Aveyron : « De nouveaux bâtiments pour installer mes fils »
Pour faciliter l’installation de ses deux fils, Guillaume Durand, éleveur en Aveyron, est passé des vaches aux brebis laitières et a investi dans de nouveaux bâtiments. Le travail est ainsi simplifié et allégé pour correspondre aux aspirations de ses fils.
Pour faciliter l’installation de ses deux fils, Guillaume Durand, éleveur en Aveyron, est passé des vaches aux brebis laitières et a investi dans de nouveaux bâtiments. Le travail est ainsi simplifié et allégé pour correspondre aux aspirations de ses fils.
« En 2019, mon fils Tristan a fait un stage en ferme d’ovins laitiers », se remémore Guillaume Durand, éleveur bio à La Selve, en Aveyron. Un déclic pour le jeune homme, qui poursuit son cursus au lycée agricole de La Cazotte, et souhaite dès lors s’installer en élevage ovin. Manque de chance : son père est alors éleveur de vaches laitières. Qu’à cela ne tienne, Guillaume abandonne l’élevage bovin en 2022 et se lance en ovin, en achetant 500 agnelles lacaunes d’un coup. « Il fallait de toute façon investir pour améliorer la qualité du travail sur l’exploitation et pouvoir installer mes deux fils », justifie le père de famille. « Je n’aurais pas fait ça s’il n’y avait personne pour reprendre derrière. »
Des bâtiments pensés pour le confort de travail
Pour ce faire, Guillaume réaménage une ancienne stabulation, construit une nouvelle bergerie flambant neuve et achète un rototraite de 48 postes. Coût total de l’investissement : un million d’euros. La bergerie neuve compte 640 places à l’auge, et est composée de six aires paillées parallèles de quatre mètres de large. « Cette largeur facilite la contention des animaux et le montage des cases », estime Guillaume.
Trois roulimètres circulent sur des tapis d’alimentation pour distribuer céréales et concentrés. Le bâtiment est lumineux, sans exposer les animaux à la lumière directe du soleil. Il est équipé d’extracteurs d’air au plafond et de brumisateurs proches des entrées, pour réguler la ventilation et l’humidité. Les flux des animaux dans le bâtiment ont été réfléchis en amont : les brebis ne passent jamais par là où le fourrage transite avant d’être distribué. Le Gaec s’équipera peut-être à l’avenir d’un séchage en grange, mais « il faudra alors mécaniser la distribution de fourrages », précise l’éleveur.
Une charge de travail diminuée
« Quand j’étais en vaches laitières, j’étais tout le temps en train de travailler », s’exclame Guillaume. « Je n’arrêtais pas de traire, et tout était plus humide, plus salissant. » Il est aujourd’hui convaincu que le choix des ovins était le bon : « On s’y retrouve financièrement et c’est moins de travail. Maintenant, on a un week-end libre sur deux. » D’autant que face au changement climatique, « les brebis ont l’air plus adaptées ».
L’éleveur met tout de même en garde contre la surcharge de travail advenue la première année en ovin. La première période d’agnelages, issue d’inséminations artificielles, s’est avérée courte et intense. « Je ne connaissais pas bien les brebis, c’était très tendu en termes de travail. Au début, les brebis ne suivaient pas leurs agneaux, et il a fallu leur apprendre à monter sur le roto. » Mais les années suivantes, le travail s’organise et une routine s’installe. Le troupeau étant conduit en agriculture biologique, les chaleurs des brebis sont groupées par effet bélier et la lutte est naturelle. Ainsi, la période d’agnelage, qui a lieu en août, est étalée dans le temps, ce qui permet de diminuer la pression sur la main-d’œuvre.
Pour désaisonner ses agnelles, Guillaume teste cette année un programme lumineux. La durée d’éclairage dans le bâtiment est réduite chaque jour pour simuler la diminution de la durée du jour et stimuler les chaleurs. Contrairement aux traitements hormonaux, cette méthode de dé-saisonnement respecte le cahier des charges bio.
