L'analyse de sol permet de prendre des décisions
L’analyse de sol est un outil de pilotage de la fertilité des parcelles qui permet de mieux comprendre le fonctionnement des sols et d’accompagner les choix agronomiques. En ACS, elle sert de base pour suivre l’évolution des pratiques dans le temps.
L’analyse de sol est un outil de pilotage de la fertilité des parcelles qui permet de mieux comprendre le fonctionnement des sols et d’accompagner les choix agronomiques. En ACS, elle sert de base pour suivre l’évolution des pratiques dans le temps.
Pourquoi faire une analyse de sol ?
En ACS, l’analyse de sol apparaît comme un point de départ indispensable avant de se lancer. Réaliser une analyse de sol, c’est d’abord « savoir d’où on part pour faciliter les décisions et les choix agronomiques », commence Michaël Geloen, ingénieur développement chez Terres Inovia et animateur du GIEE Magellan. « Pour les agriculteurs, l’analyse de sol, c’est une base de travail pour piloter la fertilité. » Aujourd’hui, certains indicateurs comme le pH sont déjà regardés et corrigés, mais « on fait des apports sans forcément piloter ensuite. L’analyse permet justement d’avoir une vision globale de la parcelle, soit en routine, soit pour comprendre un accident. Il est donc important de voir l’analyse de sol pas comme quelque chose de ponctuel, mais à faire régulièrement. » En réaliser une tous les cinq ans est une bonne chose, avec l’objectif de suivre l’évolution des parcelles dans le temps. Sur des parcelles à problème, les analyses peuvent être poussées plus loin, notamment sur les oligoéléments. C’est aussi un outil utile lors d’une reprise de terres, pour éviter de raisonner à l’aveugle. « En ACS, l’objectif est de ramener de la matière organique avec les couverts végétaux. » L’analyse permet alors de mesurer l’impact des pratiques et de comparer les effets des différents couverts dans le temps.
Comment prélever l'échantillon ?
Réaliser une analyse de sol requiert quelques bonnes pratiques pour que les résultats soient vraiment exploitables. « D’abord, si l’on réalise plusieurs analyses de sol dans sa carrière, il faut revenir régulièrement aux mêmes repères ou à des espaces comparables, pour avoir un vrai suivi sur le long terme », rappelle Michaël Geloen. Le prélèvement est une étape clé. Il se fait généralement en interculture, entre le 14 juillet et le 15 août, après les récoltes. Les échantillons doivent être pris sur les 20 premiers centimètres du sol en une dizaine de points de prélèvements dans des zones homogènes de la parcelle.
« On réalise un échantillon de 300 à 400 g qui est envoyé au laboratoire dans une poche en plastique. » Certaines erreurs sont à éviter. « La première est de mélanger des sols différents. Ça ne veut pas dire grand-chose. » Il faut rester sur des zones homogènes et représentatives. Même chose pour les conditions de prélèvement. « Il faut éviter de mélanger des sols trop humides avec des sols secs », rappelle l’ingénieur. Enfin, il est important de réaliser les analyses à la même période chaque année, car le pH varie au cours de l’année, selon l’humidité, la température ou l’activité du sol, parfois de 0,5 à 1 point. À noter que ces analyses concernent surtout les parcelles de cultures, avec pour l’instant peu d’intérêt en prairies.
Comment analyser les résultats ?
Pour lire une analyse de sol allons d’abord à l’essentiel. « Le premier indicateur, c’est le pH, car c’est parfois une donnée bloquante qui conditionne le fonctionnement global du sol. » En dessous de 6,5 on est en sol acide, entre 6,5 et 7 en neutre, au-dessus de 7 en basique. Le pH de l'eau donne l’acidité active du sol. Le pH agit à tous les niveaux : structure du sol, disponibilité des éléments minéraux, activité biologique. « Un pH trop acide entraîne des problèmes de développement des plantes avec une présence importante d’aluminium, on parle de toxicité aluminique. » Dans les fourrages produits sur des sols acides, la teneur en aluminium peut être très élevée, avec un impact possible sur la digestibilité. À l’inverse, un pH trop élevé peut provoquer des blocages, notamment du phosphore ou des oligoéléments. « Des apports seraient, dans ce cas, gaspillés si on ne régule pas d’abord le pH. »
« L’idéal, c’est un pH autour de 6, sans trop monter, pour une bonne disponibilité des éléments. » Il faut regarder ensuite les éléments fertilisants. Le phosphore est souvent limitant, notamment sur certains sols. La potasse pose généralement moins de problèmes.
