Glaces et yaourts de brebis : Marjolaine cultive la gourmandise à la ferme
Marjolaine Huguet, 35 ans, s’est installée en Loire-Atlantique sur la commune de Le Cellier, à côté de l’exploitation de ses parents. Un soutien proche, pour l’accompagner dans son installation en brebis Belle-Île, avec transformation de produits laitiers à la ferme.
Marjolaine Huguet, 35 ans, s’est installée en Loire-Atlantique sur la commune de Le Cellier, à côté de l’exploitation de ses parents. Un soutien proche, pour l’accompagner dans son installation en brebis Belle-Île, avec transformation de produits laitiers à la ferme.
Après des études d’ingénieur agronome, Marjolaine a travaillé trois ans dans le réseau de la Fédération nationale d’agriculture biologique en Normandie, comme conseillère en élevage. En 2018, elle fait un CS ovin au lycée Nature de La Roche-sur-Yon afin d’acquérir plus de compétences en production ovine. Elle réalise ses stages sur deux exploitations ovines diamétralement opposées. Une avec des brebis rustiques conduites à l’herbe en saison sexuelle et en agriculture biologique, l’autre en système coopératif avec du désaisonnement pour vendre des agneaux toute l’année, en brebis de race mouton vendéen. Elle voit des facettes bien différentes du métier d’éleveur et se forge une solide opinion.
Des brebis et des pommiers
En 2020, elle crée son entreprise Bêle et pépin et s’installe sur une exploitation arboricole conduite en agriculture biologique à côté de celle de ses parents, à une trentaine de kilomètres au nord de Nantes. C’était une condition essentielle pour elle. « Je ne me voyais pas m’installer seule sans entraide. » Ses parents ont acheté les terres et lui louent, ce qui rend le projet plus serein. Elle allie alors deux productions complémentaires, des brebis laitières et allaitantes, et des vergers de pommiers. La surface étant restreinte, elle ne peut pas s’installer en ovin viande pur.
Une race à faible effectif, la Belle-Île
Alors, elle achète au printemps 2021 des agnelles Belle-Île croisées lacaune qui agnelleront un an plus tard. Le croisement lacaune lui permet d’assurer un certain litrage les premières années de son installation. Le choix de la Belle-Île était une évidence pour Marjolaine, très attachée à son terroir. C’est une race locale, a très faible effectif, belle, sociable, rustique et facile au quotidien.
Son idée ? Transformer le lait de ses brebis en glace et en yaourts, des produits à forte valeur ajoutée. L’objectif n’étant pas de produire beaucoup, mais de pouvoir en vivre et vivre en harmonie avec la nature, en respectant le cycle des saisons aussi bien pour ses animaux que pour ses arbres.
Glaces et yaourts à forte valeur ajoutée
Bêle et Pépin compte en moyenne 55 brebis, parmi lesquelles 35 traites et 20 conduites en viande, plus le renouvellement, ainsi que 1,5 hectares de pommiers et 15 hectares de prairies. La conduite du troupeau est simple mais efficace. Les brebis agnellent au printemps et elles vont à l’herbe avec leurs agneaux la journée. La nuit, les agneaux sont enfermés pour assurer le lait le matin lors de la traite. Ils sont commercialisés en agnelets à la coopérative toute proche et une partie des agnelles est gardée pour le renouvellement. Le reste est vendu en vente directe. Durant les 5 mois de traite, Marjolaine transforme 6 jours par semaine des glaces et un jour par semaine des yaourts.
Le choix de la monotraite le matin permet à la jeune agricultrice de se dégager du temps pour la transformation et l’entretien des vergers. Lorsque la période de traite et de transformation est terminée, la saison de la cueillette des pommes commence, ce qui lui permet de répartir la main-d’œuvre tout au long de l’année. Aujourd’hui, Marjolaine est heureuse dans son système, même si parfois, les journées sont longues.
La Belle-Île, une race en conservation qui l’a échappé belle
La race Belle-Île présente un phénotype atypique et a la particularité d’être très prolifique. La race est passée de quelques individus à 1 390 brebis aujourd’hui. L’association des moutons de pays de Bretagne travaille activement à la renaissance de cette race locale abandonnée aux profits des races bouchères.
Face à la consanguinité, un centre d’élevage de jeunes béliers a vu le jour fin 2024, avec la volonté de travailler les quelques lignées présentes par la voie mâle. Les béliers sont loués aux éleveurs le temps des luttes puis regroupés au printemps au centre. Ainsi, le travail génétique ne se perd pas dans l’assiette. Certains élevages, comme celui de Marjolaine, s’y intéressent pour la production laitière, notamment en transformation à la ferme.