Une transmission assurée
Tristan a pris la place de sa grand-mère en 2023 dans le Gaec, et sera bientôt rejoint par son frère cadet. « Je trouvais l’élevage de vaches laitières moins accessible que l’élevage ovin. Et puis, ici, en Aveyron, il n’y a que des brebis : c’est ça l’avenir ! » L’ancien élève du lycée de La Cazotte a même monté une petite troupe d’une trentaine de Texel en parallèle des lacaunes : « Elles sont moins peureuses et plus faciles à conduire. Elles entretiennent les parcelles l’hiver. » Mission réussie pour Guillaume : la relève du Gaec Durand est assurée.
Chiffres clés
- 500 lacaunes, 30 Texel, 40 béliers
- 330 l par brebis
- 150 ha dont 30 ha de céréales, 15 ha de colza de vente et 45 ha de luzerne fauchée
- 85 % d’autonomie
- 2,13 UTH
Un lait de brebis bio et 100 % français
Guillaume Durand, éleveur de lacaunes bio en Aveyron, livre son lait à la coopérative Aveyron Brebis Bio. Soumis au référentiel Bio Cohérence, plus exigeant que le cahier des charges bio européen, le lait est destiné à une diversité de produits.
Lorsqu’il s’est lancé dans l’élevage ovin laitier bio en 2022, Guillaume Durand a fait le choix de la coopérative Aveyron Brebis Bio pour commercialiser son lait. Quatre ans plus tard, il se montre très satisfait d’avoir rejoint la coopérative, d’autant que la conjoncture s’y prête. « Nous avons la chance d’avoir un marché en progression. Pour l’instant, sur la collecte 2025-2026, nous n’avons ni surproduction, ni déclassement de lait. » L’éleveur trait de septembre à mai, ce qui lui permet de vendre une partie sa production en automne, lorsque le prix est au plus haut.
Le lait collecté par la coopérative respecte le référentiel Bio Cohérence, plus restrictif que celui de l’agriculture biologique. Il impose une autonomie alimentaire supérieure à 80 % et une non-mixité sur la ferme. La charte qualité interne du groupement impose quant à elle 200 jours de pâturage minimum au cours de l’année, et proscrit les fourrages conservés par voie humide. « À ce jour, toutes les matières premières alimentaires viennent du sud-ouest », se félicite Christophe Recoules, responsable logistique et ventes. Aveyron Brebis Bio collabore notamment avec une coopérative du sud-ouest pour la formulation de granulés de luzerne et de maïs conformes au cahier des charges.
Un partenariat avec Biocoop
La coopérative rassemble à ce jour 30 producteurs de lait de brebis bio et collecte 5 millions de litres par an. Elle est un groupement Paysan. ne.s Associé.e.s Biocoop : elle fournit l’intégralité du lait de brebis français pour la marque de Biocoop, qui sera transformé en tommes, fromages frais ou encore yaourts. Le lait est aussi certifié Bio Équitable en France, qui assure un prix rémunérateur et un engagement sur les volumes.
« La production de lait se fait tout au long de l’année, pour répondre à la demande en produits hyper-frais au lait de brebis », explique Christophe Recoules. Pour pallier les pics de production, Aveyron Brebis Bio et les magasins Biocoop de leur territoire ont développé deux fromages de brebis, la « Rebêêêlle », une tomme, et la « Céleste », une fourme, qui permettent de stocker le lait sous forme de fromages, consommés tout au long de l’année.
Une collecte finement pilotée
La collecte de lait est pilotée grâce à l’application Colactis, utilisée par les éleveurs, les collecteurs et les salariés de la coopérative. Elle permet de connaître en temps réel le niveau de chaque tank à lait, les volumes produits par chaque éleveur, et la tournée du collecteur. Les laits sont savamment mélangés pour correspondre à leur destination. « C’est un travail au jour le jour, une vraie gymnastique », indique Christophe Recoules.