La matière organique est aussi suivie de près. « Le rapport C/N (carbone/azote) donne une idée du fonctionnement du sol. En dessous de 8, la minéralisation est rapide, mais le stock d’humus faible ; entre 8 et 12, l’équilibre est bon ; au-delà de 12, la minéralisation ralentit et le stock d’humus augmente. »
Enfin, le calcium permet d’ajuster la stratégie de chaulage. « Le taux de saturation de la CEC (capacité d’échange cationique) donne une indication également précieuse sur les besoins ou non de réaliser un chaulage. En dessous de 80 %, il faut corriger ; entre 80 et 110 %, on est sur un entretien ; au-delà, le chaulage n’est plus nécessaire. »
L’outil Sycas permet de planifier ses rotations
Michaël Geloen a construit l’outil Sycas à partir des questionnements des agriculteurs du GIEE. « Beaucoup lisaient leur analyse, sans vraiment pouvoir se projeter. » L’idée est justement là d’aider à traduire les résultats et à raisonner sur le long terme. « L’outil, au départ sous Excel, est aujourd’hui en train d’évoluer vers un vrai logiciel avec Terres Inovia, pour être plus accessible. » Concrètement, Sycas permet de s'appuyer sur la réalité de la parcelle à partir des informations issues de son analyse de sol, puis de réaliser des projections. « On peut simuler différents scénarios, avec ou sans couverts, avec différents apports (fumier, lisier…), et voir les effets sur plusieurs années. L’intérêt, c’est vraiment de passer des chiffres à des décisions. On peut comparer des stratégies, visualiser l’impact des pratiques et garder une trace. »
« ACS et bovins viande sont complémentaires au service du sol »
« L'analyse de sol permet de changer le regard porté sur les parcelles et sur les pratiques », souligne Jérôme Séguinier, éleveur de limousines à Vauclaix dans la Nièvre et président du GIEE Magellan. « Quand on se lance en ACS, il ne faut pas s’attendre aux mêmes paysages et aux mêmes parcelles, mais apprendre à les observer différemment. L’objectif devient davantage celui de produire de la matière organique. » Les analyses de sol avant et dix ans après un passage en ACS montrent moins une transformation radicale des paramètres qu’une stabilisation. « L’enjeu n’est pas forcément d’augmenter fortement les niveaux de matière organique ou de modifier le pH, mais plutôt de maintenir un potentiel productif. Après des années en ACS, c’est cette stabilité et la résilience qui font la différence et qui font qu’on est content d’avoir fait ce changement de pratiques. Le contexte de changement climatique ne fera que renforcer ce besoin de régularité et de tolérance aux événements climatiques permis par l’ACS. »
En système bovins viande, la complémentarité avec l’ACS est particulièrement forte. « En tant qu’éleveur, nous pouvons intégrer davantage de diversité dans l’assolement, notamment via les prairies. Le système devient plus flexible et un blé peut, par exemple, être valorisé en ensilage en cas de besoin. » Cette diversité offre de nombreuses options et sécurise le système. L’accès au fumier constitue également un atout majeur. « Il s’ajoute au rôle des couverts, notamment ceux à base de trèfle ou pâturables, qui participent à la couverture permanente du sol », résume Jérôme Séguinier. Le pâturage des couverts permet en outre une destruction sans recours aux phytosanitaires, tout en nourrissant le sol par les déjections animales. « De plus, le pâturage contribue aussi à l’ensemencement naturel en bactéries via le fumier frais. Une dynamique qui renforce encore le lien entre élevage et fonctionnement biologique des sols. »