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Fongicides : des conditions d’application à raisonner en fonction du mode d’action des produits

Produits de contact ou systémiques : les conditions d’application optimales des traitements diffèrent en fonction du mode d’action des fongicides. Mais dans tous les cas, certains critères météo sont incontournables.

<em class="placeholder">Traitement de nuit dans une parcelle de grandes cultures.</em>
Les conditions idéales de pulvérisation sont souvent réunies très tôt le matin ou tard le soir, voire la nuit.
© Evrard

Les fongicides n’ont pas tous le même mode d’action. « Un produit de contact agit uniquement en surface, là où il tombe, alors qu’un produit systémique doit se diffuser dans la plante pour jouer son rôle. Les conditions d’une application réussie ne seront donc pas les mêmes et il est nécessaire de les connaître pour agir sur celles-ci », assure Benjamin Perriot d’Arvalis.

Conditions poussantes pour les fongicides systémiques

La grande majorité des fongicides sur céréales sont des produits systémiques qui ont la particularité d’être absorbés par la plante. C’est le cas d’un Input Triple (prothioconazole + spiroxamine), efficace contre la septoriose, l’oïdium et les rouilles précoces, souvent positionné entre épi 1 cm et 2 nœuds, ou encore d’un Revystar XL (mefentrifluconazole + fluxapyroxad), efficace sur septoriose, rouilles brune et jaune, qui s’applique entre dernière feuille étalée (DFE) et floraison. Ils pénètrent dans les tissus (feuille, tige) et circulent plus ou moins largement, selon la molécule, dans la sève. Ce mode d’action protège les parties traitées comme les nouvelles pousses, et permet une action curative en stoppant une infection naissante. La feuille peut être légèrement humide et le produit est moins sensible au lessivage qu’un produit de contact. Il peut pleuvoir une à deux heures après traitement.

Pour ces produits systémiques, Benjamin Perriot indique que l’on va s’appuyer davantage sur les conditions météo que sur la qualité de la pulvérisation, car la réussite est moins dépendante d’une couverture parfaite. « On cherche des conditions poussantes, une hygrométrie la plus forte possible, supérieure à 70 %, et une température clémente entre 10 et 20 degrés. Ces conditions favorisent une systémie active, rendant la plante plus réceptive au produit. » La cuticule de la plante, qui est une couche de cire imperméable, se dilate en conditions poussantes et laisse passer les produits. « Comme ce sont les conditions météo qui priment, on peut descendre jusqu’à 50 litres de volume de bouillie par hectare, que l’on soit sur des buses à fentes classiques ou à injection d’air », précise l’ingénieur Arvalis.

Qualité de couverture pour les fongicides de contact

Peu nombreux en fongicides céréales, les produits de contact ne pénètrent pas dans les tissus végétaux. Un produit comme le Mirror à base de folpel, utilisé contre les septorioses du début montaison à début épiaison, forme une fois pulvérisé, un film protecteur sur les feuilles, empêchant le développement des spores du champignon. Son efficacité dépend de la qualité de la couverture. Le premier prérequis est d’éviter toute pluie dans les deux à trois heures suivant l’application, qui diluent le produit et réduisent son adhérence, voire le lessivent dans les cas extrêmes.

Pour être efficace, un produit de contact doit être présent au point d’infection, à l’endroit où le champignon pénètre dans la plante. « Le fongicide de contact protège la zone où il tombe précisément. Pour qu’il soit efficace, il faut multiplier les impacts, les rendre le plus homogène possible, il ne doit pas y avoir de trou », explique Benjamin Perriot. On va rechercher une pulvérisation fine et homogène. Pour cela, il recommande de jouer sur la qualité de couverture et éventuellement l’étalement du produit, en actionnant deux leviers : le type de buses et le volume de bouillie. Gwendal Chollet, conseiller à la chambre d’agriculture Charente-Maritime Deux-Sèvres, rappelle qu’il faut « ni une goutte trop grosse qui va ruisseler, ni trop petite qui va se volatiliser, mais une goutte de taille intermédiaire qui s’étale sur la plante ». Il est possible de contrebalancer l’effet taille de la goutte en augmentant le volume de bouillie, énonce Benjamin Perriot : « On sera à 80 l/ha minimum avec une buse à fente classique et 150 l/ha en buse à injection d’air. »

Traiter tôt le matin ou tard le soir

Quel que soit le type de fongicides, certaines conditions météo sont indispensables pour la réussite du traitement : absence de vent, températures douces, faible amplitude thermique et hygrométrie la plus forte possible. Ces conditions sont réunies très tôt le matin ou tard le soir. Et si l’amplitude thermique est trop forte, ce qui arrive souvent en avril-mai, il vaut mieux décaler de quelques jours l’intervention. « L’efficacité est souvent optimale le matin de bonne heure, car l’hygrométrie est présente et il n’y a pas de grosses chaleurs. Le soir, la température peut rester élevée longtemps et l’hygrométrie arriver tardivement », indique le conseiller de la chambre d’agriculture.

Dans tous les cas, l’objectif reste que le produit atteigne bien la plante, sans volatilisation. D’où l’importance d’un matériel bien réglé et d’une intervention au bon stade. « La dernière feuille étalée, voire le début du gonflement, est le stade pilier de la protection fongique », rappelle Gwendal Chollet.

Réduire la vitesse pour les applications sur épi

Les applications sur épis (contre la fusariose) sont les plus difficiles à réaliser indique Loïc Deveyer, conseiller à la chambre d’agriculture des Pays-de-Loire. « Le traitement sur épi va exacerber toutes les limites de la qualité de pulvérisation. » Les facteurs clés de réussite sont le stade d’application, les conditions météo et surtout la qualité de pulvérisation. « On va réduire la vitesse d’avancement à 8 km/h, chercher à faire des gouttes plus fines pour augmenter le nombre d’impact et améliorer le taux de couverture. On va s’interdire les buses à injection d’air, privilégier des buses de plus fin calibre et, si possible, choisir un espacement de 25 cm entre buses. »

Un intérêt des adjuvants limité

En théorie, les adjuvants mouillants pourraient améliorer l’efficacité des fongicides de contact grâce à leur rôle d’étalement. Mais, sur blé et orge, Arvalis n’a jamais observé d’effet positif, souligne Benjamin Perriot. Même constat pour les fongicides systémiques, qui n’ont de toute façon pas besoin d’étalement. En effet, au stade montaison, le blé présente naturellement une bonne mouillabilité, limitant l’intérêt des adjuvants.

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