Élevage bovins viande : « Je bénéficie de paiements pour services environnementaux »
Depuis 2018, les paiements pour services environnementaux (PSE) rémunèrent les modèles agricoles vertueux. L’Agence de l’eau Adour-Garonne en est l’une des pionnières. Pourquoi ce système séduit-il les éleveurs de bovins viande comme Susana Ciscarès, installée dans le bassin de la Dronne ?
Depuis 2018, les paiements pour services environnementaux (PSE) rémunèrent les modèles agricoles vertueux. L’Agence de l’eau Adour-Garonne en est l’une des pionnières. Pourquoi ce système séduit-il les éleveurs de bovins viande comme Susana Ciscarès, installée dans le bassin de la Dronne ?
Susana Ciscarès, éleveuse de limousines dans le Périgord vert en Dordogne, ne demande plus les mesures agroenvironnementales (MAE) de la PAC depuis 2019. Elle privilégie les paiements pour services environnementaux (PSE) depuis leur mise en place en 2018 dans le bassin-versant de la Dronne.
Il n’est pas possible de cumuler les deux dispositifs, et l’éleveuse y trouve un avantage financier et moins de contraintes administratives : « Pour les MAE, il fallait que j’engage mon exploitation avec des parcelles cibles et donc j’avais beaucoup d’enregistrements à faire. Là, je n’ai pas d’enregistrement supplémentaire par rapport à ma conduite d’exploitation classique. » Résultat, alors qu’elle cumulait 7 500 euros par an avec les MAE de la PAC, elle a atteint 8 600 euros en 2024 avec les PSE. Susana Ciscarès n’a changé aucune de ses pratiques et atteignait déjà le maximum de points (voir encadré).
« Responsabilité par rapport à l’eau »
De quoi « mieux me rémunérer », indique Susana Ciscarès, qui se verse 1 500 euros par mois : « Ma PAC annuelle est de 40 000 euros. Vous rajoutez 8 000 euros de PSE, et ça aide à entretenir les clôtures ou les haies. » L’éleveuse de 38 ans à la tête d’un cheptel de 70 mères limousines dans la commune de Saint-Saud-Lacoussière voit ce dispositif – lancé par Nicolas Hulot lorsqu’il était ministre de la Transition écologique et solidaire – comme une manière de rémunérer les « bons élèves ». « On travaille dans des territoires, en tête de bassin, on a une responsabilité par rapport à l’eau. Ça valorise l’extensivité et les systèmes herbagers dans des zones où on n’est pas aidé par le relief, ou des zones humides. Combien de temps ça durera, c’est autre chose. C’est très fragile. » Un sentiment approuvé par Sylvie Jego, depuis l’Agence de l’eau Adour-Garonne : « Les budgets des agences de l’eau sont regardés à la loupe. Dans la période actuelle, il arrive que nous soyons ponctionnés par l’État. »
La tendance est néanmoins à la montée en puissance des PSE : entre 2019 et 2024, l’Agence de l’eau Adour Garonne a versé ces rémunérations à 920 exploitations agricoles différentes pour un budget annuel de 7 millions d’euros. Pour 2025-2030, le budget est passé à 15 millions d’euros par an.
Des règles pouvant évoluer d’une année à l’autre
Mais le cadre des règles administratives peut aussi évoluer d’une année sur l’autre, et changer beaucoup de choses à l’échelle d’une exploitation. Ainsi, alors que la moitié de la surface de son exploitation devait se trouver dans le périmètre du bassin-versant de la Dronne les années précédentes pour être éligible, le pourcentage est passé à 75 % cette année, témoigne Susana Ciscarès. « Ça me limite un peu, car j’ai 30 hectares hors du périmètre, donc ça m’a enlevé quelques points. »
Mais l’éleveuse remplit très bien le reste des critères et maintient sa note haute : la diversification et la longueur des assolements, l’extensivité des pratiques et la présence d’infrastructures agroécologiques. Pour d’autres exploitants, une note moins avantageuse peut aussi être une manière de constater les points d’amélioration : « Trop de fertilisation, trop d’usage des produits phytosanitaires, pas assez de haies, un manque de diversification des cultures. Tout cela fait baisser la note », explique Sylvie Jego. Une manière d’encourager la transition sans demander une modification structurelle de l’exploitation. Alors que les MAE de la PAC compensent « un manque à gagner pendant le changement de pratique » engagé par l’exploitant, poursuit-elle.
Un système par points pour les PSE
La rémunération d’un paiement pour services environnementaux est calculée suite à un audit (réalisé par des personnes habilitées à la chambre d’agriculture par exemple, à la charge de l’exploitant) et un système de points, que nous détaille Sylvie Jego, de l’Agence de l’eau Adour-Garonne : « Chaque exploitation est notée sur 30 points. Il faut 16 points pour prétendre à une rémunération. Chaque point donne droit à 5 euros, que l’on multiplie par le nombre d’hectares plafonné à 60 hectares. Si j’ai 30 points et 60 hectares, ça fait 9 000 euros par an. »
Fiche élevage
109 ha dont 103 de prairies naturelles
70 vaches limousines avec vente de broutards, vaches maigres et 4 à 6 vaches finies
1 UMO