » la feuille à analyser.
© Senseen

Découvrir le pH de sa vigne ou sa concentration en minéraux, en un flash ? C’est toute l’ambition de Senseen, avec son spectromètre de poche Nutriscope. Ce dernier se base sur la bioélectronique de Vincent (voir encadré) et fournit redox, pH, conductivité, chlorophylle (degré Brix), indice de stress, azote total, concentration en ammonium, potassium, phosphore, calcium, soufre, molybdène, magnésium, chlore, zinc, fer, cuivre, dioxyde de silicium et bientôt manganèse et bore, d’un coup de gâchette.

Pour ce faire, 44 LED de longueurs d’onde distinctes (dans le visible, dans l’ultraviolet et dans le proche infrarouge) envoient des signaux lumineux à une feuille de vigne. Cette dernière renvoie ces ondes lumineuses au capteur optique du Nutriscope. Via une IA, celui-ci calcule l’absorbance de la vigne, c’est-à-dire la différence entre la lumière envoyée et reçue en retour. L’utilisateur visualise les résultats directement sur le terrain et instantanément, sur son Smartphone.

Un appareil qui donne des indications pour les traitements

Mais l’outil tient-il toutes ses promesses ? Est-il utile sur le terrain ? C’est l’avis de Christophe Chouvet, conseiller viticole chez C3 Viti, à Courthézon dans le Vaucluse, qui l’utilise depuis la saison 2025. Il estime que l’instrument est « plutôt génial lorsque l’on est curieux ». L’an dernier, il a réalisé 1 700 mesures visant à évaluer l’impact de pratiques viticoles sur le redox de la vigne et sur sa sensibilité aux bioagresseurs.

Le conseiller a ainsi constaté que certains produits phytos sont plus oxydants que d’autres, et amoindrissent ainsi la capacité de résilience de la vigne. C’est le cas de l’oxyde cuivreux par exemple. À l’inverse, d’autres produits, à l’image d’Obstacle de Nufarm (silicate de calcium + chitosan), sont réducteurs. Ces derniers pourraient ainsi être appliqués en préventif pour rééquilibrer un stress oxydatif, ou en combiné avec un produit phytosanitaire oxydant pour tamponner son effet sur le redox. « Je l’ai testé en pépinière, à raison de trois applications jumelées aux traitements phytos, détaille Christophe Chouvet. Nous avons conservé un niveau de pH/redox acceptable. »

De son côté, Alain Malard, consultant en viticulture-œnologie et agroécologie chez Permavinea, utilise lui aussi le Nutriscope depuis deux ans dans le but d’évaluer la sensibilité de la vigne. « Si le pH, le redox et la conductivité décrochent, c’est que la plante fait des efforts pour se nourrir, indique-t-il. Selon la météo, il faudra peut-être traiter pour la protéger. »

Les plantes des enherbements auraient un pouvoir tampon

Et les facteurs influençant l’équilibre de ces paramètres sont nombreux. Christophe Chouvet a par exemple observé que l’enherbement à 100 % de la vigne procure toujours une plus grande résilience de la vigne au mildiou que le travail du sol. « Les vignes enherbées ont des valeurs de pH et de redox avec moins de variabilité, note-t-il. Et ce, même avec des traitements phytos. » Il a aussi remarqué que les vignes avec un désherbage mécanique avaient une plus grande sensibilité à la pluie. « Cela met en avant le pouvoir tampon des plantes », analyse-t-il. Et le fait que le travail du sol est une pratique oxydative.

 

 
<em class="placeholder">Nutriscope de Senseen et smartphone.</em>
L'utilisateur peut lire les résultats de l'analyse directement à la parcelle sur son Smartphone. © Senseen

L’écimage aurait également un gros impact sur la sensibilité de la vigne. « J’ai effectué des suivis en pépinière, avec de très grosses densités, contextualise Christophe Chouvet. Je mesurais le pH et le redox sur syrah et grenache. Nous avons effectué un rognage sur grenache, pour favoriser la résistance des racines. Le pH a bougé. Nous avons eu une sortie de mildiou énorme derrière, que nous n’avons pas eue sur syrah. » Il a observé la même corrélation entre absence de rognage, pH stable et absence de sortie de mildiou sur vignes en place.

