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Des pommes de terre au menu des bovins viande

La déstabilisation du marché de la pomme de terre procure des disponibilités importantes de tubercules cette année. C’est un concentré énergétique complémentaire facile à valoriser pour des jeunes bovins.

« Le tubercule de pomme de terre contient en moyenne 20 % de matière sèche, dont 65 à 70 % d’amidon, ce qui lui confère une forte densité énergétique », présente l’Union nationale des producteurs de pommes de terre (UNPT) sur la nouvelle plateforme dédiée aux échanges avec les éleveurs bovins. En pratique, 5 kg bruts de pommes de terre sont équivalents à environ 1 kg de blé aplati ou 1,1 à 1,2 kg de pulpes sèches de betterave. Dans une ration à base de paille, de foin ou d’ensilage d’herbe, 5 kg bruts de pommes de terre correspondent donc à environ 1 kg brut de concentré énergétique. La faible teneur en matière sèche et le coût du transport de la pomme de terre doivent être bien pris en compte dans le calcul de son intérêt économique.

« Les niveaux d’incorporation maximum sont de 15 kg brut par jour (3 kg de matière sèche) pour une vache allaitante et 10 kg pour les jeunes bovins (2 kg de matière sèche). » C’est surtout pour ces derniers que cet aliment est intéressant. Son incorporation est particulièrement pertinente dans les systèmes intégrant de l’herbe dans la ration. « Dans une ration à base de maïs ensilage, la valorisation énergétique de la pomme de terre est plus faible et il convient de ne pas dépasser environ 35 % d’amidon sur la matière sèche totale de la ration en engraissement », relève l’UNPT.

Silo « sandwich » dans l’herbe préfanée

Une transition alimentaire est à ménager sur environ trois semaines au moment de l’introduction des pommes de terre dans la ration, et une régularité de l’approvisionnement en frais doit être assurée afin de permettre à la flore du rumen de bien digérer les pommes de terre. Il faut surveiller la rumination, les signes d’agitation et l’aspect des bouses. En cas de problème, les quantités distribuées de pommes de terre doivent être réduites et l’apport de paille dans la ration revu.

Les pommes de terre doivent être saines, exemptes de corps étrangers et sans verdissement excessif. « Le verdissement correspond à la présence d’alcaloïdes toxiques. En faible proportion, mélangés à l’ensemble de la ration, des tubercules légèrement germés ou verdissants ne posent pas de difficulté majeure. En revanche, les lots fortement atteints doivent être écartés », note l’UNPT.

Les bovins raffolent des pommes de terre. Pour limiter le risque d’étranglement, il est conseillé de distribuer à hauteur des pieds des bovins, d’installer une barre au garrot ou de les bloquer au cornadis. « La fausse route survient souvent lorsque l’animal relève la tête en avalant un tubercule entier. » Pour éliminer tout risque, un broyage ou écrasement grossier est recommandé, notamment chez les jeunes bovins. S’équiper d’une sonde œsophagienne que l’on garde à portée de main est prudent.

Les pommes de terre se conservent un mois (deux mois en hiver) au frais et à l’abri de la lumière, ou bien sur une dalle extérieure en les recouvrant de paille. Pour des durées de stockage plus longues, les pommes de terre peuvent être incorporées dans un silo de maïs à raison d’une couche de 50 cm de pommes de terre non écrasées entre deux couches d’un mètre d’ensilage de maïs.

Un ensilage en couches successives avec de la paille ou de l’herbe préfanée ou encore des pulpes donne aussi de bons résultats. « Concrètement, il suffit d’alterner les couches successives dans un silo, ou, en mélange, broyés grossièrement (10 % de paille pour 90 % de pommes de terre) », conseille l’UNPT.

Les pommes de terre peuvent être ensilées en lits alternés de 10 à 15 cm avec un ensilage d’herbe, de dérobées, ou de pulpes surpressées. La chambre d’agriculture de la Somme conseille de bien tasser le mélange pour assurer un bon contact entre pommes de terre et fourrage. L’emploi d’un conservateur n’est alors pas nécessaire. Le mètre cube de pomme de terre pèse 650 à 700 kg. Le processus de fermentation avec échauffement du silo aura pour effet de « confire » plus ou moins la pomme de terre. Comme les pommes de terre ne subissent pas de fermentation lactique, ce sera le fourrage avoisinant qui acidifiera le milieu. « Trente pour cent de pommes de terre dans le mélange sont un bon compromis, mais on peut aller jusqu’à 50 %. »

Une plateforme entre producteurs de pommes de terre et éleveurs

En février 2026, l’Union nationale des producteurs de pommes de terre a lancé avec la FNB et la FNPL une plateforme nationale de mise en relation entre éleveurs et producteurs de pommes de terre pour organiser de manière encadrée et transparente la valorisation ponctuelle de volumes déclassés vers l’alimentation animale.

Elle permet une mise en relation anonyme, géolocalisée en direct et gratuite, sans commission ni frais. Les transactions sont ponctuelles et un contrat type est proposé. Ce cadre précise les responsabilités respectives, les conditions de qualité, les modalités de fixation du prix et l’organisation du transport. Des entreprises de transport recommandées peuvent être mobilisées via la plateforme.

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