Essayer de limiter les écimages au maximum

« Toute intervention humaine est oxydante et diminue la résistance de la vigne », indique-t-il. Alain Malard a fait les mêmes constats. « Si je vois que le pH, la conductivité et l’équilibre en sels minéraux sont bons, c’est que la plante va bien. Il faut absolument éviter de l’écimer », prévient-il. Il met aussi en garde contre le tressage, qui crée des zones d’entassement de végétation, propices au développement des maladies. « La solution serait plutôt du côté du palissage, suggère-t-il. Il faudrait relever les piquets à 2 mètres, installer deux niveaux de leveuses et laisser la vigne s’arrêter seule après être retombée, ce qui ne gênerait pas vue la hauteur de palissage. »

Si Christophe Chouvet n’a pour l’heure pas employé la partie minérale, Antoine Portulari, de Vitiz, lui, le fait depuis plusieurs années. Il estime que le suivi des oligoéléments « donne une bonne approche de la nutrition foliaire et permet de piloter la fertilisation foliaire en saison ». Il apprécie le fait que les résultats soient disponibles instantanément, à l’inverse des analyses de pétioles, dont les résultats arrivent parfois trop tard. Ces analyses minérales permettent également de vérifier que la fertilisation ou la correction effectuée à l’automne a bien eu l’effet escompté. C’est dans cette optique que s’en sert Alain Malard.

Rechercher un équilibre entre le potassium, le calcium et le magnésium

Ce dernier se base aussi beaucoup sur les équilibres entre différents oligo-éléments et plus particulièrement entre le potassium, le calcium et le magnésium d’un côté, et l’azote et le phosphore de l’autre, pour avoir une photographie de l’état de santé de la plante. Le premier trio donne une indication de l’équilibre de la solution du sol. « Selon l’ex-chercheur à l’Inra Francis Chaboussou, auteur de l’ouvrage Les plantes malades des pesticides, l’équilibre parfait est atteint lorsqu’il y a 6 mg de calcium, 5 mg de potassium et 2 mg de magnésium dans cette solution », résume-t-il. De même lorsque le rapport azote-phosphore de la plante a un indice inférieur à 10, la vigne serait moins sensible au mildiou et au botrytis. En outre, lorsque le sol est calcaire, ou en cas de sensibilité au black-rot, Alain Malard s’intéresse au manganèse (bientôt disponible sur le Nutriscope) et au zinc.

Mais selon lui, l’intérêt du suivi des oligoéléments ne s’arrête pas là. Il permet de prédire la composition du moût et de savoir s’il est possible d’attendre pour vendanger ou non. « On voit arriver la maturité, décrit-il, on observe si elle progresse et si on peut attendre ou non. »

Un outil simple, pratique et rapide

Ces trois utilisateurs apprécient la simplicité de l’outil et l’instantanéité du résultat. « En quatre ans, j’ai perdu une fois le ressort de la pince, c’est le seul 'problème' qui me soit arrivé », témoigne Antoine Portulari. Il précise que l’appareil ne nécessite aucun entretien, à part un coup de chiffon sur la pastille. Il n’y a en outre aucun contrôle ou étalonnage à effectuer, les mises à jour se faisant de manière automatique via la plateforme. Même écho du côté de chez Christophe Chouvet qui trouve le Nutriscope simple d’usage et de lecture, rapide à utiliser et facile à interpréter une fois que l’on a l’habitude. « En revanche, pour un néo-utilisateur, ce serait bien qu’une petite IA accompagne pour l’interprétation du redox », conseille-t-il.

Pour sa part, Alain Malard apprécie le côté très complet de l’appareil, mais il souligne que les échelles pour les oligoéléments ne sont pas bonnes. Senseen travaille à une correction pour cette saison. L’autonomie est suffisante pour les trois conseillers interrogés, les mesures s’effectuant pour certains sur un créneau horaire assez resserré. Tous estiment qu’il s’agit d’un achat vite rentabilisé.

en pratique

Le Nutriscope est un spectromètre qui se présente sous la forme d’un petit tube portatif. Pour la vigne, il s’insère dans une « pince à feuille », qui permet de prendre les mesures de manière non destructive. Il faut compter 900 euros HT pour le Nutriscope et 250 euros HT pour la pince à feuille. À ces deux instruments s’ajoutent des abonnements aux plateformes. Compter 300 euros HT par an pour les minéraux et 120 euros HT par an pour le « portail ».

La bioélectronique de Vincent, qu’est-ce ?

La bioélectronique est une technique mise au point par le Professeur Louis-Claude Vincent, qui vise à donner un aperçu de l’état de santé d’un organisme vivant. Elle se base sur la mesure de trois paramètres physico-chimiques : pH (acide base), redox (oxydo-réduction), conductivité (résistivité estimant la concentration en minéraux et oligoéléments dissous).

Un projet pour objectiver l’utilisation de la pince

L’association VAG pH Redox Gironde, en collaboration avec l’IFV, Senseen et Inno’Vin, va tester le Nutriscope durant les deux années à venir. Le but est d’affiner l’utilisation du Nutriscope pour le suivi de l’état de santé de la vigne, afin d’améliorer la prévention du mildiou et des carences nutritionnelles. « Nous avons déjà utilisé le scanner développé avant, et les résultats étaient très intéressants. Ce sera sûrement la même chose avec la nouvelle pince », estime Jessica Lécuyer, en charge du projet. L’objectif est de voir comment observer la santé de la vigne avec ce scanner et d’identifier les moments critiques.

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